Les 7 Étapes de la Vie Rêvée des Étudiants d’École de Commerce

Rodolphe Dutel
Jul 2, 2017 · 10 min read

(Article mis à jour en Decembre 2018)

J’ai 30 ans, j’habite à Paris et j’ai fait une école de commerce.

Mes copains et copines de promo sont dans le doute. Ils me disent :

  • Presque dix ans que je bosse, mon travail ne me fait pas vibrer
  • Ma boss n’a pas l’air de s’éclater…
  • J’en ai marre de faire une heure de RER/métro/bus par jour !
  • Chaque lundi, j’attends le vendredi…
  • Il me reste presque 40 ans à bosser. 40 ans à faire des réunions ? Non merci…
  • Tu sais Rodolphe, Paris, c’est fini ! On bouge à [Bordeaux/Toulouse/Lyon…]

Les amis, la crise de la quarantaine est en avance !

Deux tiers des 25–33 ans touchés par “la crise du quart de vie”. [France Info]

Ca veut dire que, oui, tu gagnes bien ta vie.

Que ta carte de visite fait la fierté de ta mère.

Mais, dis moi, est-ce que tu t’éclates au travail ?

Je ne parle pas d’argent, je te parle de plaisir…

Est-ce que tu te régales ?


Qu’est ce qui ne va pas ?

Pourtant, ma génération est paumée. Pourquoi ?

… Revenons en arrière pour explorer les 7 Étapes de la Vie Rêvée des Étudiants d’École de Commerce…


#1 La Prépa’

Je suis à fond.

C’est l’échauffement ! Deux ans en prépa/BTS/Fac afin de préparer un concours d’entrée. On détermine ta caste professionnelle pour le restant de tes jours.

Qui n’a pas joué au fameux jeu :

“T’as fait quelle école ? Ah oui ? Quelle promo ?”

Tu apprends à apprendre, on te dresse à la logique cartésienne francophone.

Les mathématiques rythment ta vie. Tu résonnes en “thèse, antithèse, synthèse”. Tu ponds des rédactions de quinze pages.

Ta vie est sur “pause” jusqu’aux concours…


#2 L’École de Commerce

Well done, you!

C’est la rentrée !

La Directrice de l’école annonce que tu es un “manager du futur dans un monde de plus en plus complexe”. Tes cours commencent.

Ton prof’ de Marketing enseigne depuis 20 ans en école, et n’a jamais fait de marketing en entreprise, mais il sait recycler ses études de cas.

Et puis, il fait de belles publications académiques “et al.” !

Tu trouves étrange que des académiques enseignent une réalité qu’ils ne connaissent pas, mais tu estimes que la direction de l’école sait ce qu’elle fait.

Voyons les choses en face :

Si ta prof’ de Finance était vraiment experte en Finance, elle bosserait en Finance. Pas en École de Commerce.

Mais c’est pas grave, elle a un PhD, alors tout va bien. Ton école gagne des points dans les classement du Figaro/Le Point/L’étudiant. Comme ça, l’école aura plus de clients (euh, élèves…) l’an prochain !

Aussi, tu es dans l’esprit école à travers les teufs, les chansons et les associations… Parfois, tu te demandes ce que tu vas faire comme métier.

L’école de commerce est un non-choix par excellence. “Tu sais, une École de Commerce ça ne te ferme pas de portes !”

Quand même… 10 000 € l’année… ça fait cher la porte ouverte, non ?

Mais ce n’est pas la question, il est temps de partir à l’étranger !


#3 Ton passage à l’étranger

C’est aussi un rite de passage, une classe verte qui dure quelques mois.

Erasmus.

Tu souhaites vivre ton expérience à l’étranger à fond…

Tu pars sur le Campus de ton école à Shanghai, Singapour ou Mumbai. Tu passes ton temps avec tes camarades de promo, explorant ton pays d’accueil.

La France exporte son célèbre combo “Ray-ban/polo pastel/chino/mocassin”.

Tu considères faire un VIE sans aller jusqu’au bout.

Après un mémoire pipauté, place aux stages !

#4 Le Stage

Ah, les premières pauses clope.

Pour tes stage, il ne faut pas se rater. Faut avoir un CV cohérent, pas vrai ?

Si tu n’as d’idées, tu pars en Audit/Conseil ! T’inquiètes, ça ne te ferme pas de portes.

Tu rejoins une Belle Boite™. Une de celles qui t’ont offert un tote bag pendant le “Forum Carrières”.

Définition d’une Belle Boite™ : Une entreprise que même ton pépé connait.

A toi les tickets restau et le Navigo à moitié prix !

Tes premiers contacts avec le monde de l’entreprise sont… mitigés.



Tu apprends l’entreprise et son langage.

“Sur cette propal, je suis moteur mais pas décisionnaire.

On voit ça en Conf’call… c’est le UK qui tient les budgets !”

