Apprendre à apprendre

Apprendre à apprendre est bien LA compétence du moment. Le héros d’aujourd’hui n’est pas le plus doué ou le plus savant, mais celui ou celle qui sait apprendre efficacement.

QU’EST-CE APPRENDRE A APPRENDRE ?

Pour comprendre ce qu’est « apprendre à apprendre », il faut commencer par décomposer cette compétence en qualités et « sous-compétences » sur lesquelles on peut agir. En voici une première petite liste :

  • Pour apprendre efficacement, il faut être persévérant : face aux problèmes, ne pas se décourager mais chercher coûte que coûte une solution ; dans l’apprentissage, cela signifie s’acharner durant des heures jusqu’à pouvoir comprendre et maîtriser telle ou telle notion.
  • Ensuite vient la capacité de mémoriser vite, bien et beaucoup. Clairement, ceux qui apprennent par cœur avancent plus vite. Avoir instantanément en tête la bonne réponse est toujours plus rapide que faire une recherche sur internet ou encore chercher dans un livre.
  • Enfin, la troisième qualité souvent citée est un haut niveau de motivation, de curiosité et une certaine ambition dans l’apprentissage. On n’apprendra jamais plus que la limite qu’on s’est fixé soi-même. Repousser cette limite toujours plus loin est la première source d’apprentissage : des nouveaux horizons s’ouvrent.

Selon le parlement européen, savoir apprendre fait partie des 8 compétences clés pour l’éducation, à enseigner en priorité au même titre que savoir lire et savoir écrire. Le référentiel européen commun des compétences clés définit savoir apprendre comme « la capacité à entreprendre et organiser soi-même un apprentissage à titre individuel ou en groupe, selon ses propres besoins, à avoir conscience des méthodes et des offres. » Savoir apprendre c’est donc aussi maîtriser la gestion de son temps, être à l’aise avec la résolution des problèmes et manipuler efficacement les nouvelles connaissances.

En parcourant la littérature sur le sujet, j’ai remarqué qu’il y a deux façons d’aborder cette notion : scolaire et professionnelle. Dans un cadre scolaire, on va parler davantage de la mémorisation, de la prise des notes, voire de la création des fiches, pour bien apprendre. L’objectif est ici de retenir l’information pour un examen. Dans un contexte plus professionnel, apprendre à apprendre va se référer davantage à la capacité de l’individu à se tenir à jour concernant l’évolution de son métier. Dans ce cas, on va surtout apprendre à trier l’information, faire la veille, distinguer le bon grain de l’ivraie, et bien sûr appliquer les connaissances acquises.

QUI EN A BESOIN ?

Dans certains métiers, l’apprentissage permanent et la veille peuvent occuper jusqu’à la moitié du temps de travail. C’est particulièrement vrai dans les métiers numériques : les nouvelles technologies évoluent si vite qu’on peut rapidement se retrouver hors-piste si l’on ne se met pas à jour régulièrement. Les développeurs affectionnent tout particulièrement les meetups et hackathons, ces formats insolites de rencontres qui ne sont autre chose que des moyens d’auto-formation collective.

Les entrepreneurs en ont aussi besoin : leur mission de développer une entreprise dans un environnement changeant les oblige à se remettre en question régulièrement. Les plus efficaces réussissent grâce à leur capacité à apprendre rapidement et à réagir d’une manière agile.

Mais à vrai dire, tous les métiers sont de plus en plus concernés. Les profs aussi ont besoin d’apprendre à apprendre, de rester des apprenants tout au long de leur carrière. Pour un enseignant il n’est pas forcément évident d’admettre vis-à-vis de ses élèves qu’il ne sait pas tout et pourtant c’est indispensable pour garder une posture d’apprenant.

A l’heure où l’esprit entrepreneurial est favorisé à tous les niveaux et notre environnement se complexifie et se digitalise, il n’y aura pas un métier qui restera en dehors du mouvement général vers plus d’autonomie et donc d’agilité grâce à l’apprentissage permanent.

POURQUOI APPRENDRE A APPRENDRE ?

Il existe une raison très simple pour laquelle « apprendre à apprendre » est devenu tellement important aujourd’hui. Les nouvelles technologies ont à tel point facilité la circulation d’information que nous disposons maintenant d’une base de connaissances immense et en permanente évolution. A la Renaissance, les savants pouvaient ambitionner de « tout apprendre ». Personne ne serait aujourd’hui assez fou pour espérer « tout apprendre », même dans son propre domaine de compétence. Et cette incapacité vient non seulement de l’ampleur des connaissances disponibles, mais aussi de la vitesse de leur renouvellement.

