Up2School et la majeure X-HEC Entrepreneurs : le casse-tête

Mais quel casse-tête ! Comment concilier études et entrepreneuriat quand tous les deux demandent un investissement conséquent ? C’est cette problématique qui sera mienne au cours de l’année 2018–2019.

Le casse-tête est le suivant :

  • Je dirige l’entreprise Up2School, qui édite plusieurs sites internet ainsi qu’un magazine papier, qui réalise également des prestations audiovisuelles et sortira bientôt une prépa 100% gratuite pour les concours des Grandes Ecoles, et qui connaît une forte croissance ;
  • Dimitri, mon associé est en échange universitaire en Afrique du Sud, dans l’excellente université de Stellenbosch, une des deux universités triplement accréditées en Afrique subsaharienne, jusqu’en décembre ;
  • Je suis également en dernière année d’études au sein du cursus “X-HEC Entrepreneurs” et je me dois d’obtenir mon diplôme à la fin de l’année.

Un développement qui repose sur la transpiration

Et c’est bien ce dernier point qui pose problème. Dans mes chroniques Entrepreneur à 2 balles, j’explique en détail notre choix de développement en mode “bootstrap”, c’est-à-dire que nous nous reposons sur une unique source de financement : l’argent de nos clients (en supplément des 2€ de départ) et donc sur le fait de les satisfaire.

Notre développement provient d’un seul fait : nous positionnons toutes nos offres pour être bien meilleurs et bien plus performants pour nos clients que nos concurrents. Pour rappel : nous éditons plusieurs sites 100% gratuits (Major-Prépa, Business Cool, Up2School) et un magazine (Le Major) à destination des préparationnaires et des étudiants en école de commerce. Pour les financer, nous réalisons des opérations de brand content pour des Grandes Ecoles de commerce et nous faisons tout pour qu’elles soient plaisantes pour notre lectorat (par exemple : notre websérie tournée les campus brésiliens et américains de SKEMA BS).

A travers nos opérations, nous mettons tout en œuvre pour qu’une prestation réalisée pour un client ait de meilleurs résultats que ce que tous les autres concurrents feraient, ce qui a été le cas pour toutes nos prestations cette année lorsque nous mesurons le coût par interaction (vues et minutes vues pour une vidéo, lectures et minutes passées sur l’article pour un texte, etc.)

C’est à travers cette ferme abnégation que nous grandissons d’année en année, aussi bien en termes d’audience où nous sommes désormais de (très) loin les leaders de notre niche, qu’en termes financiers :

  • 2014/2015 : 600€ de CA
  • 2015/2016 : 5 500€ de CA
  • 2016/2017 : 141 000€ de CA
  • 2017/2018 : 456 000€ de CA

Cette dernière année scolaire, nous avons réalisé pas loin d’un demi-million d’euros de chiffre d’affaires, sachant que nos effectifs étaient très réduits :

  • J’étais présent tout au long de l’année, c’était ma césure ;
  • La césure de Dimitri a pris fin en janvier, où il était à NEOMA jusque mi-juin, il était présent durant quelques jours lors des lives de fin d’année avant de partir en Afrique du Sud, jusqu’à mi-décembre, il travaille à distance et ne peut donc pas assurer des rendez-vous physiques avec nos multiples partenaires ;
  • Notre vidéaste Gabriel (par ailleurs finaliste de Pékin Express, à vos écrans jeudi !) travaillait en freelance avec nous, il était présent une centaine de journées ;
  • Nous avons eu recours à un stagiaire entre septembre et décembre, un autre en janvier et février et trois, le maximum légal, pendant le rush des concours.

Autant le dire, notre développement repose sur la transpiration :

Cela supposait donc un investissement de tous les instants, avec une quantité de travail qui ne saurait supporter l’ajout d’heures supplémentaires passées à “jouer à l’entrepreneur”.

Cette année, le défi est clair : réaliser 1 000 000 € de chiffre d’affaires.

Cela requiert la professionnalisation de notre manière de faire. Incubés à Station F de juillet à décembre puis digital nomad entre janvier et avril avant de louer des bureaux depuis juin, c’est dans ces derniers que nous avons entamé notre phase de “montée en gamme”.

Cela passe par la constitution d’une équipe solide et pérenne :

  • Pauline (@paulinelemoue), jeune diplômée, en tant que directrice de la communication (premier CDI pour notre entreprise !) : c’est elle qui gèrera directement aussi bien les opérations de communication que nous réalisons pour nos clients que la communication de nos supports ;
  • Flore, en alternance, qui rédigera pour nos supports sur des sujets aussi divers et variés que les écoles et la vie professionnelle ;
  • Johann, qui nous rejoindra début octobre, il s’agit du premier de nos trois vidéastes recrutés au cours du mois(tous en CDI) qui produiront du contenu pour nos médias et nos clients.

Il s’agit d’une grande étape, qui est celle de créer nos premiers emplois pérennes. Derrière ces emplois, ce sont des jeunes actifs qui s’engagent sur le long-terme dans l’aventure et qui croient dans notre volonté et notre positionnement qui est le suivant : offrir à nos utilisateurs du contenu gratuit et de qualité pour préparer leurs concours à l’heure où les préparations privées (et par conséquent discriminantes) sont de plus en plus puissantes. C’est en ce sens que nous créons Up2School, première préparation 100% gratuite aux concours !

