Underground SUP gourou : Robin Johnston

Gourou. Du sanskrit गुरु, guru : « enseignant », « précepteur », « maître»

Rares sont les shapers de SUP qui chargent Waimea sur leur propres boards. Robin Johnston est né sur le North Shore, c’est là qu’il vit et qu’il fabrique les SUP les plus performants du marché. RJ est l’un des précurseurs du short SUP, ses shapes sont très pointus, et incroyablement efficaces. Tout ça c’est très bien, sauf que pas grand monde ne s’en rend compte à part lui, les locaux et quelques pros…

Ci-dessus: Inutile de dire qui si tu ne connais pas les boys au pic tu as peu te chance qu’on t’en laisse une au PIPE!!!

On connait mal les shapers qui inventent les planches de SUP que l’on trouve sur le marché. Dans le SUP la notoriété des marques passe avant celle des shapers, une espèce d’embrouille qui fait qu’on ne sait pas trop qui a dessiné les planches que l’on ride. En cas de doute le custom reste la meilleure option, encore faut-il en trouver un bon!!

Robin Johnston est tout sauf un inconnu, ancien surfeurs pro, local du North Shore, il s’est mis au shape très tôt et sa marque RJ Surfboard est une des préférées des locaux du North Shore aux côtés de Pyzel et de nombreux autres. Pour le SUP, il a crée sa marque Ku Hoe qui reste encore aujourd’hui très confidentielle. Ce qui est intéressant c’est qu’il ride lui-même ses board à très haut niveau, c’est sans doute pour ça qu’il comprend mieux que personne les secrets d’un bon stand up paddle!! Il l’a encore montré à Sunset en février dernier alors qu’il a presque 20 ans de plus que pas mal de compétiteurs.

Mais pourquoi donc aller parler de boards inaccessibles, fabriquées l’autre bout du monde, par un shaper local et pour des vagues plus chaudes que les nôtres.. Pourquoi se faire du mal, quand on peut s’acheter une planche rouge et noire pour 500 balles??? Par ce que le jour où vous en aurez marre de rider des portes vous passerez le voir sur le North Shore pour savoir ce que c’est qu’une vraie board de SUP surfing!!

Le quiver de Robin: 7'4"x25"x3 11/6" squash tail, 7'8"x25"x3 3/4"squash tail, 7'11"x25 1/8"x3 3/4" pin tail, 8'2"x25 1/8"x3 13/16" pin tail, 8'8"x25 1/4"x3 7/8" pin tail

En fait, j’aurais pu faire l’itv d’un shaper de SUP français, (ça va venir!), mais pour le moment ce gars continue de me faire tripper… Jesse Brown a l’air de bien s’amuser sur sa Ku Hoe fluo!

Donc voilà, mon invité ce mois-ci c’est RJ aka Robin Johnston. C’est pas un mec que vous croiserez à Intermarché, faudra aller à Foodland… au Pipe ou à Waimea… et oui c’est un hawaiien, déjà ça l’éloigne un peu de nous!!

Précurseur, RJ est le gars qui avait imaginé une 6’5 round nose par 27, il y a plus de dix ans de ça, pour Kainoa Beaupre. Ensuite, il a développé ses shapes de SUP sur le North Shore à côté de ses shapes de surf, pour les SUPer les plus expérimentés, et mis à part ceux qui sont sponsorisés par des majors, il y a quand même quelques pointures du SUP qui rident ses boards au plus haut niveau. Sa spécialité reste les vagues qui poussent, donc si vous cherchez un gun c’est à lui qu’il faut parler!

INTERVIEW

Le shape de SUP représente quelle partie de ton activité aujourd’hui?

J’adorerais passer plus de temps à faire des SUP performance mais mon réseau de clients n’est pas encre assez développé. J’en fait de temps en temps pour des pros ou des riders locaux, j’ai aussi fait des designs pour des marques de SUP. Cela dit, mon activité principale reste les planches de surf ( shortboards, fishes, longboards, guns). Le marché des SUP performants est très réduit, et j’aimerai bien me développer plus pour atteindre de nouveaux clients. Je pense que pour ça, je devrais voyager un peu plus vers les pays ou le SUP se développe plus rapidement qu’ici.

Quelle serait le design idéal pour un SUP performant et accessible aujourd’hui?

Je pense que c’est important de garder de la largeur sur le nose et au tail pour les bons riders intermédiaires, afin de compenser la perte de volume liée au raccourcissement des planches. Evidemment ce sont les capacités du riders qui déterminent ce genre de facteur mais l’augmentation de la largeur et de l’épaisseur permet de gagner en stabilité et en vitesse de rame. J’en ai fait l’expérience, il y a dix ans en shapant un SUP de 6’5 pour un de mes riders. Je pense que les riders intermédiaires font monter le niveau, la bonne taille pour un SUP de vague aujourd’hui doit tourner autour de 7’2, en conservant un bon équilibre entre stabilité et performance.

