26 234 enfants perdu dans l’Expo

Montréal, 375ans et toutes ses dents ©

La belle Montréal

Depuis plus de cinq ans que nous documentons l’actualité de Montréal, surtout à travers la photographie et le contenu photo-journalistique. En cette année du 375e anniversaire de la fondation de notre ville, nous voulons porter un toast à sa résilience en partageant quelques images récentes et une chronique de notre rédacteur sur son futur.


L’une des dernières grandes agglomérations urbaines d’Amérique du Nord à continuer de s’étaler — chronique :

Quand je compare le Montréal des années 80' et 90' au Montréal d’aujourd’hui, je trouve que la vie de proximité s’est nettement améliorée dans les quartiers centraux. Plus spécifiquement sur le Plateau, dans Rosemont, Villeray, Hochelaga, le Sud-Ouest, Saint-Henri et NDG. Pour Ville-Marie, petit à petit, on aperçoit une amélioration. Heureusement, car sinon on aurait un trou de beigne atroce. Il reste néanmoins du travail à faire pour rebâtir la santé de la métropole, et certaines décisions à revoir.

Six milliards pour étaler davantage la banlieue

La première décision à revoir est celle d’investir six milliards de dollars dans un système de train de banlieues. Bien que ce soit la Caisse de Dépôt et non le gouvernement qui débourse, ça demeure tout de même une décision de société puisque la CDP est le bas de laine des québécois, et un actionnaire de plusieurs grandes entreprises d’ici, notamment Bombardier. Cette stratégie de développement provoque déjà un phénomène d’étalement urbain majeur sous forme de quartiers entiers projetés à Brossard et dans le West Island, pour des investissements dépassant les dix milliards de dollars, alors que Montréal peine à ne pas suffoquer sous des infrastructures branlantes qui minent sa réputation et son économie. Je ne comprends pas le REM dans le contexte actuel. C’est peut-être ce qu’ils veulent (les politiciens), ce qu’ils avaient prévu dès le début. Je ne suis pas dans le secret des dieux, mais il me semble bien que l’étalement urbain est notre problème le plus coûteux.

Le coût social de la banlieue

Montréal est l’une des dernières grandes agglomérations urbaines d’Amérique du Nord à continuer de s’étaler. Pourtant, même ici, tous sont d’accord pour dire que l’état ne peut plus absorber les coûts des grandes infrastructures comme les autoroutes et les ponts. Appliqué à cette réalité, le REM semble logique. Or, il provoque avant même sa construction, un phénomène complexe dont le premier résultat est d’étendre la banlieue et son offre résidentielle davantage. L’exode vers les banlieues et les couronnes, et l’effet de trou de beigne, sont dès lors favorisés. Et, vous pouvez gager sur la croissance du parc automobile dans son sillon, car sans voiture en banlieue on va nul part. Le résultat immédiat est-il une logique qui s’inscrit dans l’objectif provincial du développement durable et de la réduction des gaz à effet de serre ? Se poser la question est y répondre. Des quartiers centraux de Montréal demandent l’extension du métro depuis 30 pour désengorger les grandes artères. Anjou, Saint-Léonard, La Salle, Lachine et NDG, entre autres, sont toujours sans métro ou train de banlieue. Le réseau existant est en perpétuelle réparation, incapable d’absorber la demande en pointe. Le moteur économique du Québec suffoque dans l’immobilisme, l’emploi stagne, et ce qu’on trouve à faire est de le saigner davantage en créant le REM. À moins que le véritable objectif soit de réduire la population de Montréal et d’étendre la ville davantage, le REM est une grave erreur stratégique de design urbain. Il ne réduira que très peu, sinon aucunement, la taille du parc automobile dans la grande région métropolitaine. Le transport à Montréal va demeurer problématique, et les usagers de la STM devront payer un nouveau titre pour profiter de cette nouvelle infrastructure. Mais surtout, grâce au REM, les coûts sociaux astronomiques de l’automobile et du camionnage au Québec vont continuer de drainer les finances publiques.

Aussi : https://www.cairn.info/revue-flux1-2010-1-page-34.htm

Le débat au Québec :


Où est l’action des mots ?

