Solshare, la start-up qui met en partage l’énergie solaire au Bangladesh

Crédit Photo: Helena Wright

Au Bangladesh, 17 millions de foyers, principalement situés en zone rurale, n’ont pas accès au réseau électrique général. Parmi eux, 3 millions disposent d’une installation solaire domestique que l’on appelle SHS (Solar Home System). Dans ces zones reculées, Solshare propose aux particuliers de s’échanger de l’électricité via des nanogrids (micro-réseaux), c’est à dire des mini réseaux électriques reliant une dizaine de foyers, certains équipés de panneaux solaires, d’autres non.

Un nanogrid pour échanger de l’énergie solaire en peer-to-peer

Les foyers équipés d’un SHS se retrouvent souvent avec un excédent d’énergie solaire impossible à stocker. Au même moment, certains de leurs voisins n’ont aucun accès à l’électricité. Solshare permet à ses usagers de revendre leur trop plein d’énergie aux autres villageois. L’échange se fait directement de particulier à particulier sans intermédiaire.

Concrètement, chaque foyer est équipé d’une Solbox qu’il passe à l’envie en mode achat ou vente (la question ne se pose évidemment pas pour un foyer dépourvu de panneau solaire). Toutes les données de consommation et de production sont stockées dans le réseau. Le paiement ne se fait pas en direct mais passe par une application sur téléphone portable qui crédite ou débite le compte de chaque usager. En reliant plusieurs SHS entre eux ainsi qu’à des foyers sans électricité, le nanogrid permet de fournir de l’énergie à tout un village même en cas de défaillance de l’une de ses installations.

Illustration SolShare

Les bénéfices sont nombreux pour les villageois :

  • ils disposent d’une source d’énergie fiable et peu chère et ne subissent plus les coupures de courant du réseau central,
  • ils peuvent développer des activités économiques consommatrices d’énergie notamment pour l’agriculture,
  • leur qualité de vie se voit améliorée,
  • les foyers équipés d’un SHS disposent d’une nouvelle source de revenus en revendant leurs excédents d’énergie.
Video SolShare - Me SOLshare/YouTube

Un vaste réseau de partenariats pour pérenniser le modèle économique

En 2014, année de la création de Solshare, un vaste programme gouvernemental a été lancé pour doubler le nombre de SHS du pays le faisant passer de 3 à 6 millions. Le Bangladesh est ainsi devenu le pays dont le marché du solaire domestique a la plus forte croissance au monde. Le potentiel de développement de SolShare est donc très important. Son modèle économique repose sur la vente de solutions connectées (SOLbox et SOLcontrol). Vendue à 30$, la box représente un vrai investissement pour les bangladais. Ils peuvent donc la financer via un micro-crédit qui s’étale généralement sur 24 à 36 mois. La start-up prévoit de déployer 10 000 nanogrids d’ici 2030 ce qui représenterait plus d’un million d’utilisateurs finaux.

Pour ce faire, elle a développé un vaste réseau de partenariats : entreprises privées qui fournissent et développent les SHS, instituts de recherche spécialisés dans l’énergie, organisations ou institutions publiques et parapubliques… L’entreprise est aussi largement reconnue sur la scène internationale, elle a notamment reçu le prix Intersolar 2016 et un Momentum for Change Award de la part des Nations Unies lors de la récente Cop 22.

Le potentiel de SolShare s’étend bien au delà du Bangladesh. Avec un coût unitaire qui a diminué de 80% depuis 2010, le nombre de SHS devrait exploser partout dans le monde, tout particulièrement dans les Pays du Sud où le réseau électrique reste peu développé ou peu performant. Mais la solution développée par SolShare n’est pas efficace dans toutes les situations. Pour des raisons techniques, son nanogrid ne peut pas s’étendre dans des villages trop vastes où les habitations sont distantes les unes des autres. SolShare devra donc se limiter à des zones densément peuplées, mieux adaptées à sa technologie.

Autre obstacle auquel SolShare devra faire face: la difficulté à couvrir tous les besoins énergétiques en solaire sans pouvoir s’appuyer sur du stockage additionnel qui s’avérerait trop coûteux.

Il reste pour la start-up une grande opportunité à laquelle elle ne semble pas s’être attaquée jusqu’à présent: l’exploitation des données recueillies par ses box. Une vraie mine d’or qui lui permettrait de mieux comprendre les besoins et donc de développer des services adaptés.

L’arrivée de la technologie SolShare constitue sans nul doute un vrai bouleversement pour les villages, transformant certains voisins en producteurs, d’autres en consommateurs. Les répercutions sociologiques et relationnelles qui en découlent seraient intéressantes à étudier.

Ressources utiles :
http://www.me-solshare.com/
http://www.bestclimatepractices.org/practices/957/