Ça ne te fait pas rêver.

La fin du stage arrive, on te propose un CDI chez Belle Boite™

Tu hésites, mais la partie “Indéterminée” te rassure.

Elle plait aussi à tes parents et à ton agent immobilier qui vient de dénicher l’appartement de tes rêves.


#5 L’installation à Paris

Qui est dispo pour me déménager ce samedi ?

Tu t’installes à Paris, en colocation ou 20 mètres carrés.

Quand on te demandes où tu habites, tu donnes ta station de métro.

Tu rejoins le club des mojitos à 9 Euros, #afterworks-Belle Boite™ !

Tu découvres Paris. Rosa Bonheur, Point Éphémère, Chalet des îles. Quand ça dérape, la Concrète, le Memphis ou le Globo.

Bref, tu bois et tu brunches.

Ta résolution du nouvel an est de te remettre à/au [yoga / gym / boxe / escalade / foot-salle…]

Tu t’inscris à un 10km.

Et puis, un beau soir de Septembre, tu rentres chez toi en Uber en te demandant…


#6 Pourquoi eux s’amusent, et moi pas ?

Swipe left, swipe right…

Dans ta grande tour en verre à la Défense, tu passes ton temps sur Instagram.

Il est 22 heures et tu es o-bli-gé(e) de rester. Ton équipe doit terminer la mission du client.

Tu plonges dans ton téléphone pendant ton acte de présence… Swipe swipe.

Tiens, une copine de promo fait le tour du monde. Oh, ton cousin boucle un marathon. Ta voisine est désormais maman.

Toi, ça t’étonne. Où trouvent-ils le temps de faire tout ça, ces gens ?

Tes amis partagent les 10% les plus kiffant de leur vie sur les réseaux sociaux. Et le reste ? No comment.

Tu baignes dans la FOMO (Fear Of Missing Out). Tes huit cents amis postent toujours quelque chose.

“Quoi ? Mölkky au Canal de l’Ourcq et je suis pas invité ?”

Tu te venges en postant une photo impeccable. Ton équipe fait son séminaire annuel à l’Ile de Ré, tu postes un coucher de soleil avec un hashtag insupportable du type #another-tough-day-at-work

#I-love-Belle Boite™

Tes séminaires d’équipes changent.

Au début c’est toi le nouveau. Maintenant, tu vois débarquer des stagiaires que tu ne connais pas.

Ce sont eux, les juniors, tu n’es plus le petit nouveau chez Belle Boite™

Et c’est à ce moment là que tu réalises que quelque chose ne va pas…


#7 Ah ouais…

Oh sh*t…

Tu remarques un décalage dans ton travail.

Tu bosses avec des gens plus âgés que toi. Trentenaires, quadra… jusqu’à des gens qui ont l’âge de tes parents.

Ils parlent d’immobilier, de politique, de retraite, de mariages et d’enfants.

Autant d’importantes étapes de la vie que tu vis à travers eux ou que tu commences à vivre toi même.

Pourtant, au niveau professionnel, quand tu vois ce que font les gens quelques échelons au-dessus de toi, ça ne te fait pas rêver.

Peu de gens aiment leur travail…

Oui, les patron(nes) gagnent beaucoup. Ils ont aussi plus de réunions, de stress et d’obligations qui ne t’intéressent pas.

Quand The Big Boss te raconte son quotidien, tu ne vois pas d’étoiles qui brillent dans ses yeux.

Et là, tu réalises suivre à la lettre le schéma de vie de personnes qui n’apprécient pas leur quotidien.

Ton école de commerce t’a vendu le style de vie et les aspirations de la génération de tes parents. Une carrière stable et prévisible jusqu’à la retraite. chez Belle Boite™.

Au quotidien, c’est pas la fête. On te propose d’attendre le soir, le week-end ou les vacances pour profiter.

Bon deal ? Pas vraiment, la technologie rend le travail instable : la plupart des métiers sont ou seront uberisés, y compris le tiens.

Exemple :

Ami contrôleur de gestion… Tu es une espèce en voie de disparition ! D’ici cinq ans, il faudra remballer tes macros VBA sous Excel 2007. Les machines bosseront mieux que toi et pour moins cher.

On ne fait plus carrière dans une seule entreprise. Monter les échelons de chef de rayon à PDG de Belle Boite™, c’est l’ancien monde.

Tu as un choix à faire :

  • Soit tu acceptes les règles des anciens et tu commences à économiser pour acheter ton appartement à 10 000 € le mètre carré. Accepte que ton travail ne te satisfait pas, c’est le prix du conformisme.
  • Soit tu démissionnes de Belle Boite™.

Démissionner de Belle Boite™

Au revoir, au revoir, président

Tu quittes Belle Boite™.

Sa réunionite, ses agrafeuses, son middle-management.

