Portrait d’une femme qui décide de résister

On croit vivre.
Il suffit d’un rien parfois pour que la vie bascule. Et la chute irrémédiable qui s’ensuit.
Les voit-on autour de nous, tous ces corps tomber ?
Femme à la nature morte dessine le portrait d’une femme qui, un matin, décide de ne plus subir.
C’est le portrait de Lisa, mouton égaré parmi les loups.
Et le sort qu’on lui réserve au troisième millénaire.
C’est un portrait tracé à partir de ce que Lisa raconte, a préféré taire ou inventer, et que le narrateur tourmenté se rappelle, imagine, échafaude.
C’est la reconstitution d’une double chute et d’une seule rédemption.
Ce serait une fiction. Peut-être.

Un extrait

Je ne pouvais plus le toucher, même ses cheveux trop longs qu’au début je coupais moi-même, faisant glisser la lame de rasoir sur sa nuque pour raser les poils disgracieux qui repoussaient trop vite. J’aimais ça. Il attendait patiem- ment que j’en finisse. Une griffure, était-ce la lame ? Dégagée, sa nuque paraissait plus puissante. Une griffure oblique, une éraflure que je remarquai ce soir-là, et lui : Non je ne sais pas j’ai dû m’accrocher quelque part ou me gratter je ne me souviens pas. Presque jusqu’au sang, d’un rouge soutenu, et je n’avais pu m’empêcher de jeter un coup d’œil sur son dos, ses reins, quand il s’était déshabillé, mais il s’était arrangé pour me faire face quand il avait enfilé son tee-shirt, celui pour dormir, et encore le lendemain matin, trouvant un prétexte pour entrer dans la salle de bain quand il s’y trouvait, mais aucune trace suspecte ne marquait sa peau. Pourtant, ensuite comme un cauchemar imaginant les doigts de cette fille dans ses cheveux, lui caressant la nuque, gémissant sous lui, imitant les cris de l’amour pour l’attirer à elle, le retenir, enfonçant ses ongles de chatte en chaleur dans son cou, un défi qu’elle me lançait, de façon à ce que je comprenne combien elle jouissait dans ses bras, pour m’obliger à abdiquer, mais je m’étais bien gardée de faire quelque remarque que ce soit, de tomber dans le piège tendu par cette garce, de provoquer quelque esclandre où elle aurait le beau rôle. Et lui, sans doute, ne se rendait compte de rien, la laissait combiner ses petites manigances.

[…]

Quand je m’étais réveillée, un peu assommée, la bouche désagréablement pâteuse, ils étaient levés. Elle occupait la salle de bain. Passant devant la chambre d’Amélie, j’avais pris soin de jeter un œil : le lit était défait, la couverture gisait à terre et les draps étaient bouchonnés (mais plus tard, je les avais inspectés ils n’avaient révélé aucune trace suspecte, juste imprégnés d’un parfum agréable, acidulé, j’avais enfoui mon visage dedans). Quand j’entrai dans la cuisine, sans avoir pu me passer le visage sous l’eau, sans possibilité de me recoiffer un minimum, il n’avait paru gêné en aucune façon. Tu as vu Agnès ? comme si c’était à moi plutôt qu’à lui de le savoir, de m’occuper de sa putain. Elle n’avait pas encore déjeuné. Elle prend quoi ? Plutôt du thé. J’étais accroupie devant le meuble quand le plutôt m’a cinglée pareil à un coup de fouet, une brûlure dans les reins, un creux à l’estomac comme lorsqu’Éric avait absolument tenu, lors de la foire de printemps, à grimper dans ce manège, ces espèces de chariots qui dévalent des pentes d’une raideur incroyable, et à ce que je l’accompagne moi, alors que c’était la place de son père qui, une nouvelle fois, s’était défilé. À chaque descente, mon estomac mettait un temps supplémentaire pour suivre l’enveloppe de mon corps, mais Éric riait en s’accrochant à moi, et j’avais été à deux doigts de vomir. Je n’arrivais plus à me relever, mes bras, mes jambes fourmillaient de milliers de picotements, mes oreilles bourdonnaient, j’ai failli lâcher la pile de bols que je tenais dans les mains — et c’est ce que j’aurais dû faire : lâcher les bols à ce moment-là, ou mieux les lui jeter à la figure, et tout aurait été fini — mais il ne s’aperçut de rien. Et le soir ou le lendemain : Elle a l’air sympa… Qui ?… Bah Agnès… Ah… Oui très sympa, elle est jeune… un peu timide et elle a encore beaucoup à apprendre mais je pense qu’elle est très capable, Elle est mariée ?… Et lui : Mariée ?… Ah heu je ne sais plus… je ne crois pas… Mais quelle importance ?


L’auteur

Né en 1955, Jean-Pierre Suaudeau enseigne dans le primaire. Travaille, lit, écrit entre fleuve et mer, à Saint-Nazaire, ville ouvrière détruite et depuis en perpétuelle reconstruction. Pense que la ville, ouverte, mouvante, influence son rapport à l’écriture et le matériau que travaillent ses textes. Cherche à donner formes et traces au réel quand bien même celui-ci excède de beaucoup ce qu’on peut en révéler. Sait qu’on n’en finit jamais. Attirance marquée pour le cinéma, la peinture.


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Femme à la nature morte | Jean-Pierre Suaudeau | Sortie le 10.10.2014 | 4,99€ | Ce livre est disponible aux formats EPUB et MOBI sur toutes les plateformes de téléchargement | ISBN 978–2–8145–0324–3

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ISBN du livre papier 978–2–3717–6023–3 | Prix 16,50€ | Nombre de pages 240 | Distribution Hachette | Éditeur Publie.net | Collection Temps réel

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