Comment intégrer Netflix et les nouveaux géants vidéo dans le système cinéma français ? Quelques propositions sur la chronologie des médias.

La polémique qui a commencé à l’annonce de la sélection du Festival de Cannes 2017 entre Netflix et le secteur cinéma français met en lumière la nécessité de poser les bases d’un accord gagnant-gagnant pour tout le secteur et notamment par le biais d’une modification de la chronologie des médias. Plus facile à dire qu’à faire mais rien ne m’empêche d’essayer et de proposer quelques pistes, depuis mon point de vue extérieur.


Avant-propos : Les pistes évoquées seront bien sûr refusées par au moins un acteur le long de la chaine économique du secteur cinéma mais cela les mettra au moins sur un pied d’égalité avec toutes celles proposées par le CNC, Canal + et les différents acteurs du secteur depuis 2012.


I. Etat des lieux du secteur cinéma français en 2016

1. Les recettes

Il est difficile de proposer des améliorations de la chronologie des médias sans s’intéresser au secteur tout entier et ce que chaque acteur représente en termes de revenus et d’investissements.

Commençons par le chiffre d’affaires des différentes parties de l’exploitation d’une oeuvre cinématographique en France.

Comme on peut le constater, les recettes de la salle de cinéma sont majoritaires dans l’écosystème français (plus d1,3 milliard d’€), même en additionnant les recettes physiques (en baisse constante depuis plusieurs années), les recettes de la VOD (en stagnation entre 2015 et 2016) et celles de la SVOD (en forte hausse en 2016).

L’impact de Netflix dans cette case se fait sentir (le chiffre d’affaires SVOD en 2013 n’était que de 30 millions d’euros, il aura ainsi plus que triplé en quatre ans) mais il est encore loin d’être au niveau des autres. Malgré tout, il faut noter qu’en 2016, le chiffre d’affaires de la SVOD fut plus important que celui de l’EST (achat définitif en VOD). Avec l’arrivée d’Amazon fin 2016, on peut imaginer une nouvelle hausse sensible des recettes de la SVOD en 2017.

2. Les taxes et le fond de soutien du CNC

Des taxes ponctionnées sur ces recettes (et une autre destinée aux services de télévision) alimentent la majorité du fond de soutien du CNC. Elles sont au nombre de 3 :

  • TSA : la taxe sur les entrées en salles de cinéma.
  • TST : la taxe sur les services de télévision, divisée entre la TST pour les éditeurs (créateurs de programmes télévisés) et TST pour les distributeurs (ce qui permettent la réception de la télévision, comme les FAI etc.)
  • la taxe sur la vidéo et la vidéo à la demande, qui n’a pas de petit nom bien à elle (TVVAD ?). Celle-ci correspond à 2% du prix de vente/location d’un film ou 2% de l’abonnement à un service SVOD.

En 2016, voici ce que ces trois taxes ont respectivement apporté au fond de soutien du CNC :

On remarque que ce sont les éditeurs de contenus et distributeurs de flux qui alimentent principalement le fond de soutien, loin devant les entrées dans les salles de cinéma. La taxe vidéo et VàD est très faible, ce qui peut s’expliquer par deux raisons : la première est que le secteur physique est en chute libre, chute qui n’est pas compensée par l’essor de la VàD et de la SVàD. L’autre raison est expliquée dans le bilan 2016 du CNC :

L’article 30 de la loi de finances rectificative pour 2013 a étendu le champ de la taxe vidéo et VàD aux personnes établies à l’étranger. Cette mesure est toujours en cours d’examen par la Commission européenne. La loi de finances rectificative pour 2016 est venue étendre la taxe vidéo aux revenus publicitaires des plateformes diffusant des œuvres audiovisuelles gratuites ou payantes établies en France ou à l’étranger. Cette mesure entrera en vigueur après autorisation de la Commission européenne.

Ainsi, les services de VOD établis à l’étranger (comme iTunes, Google Play…) ne sont pas contraints au paiement de cette taxe et il est donc fort probable qu’ils ne s’en acquittent pas.

Netflix est un peu à part dans cette histoire car, bien que basé à l’étranger, il avait annoncé son intention de s’acquitter de la taxe sur la vidéo en France lors de son lancement en septembre 2014. Est-ce toujours le cas ? Impossible de le savoir, le listing complet des services s’acquittant de cette taxe n’étant pas rendue public. Toujours est-il que la Commission Européenne est toujours en train d‘examiner l’obligation pour ces services de contribuer, auquel cas la taxe vidéo et VàD sera sans doute bien plus importante dans le financement du fond de soutien du CNC.

