La conquête de l’Espace: quel intérêt pour la Science « terrestre » ?

Octobre 1957, les soviétiques réussissent l’exploit de mettre en orbite le premier satellite de l’Histoire, lançant par la même occasion une course à l’espace qui, encore aujourd’hui, n’en finit pas de passionner les Etats et les peuples. Domaine largement préempté par les agences spatiales nationales ou internationales comme la NASA (1) (Etats-Unis) et l’ESA(2) (Europe), cultivant mystères et fantasmes, les travaux menés par ces explorateurs d’étoiles peuvent pour certains d’entre nous paraître bien éloignés des préoccupations du commun des mortels. Pourtant, bien au-delà des rêves d’enfants qu’elle fait naître, l’exploration spatiale bénéficie à chacun d’entre nous, et ce, sans que le plus souvent nous n’en ayons conscience.

Tellement ancrées dans nos gestes quotidiens, on oublie parfois que certaines technologies issues de l’étude de l’espace nous accompagnent depuis déjà de nombreuses années. Savoir quel temps il fera demain, trouver sur son smartphone une boutique près de chez soi, appeler tante Armande et lui rendre visite à Châteauvieux-les-Fossés sans se perdre, ou tout simplement écouter les informations le soir en rentrant à la maison, tous ces petits gestes simples sont possibles grâce aux satellites. D’autres domaines, comme l’agriculture notamment, profitent aussi fortement de cette technologie de pointe. Aujourd’hui, les satellites permettent ainsi aux agriculteurs de mieux surveiller et de mieux gérer l’occupation de leurs parcelles, ou encore d’optimiser l’irrigation et l’apport d’intrants aux cultures.

Sans entamer un inventaire à la Prévert, et s’il est aujourd’hui un domaine où les apports des expériences conduites à des centaines de kilomètres de nous trouvent un nombre incroyable d’applications, il s’agirait incontestablement de la médecine et de la physiologie humaine. Dans le domaine de la cardiologie par exemple, la pompe d’assistance ventriculaire utilisée dans les cœurs artificiels découle directement des pompes à carburant de la navette spatiale américaine. La conception du design des pompes à insuline puise quant à elle son inspiration du vaisseau spatial américain Viking, mis en orbite en 1975 pour étudier la planète Mars. Les machines de dialyse elles aussi ont pu être imaginées grâce au système de recyclage des fluides embarqué lors des missions Apollo.

Si ces différentes technologies profitent déjà à des milliers de patients dans le monde, les expérimentations menées en apesanteur promettent encore de nombreuses et fabuleuses débouchées. A bord de la Station spatiale internationale (ISS), l’équipage de l’expédition 50 a aujourd’hui un agenda bien rempli.

Le projet « Echo », mené conjointement par le CNES[3] et l’Agence Spatiale Canadienne a pour objectif de permettre à un professionnel de santé resté sur Terre, de réaliser des échographies sur les astronautes à bord de l’ISS, dont notre désormais célèbre et compatriote Thomas Pesquet. Cet outil pourrait ainsi permettre d’améliorer l’accès aux soins des personnes isolées ou bien encore de mieux comprendre les conséquences d’un alitement de longue durée, grâce aux données recueillies sur la circulation sanguine des astronautes soumis à une pesanteur très faible.

Autre projet à l’étude : « Everywear », un vêtement recouvert de capteurs permettant de recueillir et de transmettre les données de santé des astronautes (données nutritionnelles, prises de médicaments…) via une application sur tablette/Ipad. Ce système pourrait inspirer des applications sur Terre pour le suivi de maladies chroniques. Dernier exemple, « AquaPad », une technique expérimentée par le CNES pour évaluer facilement et de manière fiable la contamination bactérienne de l’eau de boisson. Si elle présente un intérêt certain pour améliorer le quotidien des astronautes, cette technique pourrait être démocratisée sur Terre notamment dans des zones où l’accès à une eau potable demeure aléatoire ou bien lors de catastrophes naturelles.

Au-delà des sciences de la vie, d’autres domaines profitent également de ces expérimentations célestes, et plus particulièrement les sciences de la matière (physique des fluides, biophysique, physique fondamentale…). A ce titre, le laboratoire européen Columbus, qui fait partie de la ISS depuis 2008, permet aux astronautes de mener des centaines d’expériences chaque année. Nombre d’inventions salutaires bénéficient ainsi déjà à l’humanité ; le revêtement des couvertures de survie, un film plastique métallisé (polyéthylène téréphtalate métallisé), a ainsi été mis au point par la NASA en 1964, originellement pour réfléchir les ondes radio sur le ballon satellite Echo 1. Les textiles ignifugés eux aussi ont une origine extra-terrestre ; fruit des recherches consacrées à la protection des circuits électriques des fusées, ces matériaux sont intégrés dans les combinaisons des astronautes pour les protéger des rayons du Soleil.

Ainsi, et comme la Science en générale, même si leurs applications peuvent nous paraître parfois lointaines, les recherches menées dans l’Espace demeurent une fabuleuse source d’inspiration pour les chercheurs restés sur Terre, et d’amélioration du quotidien de tout à chacun.

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