Le nomadisme des professionnels

Soirée de lancement de Laburo : accès instantané au coworking à la demande

« Work is no longer a place ». C’est sur cette phrase que s’ouvre la soirée de lancement de l’application Laburo, qui permet d’accéder à un réseau d’espaces de coworking parisien en temps réel, pour la durée de son choix et sans engagement.

J’étais invité à partager mon expérience de professionnel nomade et quelques réflexions issues de notre expérience chez OuiShare et au sein du Lab. J’espère publier prochainement une analyse plus détaillée appuyée sur ma présentation de ce soir.

Un grand merci à Julie Rieg (Sociologue indépendante, responsable de Laburo Consulting) d’avoir rédigé l’essentiel de ce compte-rendu.

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Amaury De Buchet, fondateur de GreenSpace Paris

GreenSpace, pionnier du coworking à Paris — Amaury de Buchet

Greenspace a été créé en mai 2010, alors que seuls une dizaine d’espaces coexistent dans Paris. Depuis sa création, l’espace enregistre un taux de remplissage de plus de 90% et a accueilli plus de 120 entreprises. La moyenne d’âge est de 30 ans. « Greenspace est une offre complète et surtout paisible », précise Amaury de Buchet. Les bureaux sont plus grands qu’ailleurs et la bienveillance est une valeur phare ; trois personnes sont à disposition dans le lieu. Ce sont avant tout les entrepreneurs qui louent des postes de travail avec un turnover assez important, les personnes restant en moyenne un peu moins d’une année. Des ambiances différentes sont proposées à l’intérieur du lieu : une terrasse, un jardin, un patio, des bureaux fermés… qui proposent des conditions de travail plus ou moins calmes pour satisfaire l’ensemble des besoins. Les bureaux sont accessibles en 24/7 grâce à un badge magnétique. Des horaires d’ouverture “de bureau” sont proposés pour les entrepreneurs nomades qui viennent grâce à l’application Laburo.

« Greenspace est une offre complète et surtout paisible »
Le concept de Green Space Paris

Comme beaucoup d’espaces de coworking, GreenSpace est une communauté et organise des événements : des séances de yoga, des activités sportives, des apéros et repas, etc. Greenspace offre de la flexibilité (le tarif intègre tous les services) et aide les entrepreneurs à la croissance de leur startup en travaillant sur leur business plan, la levée de fonds, etc.

Parmi leurs services, un walking desk est à disposition des membres qui peuvent ainsi travailler en marchant sur un tapis à un rythme de de 2 km/h. L’expresso est à volonté et des boîtes aux lettres sont proposées pour la domiciliation des entreprises.

Le Collectif des Tiers-Lieux a été monté il y a un an et demi, l’objectif étant de s’améliorer tous ensemble, de partager des plans. Télécentres, coworking et fablabs en font partie. L’enjeu est également de se défendre contre les plateformes qui capteraient la valeur pour elles seules en maîtrisant le flux de clients nomades ou de coworkers. C’est aussi un lieu de partage de pratique pouvant aboutir à une forme de normalisation. Cela commence par s’entendre sur des définitions communes.

Ghislain Delabie, nomade et membre de Ouishare — Le Lab

Les enjeux du nomadisme des professionnels — Ghislain Delabie (OuiShare)

OuiShare est un réseau international de 5 000 membres, dont 80 connecteurs qui le développent et l’animent. Dans un projet comme Le Lab, associant deux structures et un réseau élargi pour produire de la veille prospective sur les usages émergents de la ville, le travail et les activités ont une dimension locale comme internationale, qui toutes deux occasionnent une forme de nomadisme. « Régulièrement, je termine une réunion à 17h et je ne vais pas forcément aller chez moi. Quand on voyage, peut-être est-on accueilli chez quelqu’un avec qui on travaille, peut-être qu’on a besoin d’un tiers-lieu, peut-être qu’on va travailler dans un aéroport », explique Ghislain Delabie.

Différents enjeux coexistent.

