Créer son service VOD/SVOD à-la-Netflix facilement ? C’est désormais possible.

Une start-up nantaise lance sa plateforme de mise en place de boutique VOD/SVOD avec un premier utilisateur de poids : AfroStream.


Qu‘on le veuille ou non, la VOD et la SVOD sont amenées à se développer dans les années qui viennent, sur les talons du marché américain. L’arrivée prochaine de Netflix, Wuaki et possiblement Amazon sur le marché français vont bouleverser les acteurs du secteur existants, tout comme les spectateurs. Pourtant, en dehors de cette bataille des géants, d’autres acteurs commencent à fourbir leurs armes pour proposer des alternatives en misant sur les niches et sur de nouveaux outils mis à leur disposition.

Kaemo, le service SVOD/VOD à faire soi-même.

Kaemo est l’un de ces nouveaux outils. Basée à Nantes, cette start-up française souhaite se positionner sur un marché dont j’ai déjà pas mal parlé dans mes articles sur Medium, à savoir l’auto-distribution des films en VOD/SVOD via Internet. Le secteur est assez animé outre-Atlantique (VHX, Yekra, Vimeo on Demand) voire même outre-Manche (Distrify) mais encore délaissé en France comme le remarque Philippe Sang de Kaemo.

Notre but est véritablement de démocratiser l’auto-distribution, afin de permettre à n’importe qui d’avoir sa propre plateforme de VOD à moindre frais et sans connaissance technique. — Philippe Sang, Kaemo.

La recette appliquée par Kaemo est la même que les services déjà existants : une interface simple à utiliser en back-office, un front-office simple à personnaliser et surtout une solution clé-en-main sans installation et autres désagréments techniques.

Back-office type de Kameo (work in progress)

Tout se fait directement ici, dans le back-office. On charge les films, les sous-titres, les visuels, les informations de durée, de production, d’acteurs, le prix, la durée de location etc. Simple même si quelque peu encombré à l’heure actuelle.

Côté front-office, les thèmes de boutique sont facilement modifiables et personnalisables en fonction du but recherché ou de la ligne graphique et éditoriale.

Exemple d’une boutique VOD/SVOD de Kaemo.

En ce qui concerne les tarifs, c’est un peu moins facile de s’y retrouver. En effet, là où VHX par exemple fait dans la simplicité, Kaemo propose plusieurs types d’offres et plusieurs types d’abonnements qui s’échelonnent de Gratuit (+ commission sur CA) à 500€/mois pour la formule la plus chère.

Les différentes formules d’abonnement.

Habitué à la lisibilité des tarifs des services américains notamment, j’ai été un peu perdu au début mais je m’y retrouve un peu mieux. En fait, la formule gratuite (avec commission) comprend l’installation de la e-boutique SVOD/VOD mais seulement si vos vidéos sont hébergées ailleurs. Kaemo prend en charge des vidéos hébergées chez Dailymotion Cloud, Vimeo Pro, Amazon Web Services etc. Si vous désirez héberger vos films directement sur Kaemo, il faut passer par une formule payante parmi les trois proposées.

Par rapport à ses concurrents, je trouve que Kaemo propose cet avantage d’être directement tourné vers l’international. Il est possible de définir les prix en différentes devises, d’avoir une boutique en plusieurs langues, en quelques sortes d’avoir en un seul endroit un Netflix à la fois tourné vers le marché français mais aussi mondial. VHX ne propose pas encore l’euro notamment, tout comme Vimeo on Demand etc. La possibilité d’avoir sur une même plate-forme une partie VOD et/ou SVOD est également fortement appréciable.

Et la cible dans tout ça ? Philippe Sang nous en dit un peu plus.

Comme notre solution permet la mise en place d’un large catalogue de VOD, on s’adresse aux personnes qui achètent des droits pour créer un portail sur une thématique particulière, aux regroupements de réalisateurs/producteurs indépendants souhaitant s’auto-distribuer. On cible aussi un tout autre segment de marché, celui de l’e-learning et de la formation par vidéo (cours de musique, coaching sportif, et toute formation sur une thématique particulière).

C’est là où je suis un peu plus dubitatif. Les gros propriétaires de catalogues ont déjà leur plate-forme propre ou sont déjà en affaires avec des plates-formes qui leur achètent les droits de leurs films pour la SVOD. Prendront-ils le risque de tenter l’aventure en solo ? Rien n’est moins sûr mais en ce qui concerne les catalogues sur une thématique particulière, Kaemo a déjà trouvé son champion, son navire-amiral en la personne d’AfroStream.

AfroStream, la future plate-forme SVOD de niche.

Si j’avais un tant soit peu d’audace, j’essaierai de monter une offre VOD-SVOD dédiée uniquement aux films d’amour et comédies romantiques, conjointement à mon site Internet www.filmsdelover.com. (S’il y a des intéressé(e)s dans l’assistance, n’hésitez pas ☺) Je crois en l’offre VOD/SVOD de niche et c’est pour cela que j’ai suivi avec attention l’intervention de Fabrice Eboué lors des CrossVideoDays à Paris lors d’une table ronde sur le thème “SVOD : Quelles évolutions pour une révolution ?”. Il y expliquait — très justement — que la grande majorité des films afro-américains qui cartonnent aux Etats-Unis ne franchissent jamais l’Atlantique pour une sortie française. Moi-même, j’en ai des exemples à ne plus savoir qu’en faire et son pari est de se dire “Je vais lancer une plate-forme SVOD de films et séries afro-américains inédits en France puisqu’aucun distributeur n’en veut.

Si le service, créé sur la plate-forme Kaemo donc, ne sera lancé qu’en septembre prochain (“le même jour que Netflix” selon Fabrice Eboué), la newsletter compte déjà plus de 15 000 personnes pré-inscrites. Un chiffre impressionnant qui montre pourtant un vrai manque de l’offre légale française dans ce domaine de niche. A terme, les créateurs d’AfroStream sont bien plus ambitieux et visent au-delà du marché français, vers l’Afrique et l’Europe notamment.

C’est intéressant, cette conjonction d’éléments qui font que l’on a d’un côté des entrepreneurs qui croient en la VOD/SVOD de niche et se donnent les moyens de mettre sur pied un service innovant au même moment où d’autres entrepreneurs mettent à leur disposition les outils Internet nécessaires pour soutenir ce genre d’innovation. Dans le cas d’AfroStream et de Kaemo, deux initiatives très intéressantes dans le domaine, c’est en France que cela se passe, paradoxalement l’un des pays où le secteur de la SVOD est le plus contraignant.

Alors ? L’avenir de la VOD/SVOD se jouera-t-il dans les entrailles de l’ogre rouge Netflix ou sur d’innombrables petites plates-formes qui ne feront qu’un genre mais qui le feront bien ? Sans s’arrêter aux films et séries afro-américains, on pourrait très bien voir émerger à l’avenir des services VOD/SVOD dédiés aux films d’horreur, aux films catastrophe, aux comédies etc, le tout rendu possible par le faible coût relatif d’installation desdites plates-formes. Une prise de risque moindre certes pour peu que les ayants-droits jouent le jeu. Il devrait y avoir en tous cas un gagnant à ce développement : les spectateurs, qui trouveront là une offre légale bien plus importante que celle déjà existante. Et c’est déjà ça de pris sur le piratage.


Je m’occupe de FilmsdeLover.com, le site dédié aux films d’amour et comédies romantiques et de Direct-to-VOD, le Tumblr des films qui sortent directement en VOD. Contact : frederic[at]filmsdelover.com