Le fond de soutien du CNC est donc ce grand pot commun qui est au coeur de l’exception culturelle française et auquel contribuent donc tous les acteurs du secteur. Avec ce fond de soutien d’une valeur de 784M€ en 2016, le CNC aide le cinéma, la télévision et d’autres initiatives.

3. Les investissements

En 2016, l’investissement dans les films français s’est établi à 1,208 milliard d’euros. Cet investissement provient de plusieurs sources, à commencer par les producteurs français (462,2M€) puis les chaines de télévision payantes (190M€) et les chaines en clair (124,7M€). D’autres financements complètent le tout, comme les mandats d’exploitation en salles, en vidéo ou à l’étranger (251,3M€). Toutes les strates mettent la main à la pâte en échange de retours sur investissement (qui peuvent être des exclusivités dans les différentes fenêtres de la chronologie des médias).

Le problème est que l’investissement des chaines TV est forcément corrélé à leur chiffres d’affaires et si l’on prend le cas de Canal+, les mauvais résultats des dernières années met en péril une partie du financement de la filière cinéma qui scrute désormais chaque annonce dans le domaine de la TV. La perte des droits de la Ligue des Champions notamment au détriment de SFR met un coup au système économique de la chaine cryptée, qui mettra un coup aux abonnements, qui mettra finalement un coup à la contribution de Canal+ dans le cinéma français. Tout est lié, pour le meilleur ou pour le pire.

4. La chronologie des médias

On en vient enfin à la dernière brique de ce mur d’exposition, à savoir la chronologie des médias. Fruit d’un accord inter-professionnel entre toutes les parties prenantes de la filière, cette chronologie des médias régit les différentes fenêtres d’exploitation au cours de la vie d’un film à partir de sa sortie en salle.

Chronologie des médias française simplifiée, en vigueur actuellement

Quelques remarques sur cette chronologie des médias et notamment ses quelques spécificités :

  • La fenêtre EST (achat en téléchargement définitif) peut commencer quelques jours avant la fenêtre VOD locative et elle ne subit pas de gel des fenêtres, tout comme la fenêtre DVD/BD.
  • La fenêtre VOD locative, à partir du 10ème mois et de l’entrée de Canal+ dans le jeu, puis des chaines TV, est sous le coup du gel des fenêtres (indiqué en bleu rayé sur la chronologie ci-dessus). Cela veut dire que les chaines peuvent demander l’exclusivité sur un film en particulier et donc empêcher sa disponibilité en VOD locative pendant plusieurs jours, lors de sa diffusion. Exemple : si Canal+ diffuse “Les Gardiens de la Galaxie 2”, celui-ci disparaitra des services VOD pour que Canal+ en ait l’exclusivité.
  • La fenêtre SVOD n’entraine pas le gel des fenêtres et elle n’est pas affectée non plus par une diffusion d’un film sur une chaine TV.
  • La dernière fenêtre est la fenêtre VOD gratuite qui n’est jamais utilisée.
  • Cette chronologie des médias ne s’applique qu’à partir du moment où le film sort en salle. Si un film décide de s’affranchir de la salle de cinéma, la chronologie des médias ne s’applique pas.

La chronologie des médias telle qu’elle est formulée actuellement repose principalement sur un accord de 2009 modifié en partie à quelques reprises lors d’amendements successifs. Depuis quelques mois cependant, les négociations pour l’amender davantage pour revoir la place de Canal+ ou de la SVOD n’ont rien donné.

5. La place de la SVOD dans l’écosystème cinéma français

En analysant les données évoquées ci-dessus, nous nous rendons compte que la SVOD occupe encore une place marginale dans l’écosystème cinéma français. Pas d’investissements importants, un reversement faible au fond de soutien du CNC, un chiffre d’affaires en progression mais encore bien éloigné de ceux de la VOD ou de l’achat physique. Il apparait donc difficile de modifier en profondeur cette chronologie des médias en faveur de cette fenêtre seule, notamment pour une implication aussi faible, même si nous pouvons aussi nous demander si ces faibles résultats ne sont pas aussi la conséquence de sa faible attractivité à cause de sa fenêtre tardive.