Quelques enjeux liés au nomadisme des professionnels — Ghislain Delabie (Le Lab OuiShare x Chronos)

Le lieu et la communauté sont souvent liés. « Si on est nomade de lieu en lieu, on n’est plus vraiment rattaché au lieu. Si des espaces de coworking sont prioritairement pour des nomades, crée-t-on encore du lien les uns les autres ou sommes-nous des étrangers les uns pour les autres ? », ajoute Ghislain. La communauté d’intérêt et de pratiques est une dimension compatible avec le nomadisme. Il y a des lieux où on trouve beaucoup d’architectes, des lieux avec des acteurs qui ont des intérêts communs et qui vont se retrouver dans un lieu car ils travaillent sur un projet commun. « Du coup en fonction du projet sur lesquels je travaille, je peux être amené à travailler dans différents lieux, y compris au sein d’une même journée », précise Ghislain. Un équilibre entre un attrait pour la permanence et une dimension éphémère . « A la fois on aime bien avoir des choses qui changent, d’un autre côté si je vais de lieu en lieu, à chaque fois je dois me connecter au réseau WiFi et accéder à des services de base. Ça peut poser un problème car dans le quotidien, on a besoin de diminuer la charge cognitive. » On peut imaginer dix espaces de coworking identiques dans Paris pour faciliter l’usage. Ou au contraire adopter le modèle d’Airbnb qui privilégie à la fois la singularité du lieu et l’unicité de l’expérience serviceille (réservation, modes de paiement, évaluation, garanties).

Le coworking, c’est un lieu et une communauté. Si on enlève le lieu, comment réinvente-t-on le modèle ?

Le modèle économique en question. L’abonnement est bien pour les entrepreneurs et les gestionnaires d’un espace de coworking, mais quid de l’usager nomade ? « Si j’ai deux heures à tuer, je peux aller dans un café mais je vais payer un café. Si je vais dans un tiers-lieu, je vais devoir payer à l’heure. » Par ailleurs, faut-il ubériser le coworking, c’est-à-dire la capacité d’accéder en temps réel à un espace ? Comment concilier des modèles économiques et des cultures hétérogènes ? Qu’est-ce qu’on uniformise comme services et qu’est-ce qu’on laisse comme spécificités ?

Les modes de travail enfin. « En tant qu’entrepreneur, je n’ai aucun patron qui me demande de travailler de telle heure à telle heure. Les entreprises aussi bougent et offrent de plus en plus de flexibilité. Les projets sont matriciels, dans la même journée on travaille sur 3–4 projets différents… », explique Ghislain. Ce qui fait l’attrait d’un espace de coworking, c’est aussi la possibilité de pouvoir passer un coup de téléphone ou faire une réunion impromptue, soit d’avoir accès à des espaces conversationnels. Il existe aussi des espaces éphémères. Ouishare est actuellement installé pour 18 mois au Square. Ces lieux sont vus comme des accélérateurs de projet et de collaboration grâce à leur caractère éphémère. Enfin, se pose la question des normes qui permettent de savoir ce qu’on va trouver dans l’endroit. Est-ce qu’on le fait par une norme ou par une plateforme de type Uber ?

Pour le nomade, un espace de coworking doit limiter la surcharge cognitive (simplicité, uniformité) et préserver une identité propre. C’es tun équilibre délicat.

L’association Actipôle 21 a travaillé sur un label des espaces de coworking, ajoute Amaury De Buchet. La norme n’est pas forcément quelque chose de négatif dans la mesure où elle encourage la montée en qualité des espaces. Le gros de la tendance de coworking, ce sont les freelances. Les freelances nomades ne constituent pas une proportion importante. Il existe une initiative de CoPass qui permet d’accéder à différents lieux et la cible est restreinte pour l’instant, même si elle va évoluer.

Marc Veyron, ancien DRH chez Carrefour et Capgemini

Le télétravail et les tiers-lieux — Marc Veyron (My Value)

Comment le télétravail s’est-il mis en place et quelle est l’orientation prise aujourd’hui ? En 2011, Capgemini a mis en place le télétravail pour les salariés situés à Saint Cloud. « On avait un risque important de perdre les collaborateurs qui naviguaient entre Saint-Denis et Saint-Cloud, et aussi de les fatiguer. » Un site pilote a été mis en place pour le télétravail et cela a très bien fonctionné. Les deux besoins étaient de répondre à des attentes des salariés et de constituer facilement des équipes internationales.

L’accord a été signé par quatre organisations syndicales, et la CGT a du s’y rallier après avoir interrogé ses adhérents qui ont exprimé leur intérêt en faveur du projet à 80%, à leur grande surprise ! « IBM avait déjà lancé ce programme en 1999, Accenture en 2009, Atos en 2010 et Logica en 2010. Capgemini se devait d’intégrer ce mouvement. », ajoute Marc Veyron.

