Pourquoi l’école française ne parvient pas à laisser la parole à ses élèves ?

Le poids de l’histoire est peut-être plus lourd que ce qu’on pense.

Depuis 2012, je mène dans les classes de collège de 4ème et de 3ème des interventions pour favoriser la prise de parole et ce à travers toute la France.

Ce travail a donné lieu en 2014 à la création d’une association nommée Hauts Parleurs qui compte aujourd’hui une vingtaine de membres et a permis de rencontrer plus de 800 élèves du secondaire.

La création de cette association résulte d’un constat simple provenant de l’expérience personnelle partagée par tous les membres de l’association. 
Les élèves français ne savent pas prendre la parole en public. Cette incompétence se transmet dans le monde professionnel et empêche les équipes de collaborer au mieux sur des projets complexes.

Cette difficulté à prendre la parole découle de la manière dont l’école française dipense le savoir.


Deux modèles d’éducation distincts

Il ne suffit pas de comprendre pourquoi les élèves français ont du mal à s’exprimer, il s’agit également de comprendre pourquoi les élèves américains ont généralement plus d’aisance à l’oral.

Cette différence s’enracine à la source des systèmes pédagogiques de ces deux pays.

L’éducation a historiquement été religieuse, en France comme aux Etats-Unis. Cependant les traditions religieuses y sont différentes.

L’église catholique en France a longtemps professé en latin et non dans la langue vernaculaire. Les fidèles en France ne remettaient pas en question les paroles dispensées depuis la chaire et ne parlaient pas le latin. Ce modèle a été reproduit dans les premières universités et dans toutes les écoles.

De l’autre côté de l’Atlantique, les fidèles américains commentaient la bible avec leurs pasteurs. La bible était traduite en langue vernaculaire pour que chaque fidèle puisse la commenter. Le pasteur ne se plaçait pas comme supérieur aux autres fidèles mais comme primus inter pares, sage parmi les autres fidèles.

Par conséquent, l’éducation française privilégie le cours magistral qui tend vers le modèle appliqué aujourd’hui en universités. Le professeur prend la parole pendant une ou deux heures pendant que les élèves notent sans l’interrompre.

Les élèves étrangers au système français ont du mal à s’adapter à ce format d’enseignement, eux qui viennent de classes où il est possible d’interrompre le professeur à tout instant et où la participation est grandement sollicitée.

Les avantages et les défauts propres à chaque système.

Le modèle américain favorise et encourage la prise de parole tandis que le système français priorise la synthèse et la réflexion.

Par voie de conséquence le système américain donne trop d’importance à l’individu et les productions des élèves ont tendance à manquer de cohérence.

De son côté, le système français donne beaucoup de place à la synthèse, ce qui permet de donner logique et cohérence aux arguments développés. Cependant, en insistant trop sur la réflexion, celui-ci empêche les élèves de présenter leur travaux avec l’assurance nécessaire.

Le besoin de mélanger les deux systèmes.

Si le système américain gagnerait à plus de rigueur, le système français a lui besoin de valoriser ses élèves en les laissant s’exprimer à de plus nombreuses reprises.

L’esprit de synthèse si cher à notre système n’est pas contradictoire avec un esprit de partage et de co-construction qui pourrait être mis en place au sein des classes si on laissait les élèves laisser libre court à leur curiosité.

Au lieu de s’efforcer à maintenir le silence en classe, mieux vaudrait canaliser l’énergie des élèves en valorisant une prise de parole interactive. Surtout à une époque où les nouvelles technologies favorisent une construction collective du savoir.


L’école française pourra donner la parole à ses élèves, à condition que le constat du blocage actuel soit partagé et que professeurs comme élèves soient sensibilisés à de nouvelles méthodes d’apprentissage par la prise de parole. 
Voilà la raison qui m’a poussé à fonder l’association Hauts Parleurs et pourquoi celle-ci écume les classes des collèges de France en partageant l’envie d’une prise de parole curieuse au sein des classes.

Si vous partagez ce constat sur l’école française et que vous voulez donner de la voix à cette cause, n’hésitez pas à aimer cette histoire, la partager, la commenter ou l’annoter avec moi et à entrer en contact avec Hauts Parleurs directement sur notre site internet ou sur Twitter.

Vous aussi vous pouvez changer les choses !