Peux-tu nous expliquer pourquoi un bon SUP de vague n’est pas juste l’extrapolation d’un shortboard?

En fait, j’ai utilisé des designs de surf pour faire des SUP et vice versa. Mais pour arriver à faire des planches qui marchent, il y a des choses qui changent évidemment. Le maitre beau, le rocker, les rails et le pont demandent tous une forme spécifique au stand up paddle. La grande différence entre mes surfs et mes SUP c’est que le pont est beaucoup plus plat que sur un shortboard.

Au niveau du shape on entend beaucoup parler du simple concave sur l’avant suivit d’un v au tail, c’est le design le plus performant aujourd’hui?

Le simple concave sur l’avant suivit d’un v au tail marche bien en SUP, personnellement j’ai pas mal d’autres designs avec des doubles concaves et des variations au niveau de la carène. Les possibilités sont infinies en matière de design et c’est ce qui rend le shape aussi intéressant et fluctuant à la fois.

Qu’en est il du placement des dérives? On voit beaucoup de jeunes pros riders en thruster alors que le quad est très présent sur les planches de production.

En effet le placement des dérives est très important, et je suis arrivé à trouver des combinaisons qui marchent vraiment très bien. Avec beaucoup de R&D mes placement de quad sont vraiment au point, ils marchent comme des thrusters, avec beaucoup de vitesse et de souplesse. Personnellement je ride en quad mais aussi en thruster.

Quel est ton analyse au niveau du volume des planches, certain riders ont de l’eau aux genoux, d’autres ont 10 litres de plus que leur poids…

Le volume est spécifique à chaque rider, si le rider est très sportif et super motivé, tout est possible, mais ça demande énormément d’énergie pour rider des planches très fines. Il faut vraiment analyser les besoins de chaque riders. C’est important de savoir où la personne surfe pour savoir si elle doit ramer beaucoup. J’aurai tendance à dire que pour un beachbreak on peut se permettre de rider moins de volume car les vagues sont plus courtes, et l’inverse est vrai pour un point break. Mais dans tous les cas il faut vraiment bien définir son programme avant de choisir un volume pour conserver un bon ratio fun/performance.

Au niveau de la constructions des planches que penses-tu de la fabrication sous vide?

A Hawaii nous n’avons pas d’infrastructure pour faire du sous-vide, mais on arrive à un très haut niveau de performance avec des glass traditionnels à l’époxy. C’est ce que j’utilise pour mes planches de compétition et ça marche plutôt bien.

Tu fais des planches sans latte également?

Oui, j’ai fais des surfs et des SUP sans latte et j’ai eu d’excellents résultat avec, le flex que ça procure est remarquable. La progression au niveau de la qualité des pains et du glass permet ce genre de chose, mais les pains lattés marchent aussi très bien. Je réserve les planches sans lattes pour les vagues petites à médium, c’est pas forcément mieux, c’est juste différent, on en verra certainement plus dans le futur.

Je sais que tu es un shaper qui fait attention à l’environnement, comment ça se traduit dans la fabrication de tes planches?

J’utilise des pains MarKo en mousse recyclée ( à au moins 25%), et de la résine Entropy bio sourcée qui est en train de devenir une référence. Pyzel l’utilise pour ses planches époxy également. J’espère que d’autres shapers vont aussi se mettre à utiliser ce type de produits, car c’est notre devoir en tant qu’être humain de protéger la planète. J’ai aussi utilisé de la fibre de chanvre avec de bon résultats. Les planches en matériaux bio-sourcés sont très performantes aujourd’hui donc il ne faut pas hésiter.

D’autres shapers hawaiiens comme Kazuma et Pat Rawson se sont lancés dans la production de planche en série, tu comptes faire de même?

Aujourd’hui j’ai gamme de planches custom assez large en SUP comme en surf, il faudrait que je mettent plus de photos sur mon site internet. J’ai envie de me lancer dans la production des SUP performance en série, ce serait une super opportunité pour développer ma marque, j’ai des opportunités pour le faire mais comme je reste un petit shaper j’y vais doucement.

Tes planches sont disponibles en Europe?

Pas pour l’instant, des riders professionnels comme Peyo Lizarazu, Antoine Delpero, et Pierre Rollet et m’ont commandé de planches, mais pour le moment je n’ai pas de distribution en place en Europe.

[LARMONIKA] — Un blog dédié au SUP Surfing, basé à Hossegor [40]

A propos de l’auteur:

Stéphane ROBIN est un journaliste de surf accro au stand up paddle. Ecriture fluide et nikon en bandoulière, ses reportages ont été publiés dans de nombreux magazines à travers le monde. Créateur de contenu éditorial, copywriter, photographe, traducteur, il a travaillé pour EpicTV, Redbull Media, 7sky Magazine, SurfTime, Freepresse entre autres.

Contactez-moi pour toute collaboration, rédactionnel, shooting, traduction, board test… stephanerobin@ovh.fr

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