Il y a encore quelques années, on pouvait se contenter d’un apprentissage initial, emmagasiné une bonne fois pour toutes. Aujourd’hui, une bonne partie des connaissances devient régulièrement obsolète. C’est donc celui qui est le plus capable d’apprendre mais aussi d’exploiter ce nouveau savoir qui aura l’«avantage compétitif».

COMMENT APPRENDRE A APPRENDRE ?

Apprendre à apprendre implique d’abord d’admettre qu’on ne sait pas tout, admettre son incompétence : échouer pour commencer à apprendre. « Be bad first » suggère Erika Andersen dans son livre éponyme qui explore comment « devenir maître de la maîtrise » (become master of mastery).

Apprendre à apprendre nécessite une volonté, une conscience du besoin et une envie de progresser. Que veux-je apprendre ? Dans quel domaine et pourquoi ? Répondre à ces questions régulièrement peut aider à se mettre en marche et surtout à se fixer des objectifs.

Apprendre à apprendre, c’est aussi être lucide sur ses connaissances et compétences à tout moment. Pour apprendre à apprendre, il faut d’abord apprendre à faire son propre bilan de compétence, régulièrement. Que sais-je aujourd’hui ? Quel est mon point de départ dans cette aventure d’apprenant ?

Apprendre à apprendre, c’est encore se connaître en tant qu’apprenant. Comment est-ce que j’apprends ? Suis-je plutôt visuel, auditif ou kinesthésique ? Quel est mon profil et style d’apprentissage ?

Pour réussir à apprendre à apprendre, il faut aussi adopter une attitude empirique : ne pas avoir peur d’échouer, essayer, tester, échouer, pivoter, recommencer… jusqu’à réussir. Clairement, il ne suffit pas de SAVOIR comment faire. Pour vraiment apprendre, il faut faire et refaire, jusqu’à ce que la compétence entre dans les réflexes, dans la peau.

Enfin, apprendre à apprendre, c’est savoir trouver les bonnes ressources : maîtriser les outils, savoir quoi chercher et puis savoir où chercher.

UNE COMMUNAUTÉ APPRENANTE

Dans une situation d’évolution permanente et rapide des technologies, et par conséquent, des compétences nécessaires pour la réussite professionnelle, les formations classiques ont du mal à suivre. Les cycles de révision des programmes tous les 3 ou 5 ans ne sont absolument plus adaptés. Dans certains cas, on en vient presque à un besoin de révision en temps réel, de sorte que veille et accès à l’information sont capitales.

Quelle meilleure façon de se tenir au courant que d’appartenir à une communauté apprenante ? Etre entouré de personnes partageant la même envie d’apprendre et le même centre d’intérêt change tout. On n’est plus seul face à l’immensité de l’information, les efforts peuvent être démultipliés, des synergies et des co-apprentissages deviennent possible. Quand un groupe partage ses informations, il a d’autant plus de chances de ne pas rater une information importante. Demander conseil, partager les bonnes pratiques… tout cela devient possible quand on n’est pas seul face à l’apprentissage.

Traditionnellement, la classe faisait office de communauté apprenante. Aujourd’hui, les meetups ou autres groupes sur slack et réseaux sociaux similaires, sont à mes yeux les nouvelles communautés apprenantes par excellence.

A la Wild Code School, tous les élèves, une fois en formation, sont en communication constante via notre WildChat interne installé sur leurs ordinateurs et smartphones. Plusieurs milliers de messages sont échangés chaque semaine. Une fois sortis de la formation, les alumni rejoignent un autre chat Wild4Ever où ils restent en contact à vie, créant ainsi leur première et peut-être principale communauté apprenante. Ils y échangent les offres d’embauche, des petites astuces de code, des problèmes qu’ils essayent de résoudre, collectivement, mais aussi les bons plans du week-end et les blagues du matin.

La communauté apprenante n’est pas en réalité limitée aux seuls étudiants. Bien au contraire, pour être efficace, elle doit être ouverte aux professionnels et autres experts capables d’apporter de la connaissance, aux parents et proches, aux enseignants, et d’une manière générale, à l’ensemble des parties prenantes de l’écosystème de l’apprentissage.

Selon un proverbe africain, pour qu’un enfant grandisse il faut tout un village, alors pour apprendre il faut toute une communauté.