Gouvernance : de l’intelligence distribuée à l’intelligence collective

Auteur: William Gras

Pascal Kotté
Nov 10 · 6 min read

Gouvernance : de l’intelligence distribuée à l’intelligence collective

Bâtisseur de futurs souhaitables

Cet essai m’a été inspiré de la gouvernance pratiquée chez Fresque Du Climat, de ma culture sur la Gouvernance Partagée et du cycle “Organisations Souhaitables” que je suis chez l’Institut des Futurs Souhaitables.

1. Mode de gouvernance de l’association “Fresque du Climat

L’association La Fresque Du Climat s’est orientée vers un fonctionnement très décentralisé et participatif, inspiré de celui du parti pirate suédois ayant gagné les élections européenne avec un budget cent fois plus faible que ses concurrents (lire Swarmwise ou visionner cette vidéo).

En voici quelques principes clés :

  • Les membres de l’association sont invités à prendre des initiatives, sans limites, en mode agile et ils sont tous légitimes à le faire.
  • Do-ocratie : Ce sont ceux qui font qui décident (et réciproquement) et « ceux qui pensent que c’est impossible sont priés de ne pas déranger ceux qui essaient ». La do-ocratie vise à éliminer le « y’a qu’à — faut qu’on » qui est une plaie dans de nombreuses structures associatives. Chez La Fresque Du Climat, ceux qui pensent que « y’a qu’à » faire ceci ou que « faut qu’on » fasse cela sont invités à le faire, tout simplement. Et ceux qui pensent qu’une idée explorée par d’autres est mauvaise sont invités à les laisser essayer et à investir leur énergie dans une idée alternative en parallèle. De toute façon, seules les bonnes idées survivront.
  • On a le droit à l’erreur. On est même invités à se planter de temps en temps. Non seulement on accepte qu’on fera des erreurs, mais on considère que faire des erreurs est un bon moyen de progresser. C’est le fameux « try and fail » ou « essai-erreur ». Mandela disait : « Je ne perds jamais : parfois je gagne, sinon j’apprends ».
  • Une conséquence de ces premiers principes est qu’on peut être amenés à faire les choses en doublon. Ça peut sembler sous-optimum, mais c’est un principe d’organisation agile qui n’est pas si inefficace. Seules les meilleures idées survivront (c’est la sélection naturelle, chère à Darwin, mais appliquées aux idées. La nature fonctionne comme ça et elle ne s’en sort pas si mal). On perd peut-être un peu de temps à essayer dans des directions stériles, mais on en gagne tellement en débats qu’à la fin, c’est rentable.
  • On est allé assez loin dans la délocalisation des prises de décision avec la règle de trois : à partir du moment où trois membres de l’association sont d’accord qu’une initiative est bonne, il peuvent la prendre, y compris quand elle engage l’association.
  • Pour que tout cela fonctionne, et pour éviter les frustrations et les prises de pouvoir locales non désirable, il y a un grand principe fondamental et non négociable : la transparence. La transparence, c’est magique. Quand on en met dans une organisation, plus personne ne peut fomenter un coup en douce, ou lancer des rumeurs infondées. Ça dégonfle tous les fantasmes. Le choix des outils de l’association va donc dans ce sens. Et on n’a pas peur que « n’importe qui fasse n’importe quoi » car d’une part, les gens sont globalement intelligents et bienveillants, et d’autre part, la transparence fait qu’on ne peut pas faire n’importe quoi car tout le monde le voit. L’auto-censure est plus forte que la censure.
  • Dans une organisation « swarm », l’équipe de support (conseil d’administration) est « au service » de l’ensemble des membres qui prennent des initiatives et non « à leur tête ».

Ce mode de gouvernance est un choix, assumé, qui a pour finalité de permettre l’expression pleine et entière du pouvoir de création, d’innovation, d’expérimentation de chacun.

2. Concept d’intelligence distribuée

Le terme d’intelligence distribuée (SWARM) est utilisé dans le monde de l’informatique. Il est pourtant issu de l’observation d’interactions très adaptées, très optimisées présentes dans le monde vivant. Cet Article développe ce sujet.