Comme le rappelle Pascal Lechevallier, qui a participé au développement de la VOD en France, le principe moteur derrière l’établissement de cette fenêtre SVOD à 36 mois en premier lieu était de “repousser le plus loin possible les exploitations les moins valorisées, comme la SVOD et la Free VOD”. Quelque chose qui pouvait se comprendre en 2005 mais qui est actuellement en train de s’inverser, avec l’émergence de géants de la SVOD, l’effondrement des ventes physiques et la stagnation de la VOD locative.

Il existe bien d’autres facteurs à prendre en compte dans l’alchimie délicate de cette chronologie des médias imparfaite. C’est pourtant dans ce contexte que Netflix déboule, bientôt suivi d’Amazon.


II. Netflix en France.

1. Généralités sur le service

Après un peu plus de deux ans de présence en France, il est toujours impossible de connaitre précisément le nombre d’abonnés de Netflix chez nous mais différentes études l’estiment à 1,4 millions en avril 2017. Près de 1700 films et documentaires (dont le quart date de moins de trois ans), 400 séries, une disponibilité dans 190 pays dans le monde, un budget d’acquisition de 6 milliards de dollars en 2017, un service disponible sur une dizaine de plates-formes différentes, un abonnement allant de 8.99€ à 11.99€ par mois.

2. Netflix et la chronologie des médias

Netflix semble avoir du mal à agencer son développement mondial et son envie d’un catalogue unifié à la complexité des fenêtres d’exclusivité régies par la chronologie des médias. Si bon nombre des films présents sur sa plate-forme et âgés de moins de 3 ans sont inédits en salles et donc tout à fait légitimes dessus, certains films demeurent au catalogue alors qu’ils ne le devraient pas. Les ayants-droits doivent rester à l’affût pour faire remonter toutes les irrégularités au géant américain qui obtempère relativement rapidement en général.

Il faut cependant avouer que la fenêtre SVOD n’a pas été créée avec Netflix en tête, comme je l’ai déjà dit plus haut. Les principaux services SVOD disponibles en France avant l’arrivée de Netflix étaient des émanations de grands groupes médias qui voyaient en leur service SVOD le bout de l’exploitation des titres dont ils avaient les droits. Canal+ n’aurait eu aucun intérêt à demander une fenêtre SVOD plus avantageuse pour Canalplay par exemple, au détriment de la sienne. Les autres services SVOD disponibles étaient beaucoup plus confidentiels et s’arrangeaient donc avec les 36 mois réglementaires pour proposer une éditorialisation plus poussée de leur catalogue.

Netflix est en cela un vrai bouleversement au sein de cette fenêtre en particulier : un service mondial doté d’un budget gargantuesque annuel (qui représente 4 fois les investissements totaux dans le cinéma français) concentré à 100% sur la SVOD. C’est inédit en France et cela crée forcément des frictions, un déséquilibre entre les aspirations du géant américain et le reste de la filière. Mais pour l’instant, les retombées de Netflix au sein de sa fenêtre restent trop faibles pour véritablement peser dans les débats et négociations. Le fait que Netflix ne soit pas établi en France est aussi un problème pour bon nombre d’acteurs de la filière (même si cela ne les empêche pas de proposer des films à la location ou en vente sur iTunes ou Google Play, autres services non basés en France mais qui rapportent eux beaucoup plus) et empêche Netflix d’être même invité dans les débats portant sur la chronologie des médias, débats dans lesquels la fenêtre SVOD est sous-représentée. Cela pourrait changer avec l’arrivée de SFR, qui a répété sa volonté de participer à une refonte de la chronologie des médias.

3. Netflix et le financement de la création française.

Comme je l’ai dit plus haut, nous ne savons pas si Netflix participe ou non à cette fameuse taxe sur la vidéo et la VàD. Ce qui est sûr, c’est que Netflix ne paye pas ses impôts en France (et pour cause, il n’a plus de locaux chez nous) et c’est l’un des points fondamentaux de la fronde anti-Netflix. Pourtant, il serait incorrect de dire que Netflix ne finance aucune création française. Il le fait de façon directe ou indirecte mais sans entrer dans les clous voulus par le secteur, à savoir par la participation au fond de soutien du CNC qui redistribue à l’aveugle l’argent amassé.