Qu’est ce que tu vas faire ?

Trois options :

Suivre mes rêves / Rejoindre une Startup / Monter ma boîte


Option “Suivre mes rêves”

Prof’ de yoga ou Naturopathe ?

Après ta démission de Belle Boite™, tu pivotes sur un métier qui n’a rien à voir. Tu veux trouver du sens, suivre tes rêves.

Tu souhaites revenir aux choses simples de la vie. Mieux manger, mieux vivre, mieux tout. Tu fais tes courses chez Carrefour Bio en portant des Nike. Tu participes aux marches pour le climat tout en prenant l’avion dix fois par an.

Ca commence souvent par une phase “Eat Pray Love”, un voyage qui t’ouvre les yeux. Tu crées un blog du type caro-et-seb-autour-du-monde.wordpress.com.

Tour du monde ? #eat-pray-miaou

Si tu pars en vacances avec l’argent de Pôle Emploi, c’est à dire le nôtre, on ne pleurera pas quand tu te fera pincer.

De retour à Paname, tu choisis un métier qui rassure les citadins friqués. Tu deviens nutritionniste, naturopathe ou coach de vie.

Ou même Prof de yoga, en suivant les cours d’une École trouvée sur Instagram qui te semble avoir un beau karma.

👍 Les plus ? Tu sors de ta zone de confort. Tu vois autre chose et tu t’ouvres l’esprit. Tu deviens indépendant(e).

👎 Les moins ? Devenir bon prend du temps, surtout en partant de zéro. Dans une ville comme Paris, il doit y avoir plus de prof de yoga que d’élèves. C’est rigolo mais ça paie pas le loyer. Il faut avoir des économies et s’accrocher.


Option “Rejoindre une Startup”

#technology

Beaucoup d’employés de Belle Boite™ bavent en pensant aux startups.

Tu découvres les co-working spaces et leurs tireuses à bière. WeWork, bureaux où des quadragénaires habillés en trentenaires se chamaillent comme des adolescents.

Tes amis startupers bossent en jean et baskets, ils jouent au babyfoot.

BFM le confirme, les startups ont “un pognon de dingue”. Regarde, voilà leurs salaires. Ces jeunes ont assez de cash pour te payer, ce qui te rassure.

Alors, tu apprends à coder au Wagon avant d’aller jouer avec eux.

👍 Les plus ? Tu retrouves un BDE, cette petite bande qui veut faire des bêtises. Tu découvres une autre manière de faire les choses, tu deviens 3.0

👎 Les moins ? Tu bosses encore plus que chez Belle Boite™. Tu dois accepter que ton travail devienne ta religion pendant de nombreuses années.


Option “Monter ma boîte”

Suivre sa vision.

“Et si je montais ma boîte ?”

Tu te souviens toujours avoir voulu ouvrir un bar, lancer ta marque de cravates, transformer la grange du grand-père en gîte…

Pourquoi pas ? Mieux vaut le tenter jeune avec peu d’attaches et de crédits immobiliers, non ?

Il n’y a pas de mode d’emploi, pas vraiment d’école qui prépare à ça.

Tu trouves sur internet “des américains qui l’ont déjà fait”. Des vidéos YouTube t’inspirent. Tu vas à des Meetups, des apéro-networking et à des conférences.

Tu zones sur LinkedIn en proposant un maximum de cafés à ceux qui te filent des coups de main. Tu épouilles l’annuaire des anciens.

👍 Les plus ? Apprendre énormément très rapidement. Avoir ton truc à toi. Bosser à ta manière. Créer quelque chose qui te dépasse.

👎 Les moins ? Vivre avec 100% d’incertitude. Ton travail et ta vie fusionnent. T’es quasi-marié à tes associés.


J’ai moi même eu la chance d’explorer ces trois options :

  • En 2012, j’ai quitté Google (Belle Boite™) pour l’option “Suivre mes rêves” en devenant marin semi-professionnel. C’était génial.
  • En 2013, j’ai ensuite opté pour “Rejoindre une Startup” où j’ai passé trois ans. C’était génial.
  • Depuis 2017, je “Monte ma boîte” et j’écris un roman (détails ci-dessous). C’est génial.

Je n’ai rien contre les Belle Boite™. Elles sont juste un choix parmi tant d’autres.

Chacun a sa préférence pour une des quatre options, l’important me semble d’être en phase avec ce que tu veux faire.

“On ne réussit qu’une seule chose — on réussit ses rêves.”

-Jacques Brel

Si ton CDI Belle Boite™ te convient, reste. Sinon… Pars !


Salut toi! 😍 J’ai écrit un roman “La Vingt-cinquaine” sur le thème de cet article.📚

Il est disponible sur AMAZON! 🙏

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Rodolphe Dutel

Written by

Founder at @remotiveio | Prev. Director of Operations at @Buffer

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