Pour en arriver là, quatre ans après la création de Major-Prépa et deux ans après le dépôt des statuts de la SAS Up2School, il fallait transpirer. Il n’y a pas de secret : pour grandir et produire nos contenus, il fallait s’investir personnellement, énormément.

Pour ma part, j’ai travaillé en moyenne une douzaine d’heures par jour lorsque nous n’étions pas en tournages et j’étais souvent le dernier à partir de l’incubateur HEC à Station F. Je travaille six jours et demi par semaine. Cet été, j’ai posé huit jours (5 jours —du 6 au 10 août — pour aller en vacances avec mes parents et 3 jours — du 15 au 17 août — pour rouler dans les Pyrénées).

Et c’est bel et bien là que le problème surgit car cette année, après ma césure, je suis censé reprendre mes études pour ma dernière année où j’ai opté pour la majeure HEC Entrepreneurs.

Le cursus X-HEC Entrepreneurs

Frichti, PriceMinister, Spartoo, PeopleDoc, Homelidays, PopChef, Doctolib: certains de ces noms vous sont familiers. Ce sont autant d’entreprises créées par des diplômés de cette majeure issus de HEC. Autant dire que c’est du lourd. Cette année, cette majeure s’allie avec celle de l’Ecole Polytechnique, ce qui devrait déboucher sur la délivrance d’un potentiel diplôme commun entre HEC et l’Ecole Polytechnique.

Cette majeure est construite autour de différents parcours (un parcours “classique”, un parcours Deep Tech et un dernier Bioentrepreneurs). Ces parcours s’articulent autour de projets (création d’entreprise, reprise, scale-up, etc.) et de séminaires (dans le Jura, à l’école Navale ou encore à… Darty). Ce cursus est très intense, et le vivre permet de structurer ses idées avec la possibilité à la fin de l’année de créer son entreprise et d’intégrer par exemple l’incubateur HEC à Station F.

Comme le précise l’équipe pédagogique de cette majeure, ce programme est parfaitement adaptés aux “apprentis-entrepreneurs”, ceux qui découvrent les rouages de la création d’une entreprise.

Cela est complètement différent d’un programme qui serait adapté aux entrepreneurs qui ont déjà connu la phase d’idéation, de recherche d’un marché, d’un business model mais aussi celle (importante) de constitution d’un portefeuille de clients pérennes.

J’ai ainsi obtenu divers aménagements de cursus, tels que la possibilité de ne pas réaliser quelques séminaires et projets de groupe. Mais c’est loin d’être suffisant, dans la mesure où de nombreuses obligations subsistent, dont celle d’assister aux cours, où nous sommes notés sur notre présence (via la réalisation systématique de l’appel en début de cours) au moment-même où notre équipe pédagogique nous martèle que nous ne sommes plus des étudiants mais des professionnels responsables…

Le casse-tête

Mon modèle bootstrap repose sur une implication de tous les instants, d’autant plus que l’absence de Dimitri m’oblige à mettre (encore plus) les bouchées doubles sur les quatre premiers mois de l’année.

Comment imaginer placer des cours ainsi que des séminaires qui prennent des semaines entières en supplément de toutes ces occupations d’entrepreneurs ?

Le premier est justement très problématique. Il s’agit d’une randonnée dans le Jura de mardi 4 septembre au samedi 8 septembre. Or, notre modèle repose sur des partenariats annuels avec des écoles et cette période est archi importante car il s’agit de celle où nous signons l’écrasante majorité de nos contrats annuels et où nous passons nos journées en rendez-vous avec nos clients et nos soirs à établir des propositions. S’il y a bien une période où nous travaillons de 8h du matin jusque 2h voire 3h du matin : c’est celle-ci ! Comment imaginer gambader dans les montagnes jurassiennes à l’heure où tous nos concurrents constituent leurs plans annuels et assurent leur chiffre d’affaires ?

Très belle photo stock qui illustre cette aporie

J’ai donc fait part de ce problème à l’équipe pédagogique qui m’oppose une totale fin de non-recevoir, au risque de ne pas “pouvoir poursuivre la formation”, car ce séminaire est primordial pour la construction de l’esprit de promo. Soit.

Je vais donc gambader dans le Jura (ce qui sera très sympa, j’adore marcher en montagne), tout en ayant l’obligation de repousser des rendez-vous et de laisser le champ libre à mes concurrents pendant la semaine la plus importante de l’année : celle où toutes les équipes commerciales, et donc nos clients, rentrent, constituent leurs plans médias et signent leurs contrats, ce que ne peut faire Dimitri à Cap Town. Bref, j’arriverai en porte-à-faux avec une semaine de retard, ce qui implique une perte évidente de chiffre d’affaires qu’il convient de minimiser au maximum.

C’est un véritable casse-tête.

C’est l’objet de cette chronique que j’animerai. Elle a pour objectif de vous faire vivre de l’intérieur la manière dont la confrontation entre la direction d’une (vraie) entreprise en pleine croissance et des études qui visent à la création d’entreprise dans le futur s’avère difficile. Au fil de l’année, nous verrons donc si j’arrive à concilier le suivi de ce programme ainsi que le développement de mon entreprise.

Je ferai également part de suggestions pour que nos clients, les Grandes Écoles de management, puissent également puiser des idées pour créer à l’avenir des programmes d’accompagnement dédiés aux entrepreneurs qui n’attendent pas la diplomation pour créer leur entreprise.

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