N’hésitez pas de m’invectiver, surtout vous automobilistes invétérés qui insistez encore pour engorger les rues de la métropole, alors que le métro est là, et pour le moins efficace, dans ses meilleures dispositions. Après tout, vous payez une fortune en droit d’immatriculation et d’assurance, vous avez bien le droit de prendre tout l’espace et l’air qui vous revient n’est-ce pas ? Et vous de même décideurs politiques qui continuez de rejeter du revers de la main le développement et l’amélioration du transport collectif là où il est vital, en ville. Je prévois que les québécois des banlieues de l’île et des couronnes auront les mêmes habitudes une fois le REM en service. Pendant ce temps là dans le métro de Montréal…

L’interminable réfection du métro

Justement, parlons-en du métro. Malgré toutes les conclusions sur la nécessité de l’améliorer, et de l’étendre, on attend toujours. Pire, de plus en plus d’usagers le délaissent en raison des pannes fréquentes, des retards, et des stations désuètes, même chose pour les cinq lignes de trains de banlieues existantes. Où est l’action des mots ? On nous promet plus de service depuis si longtemps, mais il n’a jamais été livré. Les autobus de la ville sont bondés, et plus souvent qu’autrement immobiles, pris dans des bouchons. Non, on a préféré mettre 110 millions de dollars sur des festivités éphémères du 375e, un show de lumière à peine moins éphémère sur le pont Jacques-Cartier, et six milliards $$$ sur un train de banlieue à côté d’un autre train de banlieue… Oui, je sais, ça va être beau le pont, et c’est important le 375e. D’ailleurs, je vais le photographier le pont dès cette semaine.

Le véritable coût du 375e

Les vrais chiffres sur le coût du 375e ont été publiés aujourd’hui même. En admettant que 85% du budget sert à livrer des legs permanents pour le peu qu’on en soit certains, il y a tout de même un gaspillage de 150M$… et ce, malgré l’état de notre station centrale du métro qui est encore en chantier. Un chantier interminable, depuis quatre ans maintenant, à l’image des rues de sa ville, un éternel chantier Berri-UQÀM. C’est là que débarquent les touristes hein ! à Berri ! …n’allez pas croire que l’entièreté de ce blogue post sera négatif. J'ai déjà dit que la ville était belle et mieux qu’avant tout à l’heure. Et contrairement à ce que certains pourraient croire, je suis un éternel optimiste, mais critique, exigeant, idéaliste réaliste.


J’en suis

Heureusement qu’il y a de ces montréalais passionnés pour sauver les meubles et préserver la réputation de Ville-Marie à l’international. Parce que de près, c’est pas toujours beau. J’en suis. Je suis de ces montréalais passionnés qui vivent au coeur de la ville et qui tentent chaque jour de l’influencer positivement au meilleur de leurs capacités et avec les outils dont ils disposent. À travers mes photos je tente de montrer sa beauté et sa vulnérabilité, mais aussi à travers mes textes, et ma petite influence sur le web. C’est pour ça que j’ai été ravi que Ernst & Young veule présenter 75 de mes photographies ‘autant de montréalais’ lors d’un 5@7 375e au New City Gas la semaine dernière. Montréal vit d’abord, et surtout, à travers ses citoyens de souche, c’est à dire des montréalais de toutes origines attachés à leur communauté et à leur ville, et non des passants ou des visiteurs. Il est essentiel de ne pas perdre les Montréalais au profit des banlieues et des autres grandes villes canadiennes.


26 234 enfants perdus, et retrouvés, dans l’Expo

En 1967, 26 234 enfants ont été déclarés perdus à l’Expo, et retrouvés 🙃. On peut arguer que l’Expo représente l’apogée de Montréal. Que ce succès inégalé est impossible à reproduire. En moyenne, 297 253 personnes visitaient l’expo chaque jour. Imaginez-vous, le festival de jazz tous les jours pendant six mois. Bien que les grands événements internationaux comme l’expo ne soient plus dans les cartons, Montréal est toujours internationale. Nous tenons de plus petits événements, mais ils sont tout aussi international, le FIJM, le Grand-Prix, les congrès, Osheaga, pour ne nommer que ceux-là. L’inventivité des Montréalais est sans limites il me semble, sauf celles imposées par les autorités. Vous me voyez venir de loin là hein ?! Oui, je suis politisé, et heureusement. Il faut bien que quelques-uns d’entre-nous le soient, sinon on se fait passer des sapins à répétition.

