Le Taxi, une plateforme “made in France”

Ou comment l’Etat tente de rivaliser avec Uber and Co

L’arrivée en France des VTC et la concurrence qu’ils ont engendrée a posé de nombreux problèmes et soulevé un fort mécontentement, particulièrement dans les grandes villes. Pour y faire face, et moderniser une profession mise à mal par le numérique, l’État a lancé Le Taxi.

Un clic, un taxi

Start-up d’État créée en 2015, Le Taxi est une plate-forme numérique qui regroupe les données des exploitants de taxi agréés, et met en relation chauffeurs et clients via des applications partenaires (Tedycab, Triperz, Zaleou, etc.). Elle permet à un usager de géolocaliser les taxis disponibles autour de lui, et aux chauffeurs de se rendre visibles et disponibles en temps réel.

Crédit : le.taxi

Les taxis et les applications sont agréés par la plate-forme, constituant un réseau de plus de 8 000 chauffeurs disponibles dans 6 grandes villes françaises. Les données des utilisateurs (géolocalisation, temps de trajet, etc.) sont quant à elles anonymisées et devraient permettre de recueillir de précieuses informations sur le trafic.

Des défis à relever

Plate-forme financée par l’État (et donc aux frais du contribuable), Le Taxi s’inscrit davantage dans une logique d’intérêt général que de recherche de profit. Et c’est peut-être là que le bât blesse : si l’initiative est noble, innovante et permet (via les données récoltées) une amélioration d’autres services (comme les transports publics), son modèle peut-il être pérenne et si oui, doit-il être uniquement l’affaire de l’État ?

Aujourd’hui, seuls le Secrétariat Général pour la Modernisation de l’Action Publique (SGMAP) et la Délégation à la Sécurité et à la Circulation des Routes (DSCR) sont développeurs de la plate-forme. Qu’en est-il d’une participation des premiers intéressés (les chauffeurs) mais aussi des clients, pour un mode de gouvernance plus collaboratif ?

La question du modèle économique est également à poser : aujourd’hui sur 20 000 courses enregistrées sur la plate-forme, seules 3 500 ont réellement été effectuées (suite à des refus de courses de la part de certains taxis) et seuls 15% des taxis français sont référencés sur la plate-forme. Face à la concurrence d’autres VTC, le modèle Le Taxi semble avoir du mal à prendre, puisqu’il ne représente aujourd’hui qu’une part infime du marché.

Le devenir des données est également à prendre en considération : la plate-forme s’inscrit en effet dans une démarche Open Data du gouvernement, mais aujourd’hui, les données ne sont accessibles qu’aux partenaires agréés. Lorsque des données anonymisées seront disponibles, elles le seront sous une licence ouverte, ce qui est une bonne nouvelle. Mais Uber Movement, à l’approche moins ouverte, donne accès à des données de plus en plus riches, à une échelle bien plus importante et utile pour des statistiques.

Une alternative à Uber ? A voir.

Le modèle Le Taxi reste cependant une initiative innovante, et pourrait offrir une alternative à l’invasion d’Uber et des autres VTC comme le projet Ride Austin. Le Taxi est une plate-forme jeune, et évoluera sans doute dans les mois et années à venir. Reste à voir s’il ne s’agit que d’un écran de fumée destiné à calmer la colère des taxis, ou d’un réel projet concret pour des transports optimisés, secteur clé des villes de demain.

Ressources utiles :
http://le.taxi/
https://www.etalab.gouv.fr/
https://medium.com/le-lab/ride-austin-la-plateforme-vtc-%C3%A0-impact-local-et-positif-7429216d3ec5