Netflix a un autre fonctionnement : OK pour l’investissement mais il faut en échange une contre-partie. Pour “Marseille”, Netflix a investi 7 millions d’euros pour la première saison et sans doute le même montant pour la seconde, soit un budget total de 14 millions d’euros. Netflix a aussi acheté “Je ne suis pas un homme facile” avec Vincent Elbaz, actuellement en tournage, pour un budget indéterminé. Il vient également d’annoncer la S1 de “Osmosis”, une nouvelle série française. Au total, Netflix doit déjà avoir investi au moins 20 millions d’euros dans ses contenus originaux français, soit plus que la taxe Vidéo et VàD en 2016. Mais pour ce prix, Netflix obtient les droits de ces contenus, chose qu’il n’aurait pas en participant au fond de soutien du CNC pour la même somme. C’est une contribution indirecte, tout comme l’achat de contenus français qu’il diffuse ensuite au niveau mondial. C’est donc un investissement intéressé et ça ne cadre pas avec l’exception française.

4. Netflix et l’exploitation en salles.

Qu’on se le dise, Netflix n’a pas besoin de la salle de cinéma pour sortir ses films. Ce n’est pas un but en soi pour le service américain même s’ils ont déjà affirmé n’avoir rien contre si et seulement si cela ne repoussait pas la disponibilité de leurs films sur leur plate-forme en ligne. Aucune menace ou intimidation, même quand elle vient du Festival de Cannes, ne semble les faire dévier de cette ligne. Netflix pourrait donc continuer à se développer sur cette tendance, en continuant d’ignorer la filière française, en attendant patiemment les 36 mois pour sortir tous les autres films qu’ils ne possèdent pas à 100%. On peut aussi comprendre l’envie de rentabiliser un investissement de 6 milliards de dollars annuel dans l’achat et la création de contenus audiovisuels.

Comme l’a rappelé très justement Florence Gastaud, ex-déléguée générale de la société des auteurs, réalisateurs et producteurs, dans un article récent, la question est ailleurs :

“Cette chronologie des médias n’est plus adaptée à l’ère du numérique. Netflix nous interroge pour savoir quel est le juste temps pour exposer l’œuvre. Mais ce n’est pas en interdisant Netflix qu’on trouvera la solution”.

Sa solution ? Inviter Netflix et faire de lui un partenaire privilégié du cinéma français comme ce fut le cas avec Canal+ en d’autres temps : “On a vécu exactement la même chose avec l’arrivée de Canal+. Tout le monde a dit que Canal+ allait tuer le cinéma, que les gens n’iraient plus en salle. Et puis on s’est mis autour de la table et on a trouvé un grand accord, ils ont eu des avantages fiscaux et en échange on les a incités à financer.” De cet accord découlait cette fameuse fenêtre à 10 mois. Comment donc intégrer Netflix dans ce grand barnum qu’est la chronologie des médias ?


III. Pistes d’évolution de la chronologie des médias.

Dans cette partie, je vais tenter d’esquisser quelques pistes d’évolution de la chronologie des médias, tester différentes hypothèses, en utilisant mon regard extérieur. Il s’agit pour moi de contribuer au débat tout en rappelant que j’y suis un peu impliqué à mon échelle, en tant que consommateur. Vous avez tout à fait le droit de railler mon manque de compréhension de ce secteur et aussi proposer des précisions ou amendements à mes propositions. Au contraire même, cela alimentera ladite compréhension.

1ère proposition : Inciter les grands groupes SVOD à produire des films français.

Ce qui change :