Dès lors qu’il s’agit de se déplacer, de trouver de la nourriture, d’étendre son territoire, de survivre face à des prédateurs…, l’intelligence distribuée permet au groupe de gagner en efficacité : ces sujet liés au #biomimétisme sont pleinement adaptés à la société humaine.

La nuée d’oiseaux ou le banc de poissons sont des exemples visuels très marquants qui font se rejoindre la notion d’autonomie avec celle d’interdépendance. Comment obtenir l’interdépendance ?

3. Autonomie et intelligence collective

Le concept a été développé par Katherine Symor et s’appelle le cycle de l’autonomie ou le cycle de l’indépendance. Le concept est surtout utilisé sur le développement de l’être humain (bébé → enfant → adolescent → adulte) mais il est pleinement extrapolable à la vie en groupe. Les quatre étapes sont : dépendance → contre dépendance → indépendance → interdépendance

Schéma

Chaque étape est absolument nécessaire avant de passer à l’étape suivante. Ainsi l’enfant s’émancipe, devient lui en devenant contre-dépendant (phase du non de l’enfant et phase de l’adolescence) puis il recherche la capacité à faire par soi-même en devenant indépendant (phase où il coupe les ponts avec ses parents par exemple) et enfin, une fois qu’il a acté qu’il était lui et qu”il était libre, il recrée du lien en toute sérénité et devient inter-dépendant.

L’étape “n” n’est possible que si l’étape “n-1” a été réalisée. L’interdépendance n’est possible que si la phase de dépendance a eu lieu, qui elle-même n’est possible que si la phase de contre dépendance a eu lieu, elle-même possible uniquement si la phase de dépendance a eu lieu.

Dans un collectif, c’est la même chose. L’autonomie pleine et entière (la phase d’interdépendance) ne peut avoir eu lieu que si la personne s’est sentie pleinement libre à un moment donné (sans la sensation qu’on lui impose de faire quelque chose qu’elle ne veut pas faire ou d’une manière qui ne lui convient pas) — phase d’indépendance — qui n’a pu avoir eu lieu qu’après que la personne ait pu s’affirmer pleinement (phase du non, du conflit, de l’affirmation de soi) — phase de contredépendance — qui elle même n’a pu avoir eu lieu que si la personne s’est sentie en appartenance au groupe et en apprentissage (phase de dépendance).

Il est donc vital dans un collectif qui souhaite développer la pleine autonomie que la transparence, le droit à l’erreur soient présents et pour ce faire, que le collectif crée un environnement où chacun a pu se sentir en capacité d’exprimer sa différence et sa liberté. Cela passe par une gestion éclairée de la diversité des points de vue et de la prise d’initiative. Eviter / empêcher les conflits, éviter / empêcher la prise d’initiative, c’est empêcher l’autonomie. Dès lors, aucune chance de maximiser l’intelligence du groupe qui permet de faire émerger de nouvelles idées, d’agir avec efficacité…

Par ailleurs, pour maximiser l’expression de l’intelligence du groupe, il est impératif de traiter tout ce qui peut la freiner

  • les biais de pensée de groupe (on se raccroche facilement à l’opinion des autres),
  • la culture top-down (le chef a raison),
  • la culture cartésienne (on laisse de côté les apports de l’intuition et des émotions),
  • le manque de diversité de pensée (mettez un corps de métier dans une pièce et demandez lui de sortir du cadre …)

Le chemin est long mais quelle richesse, individuelle et collective !!

En bonus : une vidéo sur la vie en groupe

Lean-Design

Un nouveau regard sur le Lean management

Pascal Kotté

Written by

Réducteur de fractures numériques, éthicien digital, Suisse romande.

Lean-Design

Un nouveau regard sur le Lean management

Welcome to a place where words matter. On Medium, smart voices and original ideas take center stage - with no ads in sight. Watch
Follow all the topics you care about, and we’ll deliver the best stories for you to your homepage and inbox. Explore
Get unlimited access to the best stories on Medium — and support writers while you’re at it. Just $5/month. Upgrade