Tesla : entre angoisse et déformation de la réalité 🚗

L’une des thèses défendues par Nassim Thaleb dans son livre, « Le Cygne Noir », est que nous avons globalement tendance à surestimer ce que nous pensons savoir et que nous pensons comprendre plus de choses que ce n’est réellement le cas. Nous faisons ça de manière parfaitement inconsciente.

A la lumière de nombreuses expériences et divers tests scientifiques, Thaleb explique ceci par certaines caractéristiques communes à tous les cerveaux humains :

  • Nous, et notre cerveau, avons du mal à gérer l’abstrait et le factuel. Lorsque nous prenons une décision ce n’est pas notre raison qui agit en premier mais nos émotions et nos sentiments (de manière involontaire). Ceci explique pourquoi nous sommes très sensibles aux belles histoires et au storytelling : ils touchent directement nos émotions.
  • Pour mieux se souvenir des choses, notre cerveau à tendance à vouloir identifier une cause pour chaque évènement qu’il rencontre. Bien souvent, cette recherche de causes, d’explications se fait à postériori : on déduit, on cherche à vouloir absolument expliquer ce qui vient de se passer même s’il n’y a aucune raison objective de ce qui vient de se produire.
  • Notre mémoire est sélective. Nous nous souvenons beaucoup plus facilement des événements et des choses qui viennent renforcer nos propres croyances et notre vision du monde.
  • Notre cerveau effectue régulièrement une confusion que Nassim Thaleb appelle « la flèche inversée ». Dans des situations quotidiennes (où les émotions prennent pratiquement tout le temps le dessus sur la raison) nous avons tendance à mélanger et ne pas faire de différence entre les deux affirmations suivantes : « la plupart des tueurs sont des animaux sauvages » et « la plupart des animaux sauvages sont des tueurs ». Nous ne réagissons pas à une information en fonction de sa valeur logique mais de l’environnement qui l’entoure et de notre système socio-émotionnel. 
    L’absence de preuve n’est pas une preuve de l’absence : ce n’est pas parce que nous n’avons jamais vu de cygne noir de notre vie qu’ils n’existent pas (le monde était persuadé qu’ils n’existaient pas, jusqu’au jour où en a vu un pour la première fois).

En bref, notre cerveau nous joue des tours. Notre perception de la réalité et la manière dont on interprète un événement sont bien souvent loin de la vérité (si tant est qu’il existe une vérité ultime).

Mais quel rapport avec Tesla me direz-vous ?

La marque automobile Tesla Motors fait régulièrement l’actualité de nos journaux favoris. Vous n’êtes sûrement pas sans savoir que Tesla dessine le futur de l’industrie automobile. Entre véhicule 100% électrique, nouveau modèle de distribution et surtout, pilotage automatique : les innovations de ruptures sont nombreuses. Qui dit innovation, dit nouveauté et incertitude.

En matière de transport de passager, la sécurité est primordiale. Quel est notre premier réflex à l’idée du pilotage automatique de nos voitures ? La peur. Notre cerveau a peur. L’idée est inconfortable, jamais vue et parait extrêmement dangereuse. Qui voudrait confier sa vie à un robot ?

Alors quand les médias relayent certains faits divers relatant des problèmes mécaniques survenus sur des voitures Tesla, un défaut de pilotage automatique a notamment conduit à la mort d’un passager qui effectuait des tests, notre cerveau sur-réagit. Le storytelling journalistique déclenche et renforce en nous ce sentiment de peur et de dangerosité. Sentiment d’angoisse et d’aversion contre le pilotage automatique et sentiment que Tesla n’est pas une marque fiable, prête à mettre la vie de ses passagers en danger pour quelques dollars. Le raccourci est fait et notre cerveau en est imprégné durablement, surtout si on ne cherche pas à creuser (comme c’est le cas généralement). On a beau essayer d’expliquer factuellement, que comparé aux autres accident de la route cet événement est insignifiant, notre cerveau ne l’entend pas. Les émotions ont pris le dessus, sans que l’on le veuille. Car comme le disait Karl Marx : « la mort d’un homme est une tragédie. La mort d’un million d’homme est une statistique ». Et les statistiques ne nous intéressent guère.

Cependant, si l’on prend le temps d’aller plus loin et au-delà de ces premières idées préconçues, on se rend compte que la réalité est tout autre. Bien sûr que le risque zéro n’existe pas, mais le pilotage automatique est bien plus sûr que le pilotage humain. Chaque fois que l’on prend la route, on s’expose au risque qu’un fou pète un boulon et cause un accident, ou simplement à la perte d’attention de quelques secondes du conducteur d’en face. Techniquement, ce genre de choses n’arrivent pas avec les robots.

According to the US National Motor Vehicle Crash Causation Survey, 94% of all accidents in the US are caused by driver, human error.

Pour finir, disons simplement que le pilotage automatique reste encore une technologie qui n’en n’est qu’à ses débuts et qui, de fait, n’est pas encore au point. Une technologie très prometteuse à laquelle on doit tous commencer à se préparer et s’habituer.