  • Fenêtre VOD : Plus de gel des fenêtres. Les films disponibles en VOD le sont désormais tout le temps pour compenser l’avancée des fenêtres suivantes.
  • Fenêtre Canal+, chaines co-productrices, chaines TV : Ces fenêtres gagnent deux mois et sont désormais disponibles à 8 mois, 20 mois et 28 mois.
  • Fenêtre SVOD : C’est celle qui subit le plus de modifications, sous conditions. La fenêtre traditionnelle gagne elle deux mois, à 34 mois. Par contre, une dérogation est ouverte pour les services SVOD voulant financer 90% minimum d’un film français. La sortie cinéma est obligatoire mais au bout de 4 mois, le film est disponible en SVOD sur le service qui l’a financé en majorité. Cet avancement à 4 mois concerne uniquement des films français financés en majorité par une plate-forme de streaming. Exemple : Netflix investit 10 millions d’euros dans une production française (soit 95% du devis). Le film sort dans les salles de cinéma avec un distributeur partenaire puis est disponible sur Netflix 4 mois plus tard. La SVOD est ici envisagée comme une sortie vidéo identique au DVD ou à la VOD puisque c’est le mode de fonctionnement naturel d’une plate-forme SVOD. Dans le meilleur des cas, cette disponibilité 4 mois plus tard marque la disponibilité dans le monde entier du film français ainsi financé. Il s’agit ainsi d’encourager de grands groupes vidéo à financer des films français sans chambouler le modèle déjà existant. Cette dérogation pourrait au final ne concerner que très peu de films (voire même aucun. Netflix pourrait se dire qu’il a tout intérêt à sortir ces films directement sur sa plate-forme sans passer par la case ciné, mais Amazon ou SFR pourraient être intéressé) et ne peut s’appliquer pour les films étrangers financés en majorité ou intégralement par de grands groupes SVOD. Je pense cependant que son existence serait déjà une incitation et ne remettrait pas en cause l’équilibre du reste de la filière.

2ème proposition : Moduler la fenêtre selon l’investisseur majoritaire d’un film français.

Ce qui change :

  • Fenêtres VOD, DVD, C+, Chaines productrices et SVOD : Dans ce schéma, je pars du principe qu’au-delà de la sortie ciné, toutes les premières fenêtres d’exploitation se valent et doivent donc être traitées sur un pied d’égalité. Qu’un film, après sa sortie ciné française, sorte en VOD, en DVD, sur C+, sur une chaine productrice ou en SVOD, peu importe. Mais il faut pour cela que les acteurs de cette fenêtre soient producteur majoritaire (50, 60, 70 % ? Ou plus ?). Dans le secteur ciné français, il est assez étrange de constater qu’un acteur comme C+ ne finance jamais plus de 30 ou 40% d’un film. Pourquoi pas 70% ou 90% ? Selon un producteur (merci Thomas en passant !), C+ n’a aucun intérêt à investir autant (et n’a sans doute pas les moyens) et quand il le fait, c’est dans le cadre d’Originals à la Netflix qui ont pour vocation à devenir des téléfilms de luxe qui passeront sur son antenne. Mais l’idée est de fournir à ces acteurs une motivation pour s’impliquer sur des projets peut-être moins chers mais qu’ils pourront valoriser par une sortie ciné et une disponibilité rapide sur leur service. Une nouvelle fois, cela ne concerne pas tous les films bien évidemment. Il faut que ce soit des films français dont une part majoritaire du budget est investie par un acteur de la filière qui dispose d’une fenêtre à soi. Exemple : C+ (ou TF1 et SFR) aime tellement un scénario qu’il décide d’assumer 75% du coût de production. Ce film sort ensuite au ciné et au bout de 4 mois, il arrive sur C+ (ou TF1 etSFR) en exclusivité. D’autres exploitations sont possibles par la suite bien évidemment, que ça soit en VOD ou DVD, mais uniquement à la convenance du principal financeur. On s’approche ainsi d’une des demandes de certains membres de la filière ciné française, à savoir une chronologie au cas par cas, même si ma proposition ne touche pas aux fenêtres traditionnelles pour les autres films, étrangers ou sans financeur principal. Encore une fois, cela pourrait ne concerner qu’une poignée de films par an mais cela permettrait de tester une autre façon de faire, loin d’un statu quo qui finira par tuer certains membres de la filière.

La question des salles de cinéma.

Dans mes deux propositions, je ne touche pas à la fenêtre des salles de cinéma parce que, quoi qu’on puisse en penser en lisant mes tweets sur le sujet, je comprends aussi la place fondamentale qu’occupent les salles de cinéma dans l’écosystème. Mais je ne peux pas non plus laisser dire que le quadrillage cinéma est idéal et parfait en France. Les cinémas de campagne font ce qu’ils peuvent et je ne peux donc pas m’attendre à ce qu’ils proposent tous les films, chaque semaine, en VO à des heures qui me conviennent. Mais des solutions sont possibles, sans que ça ne vienne concurrencer les salles de cinéma.

