Le Zap d’Albert #7

Cimer Albert
Apr 12, 2018 · 7 min read

Ce climatosceptique dénommé Trump

En 2016, se tenait la 22ème conférence sur les changements climatiques à Marrakech.

A cette occasion, le président des États-Unis n’a pas manqué de dégainer une de ses chères fake news dont il a le secret. Dans son viseur cette fois-ci, la Chine, accusée d’avoir inventé le réchauffement climatique pour nuire à l’Occident. Surréaliste mais véridique, le Ministre chinois des Affaires Étrangères a dû répondre à maintes reprises aux journalistes qui couvraient l’événement et qui souhaitaient savoir si l’accusation de Donald Trump était fondée. Bien entendu, la Chine a démenti les faits, rappelant, s’il était nécessaire, que les prédécesseurs de Trump à la Maison Blanche avaient commencé à discuter du réchauffement climatique dès les années 80, sans que la Chine soit présente dans les discussions.

Juin 2017. Les États-Unis se retirent de l’accord de Paris sur le climat.

Donald Trump donnera des justifications économique à cette décision, mais proclamera également que : « Même si l’accord de Paris (était) totalement appliqué (la) baisse (observée serait) de seulement 0,2°C sur la température globale d’ici à 2100 ».

Le président Américain disait alors s’appuyer sur les résultats d’une étude du réputé Institut de technologie du Massachusetts. Un démenti sévère sera fait peu de temps après par l’équipe de chercheurs concernée, faisant savoir que Donald Trump avait détourné le sens et les résultats de l’étude. Cette dernière concluait en effet que, si tous les pays signataires respectaient l’accord, le réchauffement climatique pourrait être limité de 0.6 à 1.1 degré d’ici à 2100.

Hépatite B et sclérose en plaques : un débat vieux de 20 ans !

Depuis les années 90, plusieurs dizaines de millions de Français ont été vaccinés contre l’hépatite B. Suite au signalement de plusieurs cas et rechutes de scléroses en plaques possiblement liés à cette vaccination, le Ministère de la Santé avait suspendu le programme de vaccination des adolescents contre l’hépatite B à l’automne 98. Depuis, il ne se passe pas une année sans qu’un article de presse ou qu’un documentaire ne paraisse sur le sujet et sème de nouveau le trouble dans nos esprits.

Pour l’Organisme Mondial de la Santé, la décision de la France d’arrêter ce programme de vaccination “a été mal compris et interprété comme une condamnation de la vaccination anti-hépatite B, alarmant l’opinion dans d’autres pays”… (et ce en l’absence de tout fondement scientifiquement).

Pour autant, et malgré les nombreuses études scientifiques et les avis des plus grands experts parus ces dernières années sur le sujet, démontrant que rien ne permet d’établir un lien de cause à effet entre la vaccination contre l’hépatite B et des altérations neurologiques de type sclérose en plaques, cette idée continue de perdurer dans l’esprit d’un certain nombre de personnes.

C’est la génooo-diqueuh-diqeuh-diqeuh du chercheur !

Un exemple de plus qu’une fake news scientifique ne serait rien sans le relai et le crédit accordé par les médias.

Même les scientifiques font des fausses notes.

L’an passé, France Culture diffusait à son antenne une émission entière dédiée à la “génodique”. Un “procédé unique” selon la société Genodics qui a développé et breveté ce procédé, permettant grâce aux ondes (rien que ça), de réguler les processus biologiques impliquant des protéines (autrement dit… la quasi totalité des mécanismes intervenant dans une plante). Quelques années auparavant, suite à la diffusion sur France 3 d’un reportage sur les vertus de la musicothérapie pour la protection des vignes, l’Association française pour l’information scientifique (AFIS) assimilait déjà la génodique et la musicothérapie à de la pseudoscience :

En quelques mots :

  • Les bases scientifiques de la génodique sont inexistantes. Aucune étude scientifique crédible, préalablement relue, critiquée et adoubée par des pairs indépendants, n’a pu conclure à l’efficacité d’une telle méthode.
  • Le dépôt d’un brevet ne garantit en rien la qualité d’un procédé ; il garantit uniquement son caractère “nouveau” ; en d’autres termes le fait que ce procédé n’ait jamais encore été déposé.
  • Il serait également intéressant que les médias désireux de parler du sujet poussent davantage leurs investigations concernant les prétendues “universités” dont ferait partie l’inventeur de ce procédé, et s’intéressent d’un peu plus près aux idées douteuses véhiculées par certains des réseaux de chercheurs qu’il fréquente…

Comment un journaliste a fait croire au monde entier que le chocolat aidait à perdre du poids (Slate)

En 2015, John Bohannon, Docteur en biologie moléculaire des bactéries et journaliste scientifique pour le Massachusetts Institute of Technology et Harvard, met la presse en émoi.