Les 10 chiffres-clé du télétravail en France — Étude eWorky pour le Ministère de l’Industrie (2012)

En 2012, à la demande du Ministère de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie Numérique, une étude a été réalisée par eWorky qui montrait que 12,4% des salariés français télétravaillaient et que les freins au télétravail étaient avant tout liés au management intermédiaire. Chez Capgemini, des dispositifs de formation ont été mis en place pour les managers. Les gains de productivité liés à l’absence de fatigue due aux déplacements et à la meilleure productivité (moins de retards en réunion), sont évalués à +22%. Les salariés télétravailleurs gagnent aussi 45 minutes de sommeil par jour. L’étude mesure aussi que 144 arbres sont économisés en moyenne chaque année pour une personne qui télétravaille.

L’étude Global Coworking Survey 2017 montre que le nombre d’espaces de coworking dans le monde est passé de 1 130 en 2011 à 13 800 en 2017, et que le nombre de membres est passé de 43 000 à 1 180 000 sur la même période. Pour Marc Veyron, 10 facteurs assurent un grand potentiel de développement au coworking en général et aux solutions pour nomades en particulier :

  • Croissance du nombre des indépendants
  • Optimisation des surfaces (espace)
  • Optimisation des déplacements (temps)
  • Enjeux de mobilité (lieux de vie)
  • Solution à l’isolement des travailleurs nomades
  • Nouvelles formes de travail plus collaboratives
  • Management d’équipes internationales
  • Développement de la gestion de projet
  • Besoin d’innovation, de créativité, de rencontres
  • Nouvelles pratiques managériales, autonomie

Marc Veyron vient de créer sa propre structure, My Value, orientée sur la création de valeur.

Franck Hisel : Les grandes entreprises ont-elles un intérêt à troquer les bureaux classiques par des espaces de coworking ?

Marc Veyron : Je ne pense pas car l’identité d’une entreprise vient aussi du lieu. Beaucoup d’entreprises sont attachées à cette identité, il y a besoin d’un lieu de rassemblement pour tout le monde. Après il n’y a pas besoin de 36 lieux. Une entreprise peut être à un seul endroit, ce lieu va suffire comme lieu de rassemblement, et après on peut être dans le nomadisme. Un minimum de deux jours par semaine sur le lieu de travail est indispensable.

Léa Soulier : Il y a aussi disparition de la séparation entre sphère privée et sphère professionnelle.

Marc Veyron : On a rassuré les syndicats en mettant en place un module de formation e-learning qui portait sur l’organisation à domicile et sur le risque de ne pas s’arrêter de travailler, celui d’aller régulièrement grignoter et prendre un café… Le CHSCT voulait l’autorisation d’aller sur le lieu de travail, il l’a eue mais en réalité il n’y est jamais allé. Qui voudrait recevoir à son domicile une visite du CHSCT ?!

Angel Talamona, présentation de Laburo

Work is no longer a Place — Comment Laburo veut ubériser le coworking

Pour Angel Talamona, “Laburo vise à créer et à entretenir une véritable communauté autour des espaces partenaires”. Laburo promeut en effet une approche humaine et communautaire du coworking, à l’aide d’outils numériques. Les travailleurs nomades peuvent entrer en contact avec d’autres utilisateurs par le biais d’une messagerie instantanée intégrée à l’application. Ils peuvent ainsi échanger et proposer leurs services.

Laburo, startup immatriculée en octobre 2015, est née des constats selon lesquels :

  • avec le numérique on peut travailler de n’importe où n’importe quand,
  • la population des freelances est en explosion,
  • les freelances ont du mal à trouver des espaces pour des besoins occasionnels,
  • ou encore l’absence d’un réseau social business.

L’application Laburo est une place de marché qui permet aux espaces de coworking d’améliorer leur capacité d’accueil en faisant de l’accueil occasionnel. Les espaces peuvent modifier les horaires, la capacité d’accueil et les prix à tout moment dans la journée. A ce jour, une dizaine d’espaces de coworking parisiens sont partenaires de l’application.

Deux segments sont visés :

  • Les indépendants, qui sont estimés à 3 millions en France selon l’Insee et dont la croissant était de +85% ces dix dernières années selon l’INSE.
  • Les salariés, estimés à 15 millions par l’Ipsos dont 66% se déplacent dans le cadre de leurs activités professionnelles.
Le concept Laburo — Coworking à la demande

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