Le Venezuela : un pays sous perfusion

Au Venezuela, la moitié de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté. Ainsi, l’envoi d’aliments et de produits de première nécessité de l’Espagne vers le Venezuela est devenu une manière tristement commune de pallier la pénurie générale qui sévit depuis 2014.

Cette pénurie a radicalement changé la manière dont travaillent les organismes de transferts de fonds comme Tamarindo Express. Ces derniers sont tout d’abord chargés de l’envoi des colis de produits alimentaires. Leurs commandes ne cessent d’augmenter jusqu’à représenter aujourd’hui 80% de la clientèle de Tamarindo contre 20% avant la crise pétrolière. Les chiffres d’expatriés vénézuéliens en Espagne sont passés de 7 500 en 2013 à près de 20 000 en 2015, soit 3 fois plus. Ces chiffres sont une conséquence directe de l’effondrement du cours du pétrole.

En effet, le Venezuela tire sa force de ses importantes réserves en pétrole (le secteur pétrolier représente un tiers du PIB et 85 % des bénéfices à l’exportation), mais cette dépendance constitue également sa faiblesse. C’est pourquoi, depuis 2014, et la chute des prix du pétrole, le Venezuela subit une crise économique sans précédent mêlant inflation et rareté alimentaire.

Vous pouvez envoyer tout l’argent du monde, ça ne sert à rien puisque vous ne pouvez rien acheter, les magasins sont vides”, témoigne un habitant. C’est pour cela que plus de 25 000 vénézuéliens traversent la frontière colombienne chaque jour pour y trouver les denrées de base comme le riz, la farine ou encore les haricots.
En outre, ces organismes sont responsables de l’envoi des “remesas” (argent qu’une personne ayant quitté son pays d’origine envoie à sa famille pour subvenir à ses besoins). Ce type de transfert d’argent représente la deuxième source de financement des pays en développement, derrière les investissements directs à l’étranger. Ceci suffit à expliquer la pression que ces entreprises subissent : elles ont entre leurs mains des ressources essentielles à la survie des habitants dans tous les domaines économiques de l’autre côté de l’Atlantique. Et le terme de survie n’est pas à prendre à la légère puisque les employés sont parfois confrontés à des situations de vie ou de mort.

Cette crise économique, que l’on peut même qualifier de crise humanitaire est à l’origine de l’instabilité politique à laquelle doit faire face le président actuel Nicolas Maduro, successeur de Hugo Chavez.

Source : “ Si el paquete no llege, no comen” El Pais, 9 novembre 2016