Nous sommes Montréal

Et oui, après avoir porté le flambeau mes chers ‘leaders’, plus ou moins bien, il faut bien l’admettre, il est temps pour vous de laisser les nouvelles générations refaire cette ville fatiguée (aka Jean-Marc Gibeau, pour ne nommer que celui-là, qui nous a accueilli comme si nous étions des idiots lors du dépôt du mémoire pour le Projet Marché Voyageur au conseil d’arrondissement de Ville-Marie en Septembre 2015). Comment de simples citoyens pourraient-ils bien être des visionnaires et avoir de bonnes idées pour leur ville ?! Bordel, quel sacrilège, des citoyens designers. « Qui êtes vous !?! Vous avez beaucoup d’argent ?!? » s’exclama mot pour mot notre bon Maire populaire face à notre proposition. Votre message fut on ne peut plus clair Équipe Coderre. Nous en avons pris bien note. Voilà notre réponse monsieur : nous sommes Montréal. L’innovation et l’implication citoyenne dans le design urbain attendent donc toujours d’être libérées de toutes ces règles débiles inventées par de vieux politiciens pour mieux contrôler le progrès, ou… pour mieux en faire profiter leurs amis, qui sait. Néanmoins, malgré mon cynisme et malgré ma clairvoyance dans le jeu des gens en place, je sais que Montréal est bien placée pour renaître.


Montréal ville du futur

Des trois grandes villes canadiennes, Montréal est la mieux placée pour devenir la plus désirable à long terme. Montréal a tout ce qu’il faut pour se repositionner et faire l’envi de tous à l’international, comme en 1967. À l’instar de Vancouver et Toronto, elle est toujours habitable par toutes les couches sociales, possède un environnement extraordinaire, raisonnablement sain, et des quartiers entiers prêts à être réinventés et rebâtis. C’est à nous d’être aux aguets et de démasquer les spéculateurs et les politiciens qui les appuient (aka Quad Windsor). Comme Vancouver et Toronto avant elle, Montréal est en proie à un boom immobilier sans précédents, et sans scrupules, qui fait bien l’affaire des argentiers de la ville, mais qui précipite l’exclusion par la flambée des prix de l’habitation. Ville-Marie cherche à augmenter de 70 000 nouveaux résidents la population au coeur de la ville d’ici 2035. Elle atteindra possiblement son objectif, mais je peux vous affirmer sans l’ombre d’un doute qu’ils ne seront pas Montréalais. Non, ils seront étrangers en grande partie et seulement intéressés de profiter de la manne immobilière, des passants pour la plupart, pire, des exploitants de l’étranger, comme à Vancouver, le Hong-Kong du Canada. Les Montréalais vont continuer leur exode vers des cieux moins gourmands, moins corrompus, plus sains, et plus verts.


Comment faire revivre Montréal tel que l’ont imaginé ses constructeurs visionnaires ?

Je ne sais pas pour vous, mais moi, je veux des quartiers construits sur un développement durable et pour les familles d’abord. Quand je regarde Quad Windsor, je vois la vente aux enchères d’un maximum d’espace pour un minimum d’aménagement visant le marché des mieux nantis. Je vois le harbour front de Vancouver et le centre-ville de Toronto, aujourd’hui devenus inhabitables et inabordables. Ce sont des villes qui ont perdu de vue le citoyen au profit de la spéculation et de l’argent. À long terme, elles seront insoutenables et sans interêt. C’est ce qui est en train de se produire ici. Nous avons encore le temps de réagir et de prévenir le même sort pour Montréal, et la rebâtir selon les premiers principes de ses fondateurs : communauté, fraternité, viabilité.


Bon 375e Montréal !

Maintenant que j’ai exprimé à nouveau mes opinions sur l’état de ma ville, de ses leaders, et sur les dangers auxquels nous sommes confrontés, profitons ensemble des festivités. Célébrons notre unicité pendant qu’elle existe encore. Je nous souhaite tous un 375e remarquable. Je nous souhaite une année phare, une année qui éclairera le chemin vers un futur durable. Bon 375e Montréal !

Mots et photographies : Eric Soucy / e.soucy.artiste.photographe

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