Comment et pourquoi intégrer le numérique à l’école?

On me demande souvent où se positionne la France par rapport au monde en terme de Edtech. Tout dépend l’angle emprunté.

D’un point de vue institutionnel nous sommes bien placés : tout en haut de la pyramide de l’éducation nationale on a compris que le numérique permettait un changement de paradigme, qu’il était un miroir qui nous permet de repenser nos méthodes pédagogiques traditionnelles et d’aller vers une pédagogie active. Le plan numérique pour l’éducation (PNE) est l’aboutissement de cette réflexion.

Mais qu’en est-il, dans les faits, de sa mise en place? Car c’est là que se pose une vraie question.

En parcourant 6 continents, 10 pays choisis pour leur avancées en terme de Edtech et en ayant rencontré 350 acteurs de la transition éducative dans le monde je retiens trois conditions fondamentales nécessaire au succès de l’intégration du numérique à l’école :

La première, et la plus importante de toutes, est la formation des enseignants qui ne doit pas seulement avoir lieu sur quelques jours mais continuellement, tous les mois et entre pairs. Le partage d’expérience entre enseignants est ce qui change la donne aujourd’hui : En partageant leurs expérimentations, leurs méthodes pédagogiques innovantes avec d’autres, la probabilité que les pratiques innovantes en question se diffusent est décuplée.

Ensuite, l’infrastructure est clé : le wifi haut débit, les prises au bon endroit, des serveurs sécurisés etc. tout cela peut paraître anodin mais l’infrastructure représente une vraie problématique car absente, elle constitue un frein à l’innovation. Elle est la base d’un bon fonctionnement des outils numériques utilisés par les professeurs afin d’innover, de dynamiser leurs cours et proposer une pédagogie active.

Enfin, le contenu présent sur ces outils numérique est décisif. S’il s’agit uniquement de numériser des manuels scolaires traditionnels pour permettre aux élèves de les lire sur leurs tablettes, on ne peut pas parler d’innovation. Par contre si le contenu est créé et pensé avec des enseignants et adapté à l’usage de la tablette, s’il est mis à jour très régulièrement, qu’il est interactif et qu’il apporte un vrai plus à l’apprentissage, voilà qui devient intéressant.

C’est en amont d’un déploiement massif de materiel informatique (tablettes ou autre) que ces questions doivent être traitées et non après coup.

Le numérique n’est qu’un outil, il ne doit en aucun cas être perçu comme étant une fin en soi. Il nous permet de repenser l’école comme on la conçoit traditionnellement et être au service d’une pédagogie active.

Car il est aujourd’hui prouvé que ce n’est pas dans un mode d’apprentissage transmissif et descendant que l’on apprend le mieux. Le taux de rétention est plus élevé lorsque des méthodes d’apprentissage active sont mises en place : l’apprentissage par le faire, par l’expérimentation, par la recherche, par les pairs, par projet, par question. Il y a pléthore de nouvelles méthodes pédagogiques qui rendent l’apprenant acteur de son apprentissage. C’est dans le but d’appuyer ces pédagogies que le numérique à sa raison d’être à l’école.

Svenia Busson, fondatrice de LearnSpace, co-fondatrice du Edtech World Tour auteur du rapport “Edtech 2016: Global Perspectives, Local Insights”.