Se faisant passer pour “Johannes” Bohannon, Directeur d’un prétendu “Institut du régime et de la santé allemand”, il affirme (étude à l’appui) que la consommation de chocolat accélérerait la perte de poids, améliorerait le taux de cholestérol, et plus globalement le bien-être des consommateurs.

Une découverte bien trop séduisante pour que les médias ne la relayent pas à tout-va...

Pourtant, ni le fameux Institut, ni Johannes n’existent dans la réalité. Le journaliste dévoilera lui-même la supercherie quelques temps après la parution de ces résultats, dans un article intitulé : “I Fooled Millions Into Thinking Chocolate Helps Weight Loss. Here’s How.” (io9.com).

S’il confirme de l’étude a bien été menée sur de vrais patients allemands, John Bohannon fait son auto-critique et remet en cause la manière dont les résultats scientifiques sont interprétés dans cette étude et le peu de fondement scientifique qu’ils présentaient.

“Si vous mesurez un nombre important de paramètres sur un petit échantillon de personnes, vous êtes à peu près certain d’obtenir des “résultats significatifs” (…) Il faut voir les mesures comme des tickets de loterie (…) Ce design d’étude, c’est la recette pour des faux positifs.” (John Bohannon)

Et c’était tout là l’enjeu de ce“ hoax scientifique et médiatique” : dénoncer la totale absence d’appréciation et de remise en question de la validité des résultats de l’étude par les médias.

Chez McDo: venez comme vous êtes, mais repartez avec des cheveux !

Une équipe de chercheurs japonais, dirigée par le professeur Junji Fukuda de l’Université nationale de Yokohama, a annoncé en février dernier avoir développé une méthode de culture très rapide de follicules capillaires. Leur travail a été publié dans la revue scientifique Biomaterials.

L’étude en détails

L’équipe nippone a placé des “germes de follicules pileux” dans de minuscules récipients de silicone perméables à l’oxygène, afin de favoriser leur croissance. En quelques jours, les chercheurs ont réussi à en cultiver plusieurs milliers. “Un grand pas” par rapport aux techniques actuelles, qui ne parvenaient jusqu’à lors qu’à faire pousser une cinquantaine de ces follicules à la fois.

Les auteurs avancent le nom du dimethylpolysiloxane, autrement appelé dimethicone ou E900, comme responsable du développement de ces “germes”.

E900 késako ?

Cette substance est un additif alimentaire issu du silicone (évalué et autorisé par l’Autorité européenne de sécurité des aliments — EFSA), utilisée notamment dans les huiles pour ses propriétés anti-moussantes et émulsifiantes. Ni une, ni deux, les médias ont rapidement fait le lien entre cette substance et les cuisines de McDonald’s, où elle est utilisée pour protéger les équipiers des projections d’huile bouillante et éviter ainsi les brûlures malgré l’utilisation de friteuses ouvertes.

Source photo : http://www.puretrend.com

Les frites Mc’Do font-elles repousser les cheveux ? (Ouest France)

Cet additif, utilisé en quantité importante dans cette étude (soit bien plus que dans les huiles de friture chez McDo), a effectivement permis (avec d’autres substrats) de stimuler la production des germes de follicules pileux. Ces derniers ont ensuite été transplantés chez des souris « chauves » chez lesquelles il a été constaté une repousse des poils.

Donc, on récapitule :

  • une seule étude,
  • une substance (le E900) parmi plusieurs autres dans le milieu de culture,
  • dans des quantités non infinitésimales,
  • et des expériences menées chez la souris…

En conclusion : on est loin de pouvoir confirmer que les frites McDo sont un remède contre la calvitie, mais pour les médias… c’était suffisant !

Cimer Albert

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