Quand agtech rime avec insectes…

Marc-Antoine Luraschi, nous présente sa start-up Cycle Farms, qui vient d’obtenir une nouvelle levée de fonds. On en a profité pour parler de sa vision de l’agtech, des tendances actuelles foodtech mais aussi de l’économie circulaire au service de l’innovation.

Salut Marc-Antoine, comment ça va ?

La grande forme, cette fin d’année est très dynamique pour nous. En parallèle, on sent une grande effervescence autour des sujets de l’alimentation, de la durabilité, je pense aux Etats Généraux de l’Alimentation par exemple, mais aussi en particulier aux sujets liés à la pisciculture, je dirais qu’on est dans une période propice à notre développement !

Bon, raconte à nos lecteurs, Cycle Farms, qu’est-ce que c’est?

Nous sommes une start-up du domaine de l’agtech. Nous produisons de l’alimentation animale à base d’insecte, destinée principalement aux élevages piscicoles afin d’aider les éleveurs à répondre aux besoins nutritionnelles de leurs productions.

Concrètement, vous faites quoi ?

Très simplement, notre matière première est constituée de déchets verts, notamment de rebus de commercialisation de fruits et légumes. Cette source de matière première, le biodéchet, nous sert de substrat, de milieu de culture à un élevage d’insectes : des larves de mouches Black Soldier. Avant leur métamorphose, nous transformons les larves en farine, que nous supplémentons en nutriments afin d’obtenir un produit prêt à l’emploi pour les pisciculteurs.

Notre proposition de valeur est simple : une diminution du prix tout en garantissant une qualité élevée de la ration animale. Au final, tout le monde y gagne !

L’offre Cycle Farms participe à l’économie circulaire

Du coup, on peut dire que c’est durable ?

On est dans un mode de production vertueux, à plus d’un titre. Tout d’abord, on valorise des déchets verts, on participe à l’économie circulaire ! Pour donner un ordre de grandeur, aujourd’hui, notre pilote industriel nous permet de traiter 4 tonnes de déchets verts par semaine, pour environ 1 tonnes de produit prêt à l’emploi par semaine.

Ensuite, le marché de l’insecte en alimentation piscicole permet de remplacer en partie les farines de poisson et de soja, qui soulèvent plusieurs questions environnementales vis-à-vis par exemple de la pérennité de la ressource halieutique, ou de la déforestation.

Une aventure pareille, ça commence comment ?

Ça a commencé il y a maintenant 2 ans, en se posant la question de la place des insectes dans nos systèmes alimentaires, et en partant du constat que nos modes de production sont à l’origine d’une grande quantité de biodéchet, issus notamment du gaspillage alimentaire, mais pas que. On a commencé à deux, avec Floran, responsable de nos technologies. Aujourd’hui, on a un troisième associé, Jean, dédié au développement industriel. Au total, Cycle Farms c’est déjà une équipe de dix personnes, passionnées et convaincues ! Nous sommes persuadés que nous avons un rôle à jouer et que nous trouvons notre place, à la fois dans la valorisation des déchets que dans l’accessibilité des aliments piscicoles.

Marc-Antoine (à gauche) et Floran (à droite), proposent des solutions d’alimentation piscicole innovantes, à base de farine d’insecte

C’est une période particulière cette fin d’année, avec votre levée de fond qui cartonne!

Oui, notre première levée se déroule bien, c’est une sorte de consécration pour nous, ça montre qu’on est convaincant aussi vis à vis du financier, en plus de notre grande force opérationnelle. Cette première levée nous permettra de démarrer notre production industrielle au Ghana et d’entamer les premières livraisons à nos clients. On est dans les starting blocks ! Mais ce n’est pas tout : 2 autres levées sont prévues. L’objectif, c’est d’être 50 en 2022, et de s’étendre mondialement en 2025, dont de nombreux emplois locaux dans 3 ou 4 autres marchés émergents, comme l’Afrique Sud Saharienne, l’Asie du Sud Est, ou l’Amérique du Sud. On lance d’ailleurs des études de faisabilité sur une dizaine de nouveaux pays en 2018.

Il y a quelques semaines, tu présentais Cycle Farms au Hello Tomorrow Summit. Ça fait quoi de voir sa start-up qu’on chouchoute depuis plus de 2 ans au milieu d’autres projets innovants et prometteurs ?

Très franchement c’est un immense plaisir de se retrouver dans ce bouillon de culture de nouvelles technologies. C’est aussi l’occasion de découvrir d’autres tech qui pourraient nous inspirer. On rencontre beaucoup de monde : des potentiels futurs fournisseurs, des décideurs, des investisseurs, on essaie de se faire connaître ! Pour une structure comme la notre c’est une belle opportunité en terme de réseaux.

Quelles start-ups ont retenu ton attention ?

J’ai trouvé que le secteur de la mobilité était particulièrement bien représenté. Je ne saurai pas en choisir une seule, mais au milieu de toutes ces innovations, on avait l’impression de voyager dans le temps : dans le futur !

Pour toi, c’est ça l’innovation ? La technologie ?

La technologie fait partie des forts leviers d’innovation bien sûr, dans la mesure où elle répond à un besoin, autrement on dit, si il existe un marché. En revanche, développer un nouveau marché, c’est lent… Le tempo c’est important en innovation ! Surtout sur dans la production agricole : ce qui est vivant prend son temps…

Pour toi quelles sont les tendances les plus marquantes en foodtech/agtech ?

Je pense que le big data est une véritable révolution. On est à un tournant même si il reste de nombreux verrous à faire sauter. Sur l’agtech, par exemple si on parle du big data, il ne faut pas oublier que 50% des fermes françaises n’ont pas accès à la 4G. Ca veut aussi dire qu’on ne peut pas avancer tout seul, les infrastructures doivent suivre !

Les insectes grillés à l’apéro. On aime ? c’est une partie du futur ?

Bien sûr on goûte tous ces genres de produits ! C’est bon, moi j’aime bien ! Est-ce que demain on en consommera tous sous cette forme, je ne suis pas sûr, il y a beaucoup à faire pour convaincre les consommateurs, particulièrement les Français, surtout quand il s’agit de manger (rires)! Si on fait le parallèle avec les algues, à la fin des années 2000, on disait que c’était ça le futur. Aujourd’hui, ce marché reste faible… En revanche, en tant que protéine de substitution, d’ingrédient fonctionnel, je pense qu’il y a de la place et du sens, à intégrer de l’insecte…

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