Il est temps que la France s’occupe de ses ex-détenus

J’ai fait beaucoup d’erreurs dans ma vie…

Certaines ont étés réprimandées avec un regard noir, d’autres avec une fessée (pendant ma tendre enfance) ou une claque (pendant ma moins tendre enfance) et certaines m’ont mené en prison.

Laissez moi vous expliquer

Les personnes qui me connaissent vous diront certainement que je ne suis pas le profil type du prisonnier.

J’ai le bonheur d’être né dans une famille aimante, et d’être entouré d’un Papa d’une Maman, de trois soeurs. J’ai la chance de n’avoir que peu connu le besoin ou en tout cas d’avoir eu des parents qui ne nous l’ont pas fait sentir. J’ai le privilège d’avoir été scolarisé et d’avoir pu choisir mon cursus Lycéen sans devoir me battre.

Globalement je suis ce qu’on pourrait appelé un mec plutôt bien né. Et c’est une chance.

A l’âge de 18 ans j’ai fait une dépression . Allez savoir pourquoi? je cherche encore.

Mes parents ont eu du mal à le voir, moi aussi d’ailleurs, je suis devenu un peu fermé, violent, et désagréable. J’avais mal mais je ne voulais pas l’admettre, il y a des choses dont on ne parle pas. Il y a des choses qu’on repousse toujours au lendemain en se disant que le temps fera l’affaire et que tout ira mieux sans en parler.

C’était ma solution avec tout, je fraudais, et je ne payais pas mes amendes. Je les laissais s’accumuler en tas bientôt transformé en Tour de Pise.

Moi le sportif touche à tout, je passais mon temps à boire et à prendre du poids, même plus capable de faire plus de 4km sans être essoufflé.

Bref tout partait un peu à Vau-l’eau et j’étais l’acteur principal de cette descente sans même essayer de m’en sortir, comme un conducteur avec le pied au plancher sur une route de campagne, je restais sur la route tant bien que mal, Surtout mal.

Jusqu’au jour où j’ai frappé un premier mur, j’ai commis un premier délit dans lequel j’ai mis en danger beaucoup de monde.

La gendarmerie chargée de l’enquête m’a longtemps suspecté, j’ai été placé en Garde à vue : premier rendez vous de ma vie amoureuse avec la Justice.

J’ai été entendu à deux reprises en garde à vue.

Ressorti libre et un peu moins suspecté j’avais compris pour un bon moment que je devais faire attention à moi, pour être moins violent avec les autres.

Oui mais voilà, quelques années après, je ne vais toujours pas mieux et j’ai besoin de faire retomber la pression, d’appeler à l’aide. Je finis par retaper un mur encore plus gros. 
Je me mets dans une situation où je mets encore plus de gens en danger.

Placé en garde à vue (deuxième rendez vous un peu plus long), je finis par avouer que j’ai commis le délit dont on m’accuse. Le gendarme que j’ai en face de moi est d’une compréhension sans limite (enfin c’est que je crois). Il me pousse à alléger ce sac à dos qui me pèse et me ronge depuis des mois et des mois.

La suite est d’une rapidité folle, Je suis présenté à un juge qui décide de ma mise en détention provisoire. A peine le temps de cligner des yeux que je suis dans une cellule aux murs dénués de charme, avec pour seul horizon un mirador et son projecteur braqué sur le bâtiment.

Ca c’est ce qu’il s’est passé avant.

Ce qu’il s’est passé pendant n’a pas trop d’intérêt, des films racontent très bien l’univers carcéral et je n’ai pas envie de ressasser ces moments.

Une fois en prison, la vie prend un tout autre rythme : le rythme des serrures et du temps qu’on ne maîtrise pas, le temps judiciaire.

Ma sortie de prison en libération provisoire (ne pas confondre avec conditionnelle) est arrivée au bout de 7 mois et je n’y étais probablement pas prêt. Même si je rêvais d’un horizon moins entouré de barbelés, je n’étais pas prêt à être jeté de la sorte en dehors de ma cellule.

La justice juge, mais aussi concasse l’homme et fait perdre tout repère de vie sociale. J’étais effrayé par le moindre contact social. Je n’étais plus capable de travailler plus de 5 heures sans être épuisé. Incapable de ne pas pleurer dès qu’un reproche m’était adressé.

Si je n’avais pas été entouré de ma famille, mon avocat, ainsi que des amis qui me restaient, j’aurais certainement repris une route de campagne mal pavée et aurait certainement fini par retaper un mur. Probablement encore plus gros, probablement encore plus grave.

Car oui, une fois les lourdes grilles de la prison passées dans le sens de la sortie, hormis un suivi social léger et un suivi médico psychologique, je n’ai pas eu d’aide.

Une fois digéré, la machine judiciaire m’a recraché et laissé sur le trottoir de la prison sans même une date de procès.

La vie en dehors de tout cadre carcéral est une suite de projection, à court, moyen et long terme. La vie d’un ex-détenu est une suite de projection à court terme.

Le moyen terme? compliqué d’y penser alors qu’une date de procès n’a pas été définie. Compliqué de trouver du travail lorsqu’il faut expliquer au futur employeur ce que l’on a fait des 7 derniers mois.

Le long-terme? j’ai arrêté d’y penser le jour où j’ai compris que le moyen terme était déjà ultra compliqué.

Les gouvernements successifs de droite comme de gauche durcissent l’arsenal judiciaire. Il n’y a jamais eu autant de détenus qu’aujourd’hui.

Pour parler de la façon de mettre en prison les gens il y a toujours du monde.

Mais pour parler de faciliter les conditions de sorties pour éviter une récidive qui mène directement à la case prison : Il y a déjà beaucoup moins de monde.

Je me considère comme une exception: J’ai une famille qui m’a entouré et aidé aà ne pas faire partie des 59% de récidivistes que produisent les prisons françaises.

Qu’en est il des jeunes moins entourés, auront ils la même chance?

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