3 propositions pour stimuler l’innovation dans l’éducation en France

I- Mettre les enseignants au centre du processus d’innovation

Il est urgent de repenser la stratégie de formation des enseignants qui doit être continue et inscrite dans une perspective d’apprentissage tout au long de la vie afin que s’opère un changement de paradigme. Le rôle de l’enseignant est voué à changer et à passer du sachant sur scène au guide accompagnateur afin de responsabiliser l’élève dans son apprentissage. Cela implique de donner plus d’importance aux compétences du 21ème siècle, les 4C : Créativité, Collaboration, Esprit Critique, Communication. Pour cela, les enseignants ont besoin d’être continuellement formés aux nouvelles méthodes pédagogiques (Project Based Learning, Problem Based Learning, Classe Inversée etc.) ainsi qu’aux outils numériques qui facilitent ce changement de paradigme.

Enfin, favoriser le dialogue entre les enseignants et les entrepreneurs/innovateurs grâce à des rencontres formalisées sur le modèle des « Edsurge Tech for Schools Summits » aux USA est un point qui me semble clé. Ces moments de rencontre rassemblent sur une journée des entrepreneurs qui pitchent leurs produits et services à des enseignants qui leur donnent un feed-back immédiat.

II- Introduire des cellules d’innovation au sein des écoles et institutions d’enseignement supérieur

Créer des cellules d’innovation à destination des enseignants et des dirigeants d’établissements pour donner à ces derniers un espace de réflexion, d’échange et dialogue me semble clé. Ceci leur permettrait d’imaginer et d’adopter de nouvelles innovations pédagogiques mais aussi de redéfinir l’espace physique de l’école. Il suffirait de permettre aux enseignants de se retrouver 1 à 2 heures par semaine en leur dégageant du temps libre afin de leur donner la possibilité d’être acteurs du changement et non de subir des changement imposé en top-down par leur chefs d’établissements par exemple.

Ce mouvement est né en Australie avec le SCIL (Sydney Center for Innovation in Learning) qui a déjà permis à plusieurs écoles de repenser leurs méthodes pédagogiques ainsi que les paramètres de temps, d’espaces et de niveaux liés à leurs établissements.

© SCIL Voilà ce que le SCIL a produit: une réinvention des méthodes et espaces d’apprentissages à la NBCS à Sydney

III- Bâtir un écosystème spécialisé

Une des raisons qui explique la maturité de l’écosystème américain (outre la taille de son marché) est sa culture de la spécialisation. Il existe aux USA au moins 3 fonds d’investissement, 3 incubateurs et 4 accélérateurs spécialisés dans l’éducation ainsi qu’un média fédérateur, Edsurge, qui consolide la communauté. Ces conditions favorisent l’émergence d’un véritable écosystème très profitable aux innovateurs de l’éducation. C’est ce qu’il nous manque en France. Il nous faut parler d’innovation éducative, de Edtech, de lifelong learning dans les médias, accompagner les projets innovants et financer cette innovation en permettant par exemple à de nouveaux fonds d’investissements de se créer sur cette verticale afin de financer l’innovation. Enfin il faut donner les clés aux start-ups pour qu’elles aient toutes les chances de leurs côtés pour gagner des appels d’offres publics au meme titre que des gros éditeurs car le marché public leur est inaccessible aujourd’hui.

Svenia Busson, fondatrice de LearnSpace, co-fondatrice du Edtech Tours auteur du rapport “Edtech 2016: Global Perspectives, Local Insights”.