  • La VOD day and date géolocalisée. Je suis un fervent partisan de cette mesure, dans la mesure où j’habite à la campagne et qu’en dehors des blockbusters, l’offre fraiche de films indés est limitée. Je ne sais pas par quel raisonnement les exploitants en sont arrivés à se dire que si “Tel film indé US que je veux voir” n’est pas dispo dans mon ciné de campagne, j’irai forcément en voir un autre programmé lui dans mon ciné de campagne. Je ne place pas l’expérience ciné au-dessus des films que je vais voir, et si le film que je veux voir ne passe pas, je ne vais pas aller me faire une toile en me décidant devant la salle. D’où l’idée de la sortie simultanée en VOD pour les films qui ne sont pas diffusés près de chez moi (cette distance reste à fixer mais je pense que 30 kilomètres est bien). Même à un tarif premium de 10€, peu importe. Si les exploitants et distributeurs pensent que l’offre française cinéma est si adéquate, pas de soucis à se faire concernant cette demande : personne ne l’utilisera. On peut même imaginer une portion de la recette VOD qui revient aux salles en échange de cette mesure mais elle doit se produire, sous une forme ou une autre, même si cela ouvre la porte à des problèmes de piratage assez évidents. Pourquoi ne pas laisser le choix aux distributeurs eux-mêmes de distribuer ou non ces films en VOD day-and-date ?
  • La fin des jours sans films à la TV. Actuellement, une chaine TV ne peut pas diffuser de films le mercredi (sauf France 4), le vendredi et le samedi soir, ainsi que le dimanche en journée. En tant que campagnard, je suis bien content que les citadins qui peuvent aller au cinéma aient ces soirées bloquées pour aller voir des films tout en me privant d’en voir à la télé. De la même façon que je ne suis pas quelqu’un qui décide sur un coup de tête d’aller au ciné, je n’ai donc pas d’autres choix que de me tourner vers la VOD, la SVOD et mes DVDs ces soirs-là. Pouvoir rajouter la TV à la palette permettrait sans doute de varier les goûts. Sans compter que l’on peut assujettir ces diffusions à des conditions : on ne compte plus les rediffusions de vieux films, pourquoi ne pas autoriser seulement la diffusion de films français ou du monde, inédits à la TV ? Certes, je vois mal TF1 en diffuser en prime time mais peut-être que d’autres chaines pourront en profiter.

Autres considérations.

Une refonte de la chronologie des médias, son succès et l’intégration réussie des nouveaux acteurs (avec l’approbation ou non des quelques points évoqués ci-dessus) sont à mon avis indissociables de paramètres extérieurs à la chronologie des médias.

  • L’application de la Taxe appliquée aux services vidéo émettant depuis l’étranger. Google, iTunes, Netflix, Amazon, même Mubi doivent participer à la création française et la Commission Européenne doit statuer rapidement sur ce point. Quand ces services commenceront à payer d’une façon ou d’une autre des impôts en France, cela leur permettra d’avoir plus de légitimité lors des négociations sur la chronologie des médias plutôt que de tenter de la faire exploser par à-coups.
  • Une lutte contre le piratage plus efficace. Je ne vais pas me faire des amis en disant cela mais tout ce système ne peut fonctionner au milieu du piratage décomplexé qui existe actuellement en France. Je ne reviendrais pas sur le cas des séries mais la VOD géolocalisée par exemple ne peut fonctionner sans une lutte contre le piratage plus drastique.

IV. Conclusion

La chronologie des médias est un système compliqué. C’est, de mon point de vue, une merveille de technicité, un petit miracle tant et si bien que le moindre changement désormais évoqué est repoussé par au moins un des acteurs du secteur. Mes propositions suivront sans doute le même chemin mais tenter de trouver une “meilleure” chronologie des médias est quelque chose qui permet de penser le secteur et la place de tous les acteurs qui le composent. Au final, je reste persuadé que la meilleure solution serait une chronologie des médias au cas-par-cas parce qu’elle permettrait aux acteurs du secteur de s’adapter aux demandes du public plutôt que de restreindre leurs habitudes dans des carcans qui finiront tôt ou tard à exploser sous le poids de leurs contraintes.

Si d’autres idées de proposition me viennent, je ne manquerais pas de les ajouter à cet article. N’hésitez pas non plus à me faire part de vos idées ici ou sur Twitter @filmsdelover si jamais vous voulez contribuer.



Je m’occupe de FilmsdeLover.com, le site dédié aux films d’amour et comédies romantiques, du podcast “Netflixers” dédié à la SVOD et de Direct-to-VOD, le Tumblr des films qui sortent directement en VOD.

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Contact : frederic[at]filmsdelover[point]com

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