Une musique radioactive
Laurie Anderson — Oh Superman
« Considérant les dévastations qu’une guerre nucléaire ferait subir à l’humanité entière et la nécessité qui en résulte de ne ménager aucun effort pour écarter le risque d’une telle guerre et de prendre des mesures en vue de sauvegarder la sécurité des peuples […] sont convenus de ce qui suit… »
Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (1968) avait la crainte comme préambule. Au bout d’un téléphone rouge, le Kremlin et la Maison Blanche décident de ne pas faire proliférer l’uranium enrichi aux quatre coins du globe. C’est la Détente générale tant pour les peuples à portée de missile que pour les politiques friands de budget pour leurs excursions diverses, comme au Viêt Nam.
Mais la pause n’est jamais la paix, il reste une sourde vibration sonore qu’on laisse de côté pour un temps, les années passant, elle devient une obsession poignante si dérangeante qu’on en reviendra toujours au dénouement. C’est la clairvoyance parfaite qu’on peut avoir en brumes sur Le Rivage des Syrtes(J. Gracq, Corti, 1951) :
« Dans les accalmies de la rumeur que tissait autour de moi le remue-ménage des affaires, il glissait tout à coup un curieux silence, un silence presque impoli — un de ces trous dans une conversation animée qui vous déconcertent, et si on se laisse aller au vide qu’ils creusent, ils vous mènent sans même qu’on y pense à deux yeux ouverts — deux yeux qui vous regardent sans rien dire — deux yeux qui ont su faire le silence autour d’eux. » (p.309)
Cet objet sonore s’est répandu en 1981 dans ce regain des craintes, Reagan succède à Carter, l’Union Soviétique devient « L’Empire du Mal » et l’armement reprend sa course folle et dangereuse. Dans ce hapax sonore, Laurie Anderson commence par nous faire entendre la sonnerie du téléphone rouge qui ne sera jamais décroché, comme un funeste présage. Je n’ai jamais réellement compris les paroles mais on y entend cette voix poétique et robotique au calme angoissant :
« This is the hand, the hand that takes / Here come the planes / They’re American planes. Made in America / Smoking or non-smoking? »
C’est comme si elle allait vous annoncer gentiment que tout était fini, que le monde allait prendre fin.
Merci à Jean L. dénicheur d’antiquités sonores.