Jean Michel Aulas : le dilemme de l’innovateur

En sport, l’un des plus grands pièges dans lequel un dirigeant peut tomber est celui du résultat et de l’instantané. Pris par l’émotion, on ne regarde que le tableau d’affichage. Qu’il soit positif ou négatif. On se laisse avoir par l’euphorie ou la déception.

C’est dans ces moments que les grands présidents se distinguent, en restant lucide sur la situation réelle des choses. Ils savent qu’une victoire ne veut pas dire grand chose si l’on ne prend pas en compte le contexte et l’environnement global dans lequel celle-ci intervient. Ils savent apprendre de chaque situation. Ils savent qu’il y a des défaites bénéfiques. Ils savent que la longévité au plus haut niveau est une question de remise en cause permanente.

Jean-Michel Aulas : un gestionnaire exceptionnel

Lorsque Jean Michel Aulas devient président de l’Olympique Lyonnais en 1987, le club est en deuxième division. En quelques années, il parvient à assainir les finances du club et à le faire remonter en première division. Sous son impulsion, le club connait son apogée, début des années 2000, avec sept titres de Champion de France consécutifs, entre 2002 et 2008. Le club est régulièrement présent sur la scène Européenne, avec notamment plusieurs quart de finale et une demi finale de Ligue des Champions, en 2010.

Depuis cet âge d’or, le club se maintient régulièrement dans le top 3 des meilleures équipes de Ligue 1. Mais malgré un budget pharaonique comparé à la concurrence nationales (hors PSG et Monaco) et des infrastructures dignes des plus grands, l’OL semble ne pas parvenir à franchir le cap qu’il lui manque pour s’installer durablement sur la scène Européenne. Pire encore, l’OL semble prendre du retard sur le plan sportif, par rapport à certains concurrents moins importants.

La saison 2016–2017 de l’Olympique Lyonnais

La saison qui vient de s’achever il y a quelques jours résume à elle seule le risque que représente la simple analyse du résultat. Sur le papier, elle est plutôt réussie :

  • L’OL atteint les demi-finales d’Europa League et manque de très peu d’accéder à la finale.
  • Le club termine à la 4eme place de Ligue 1. Derrière les deux ogres de cette saison, Monaco et le PSG, et un Nice époustouflant.
  • Les très probables ventes d’Alexandre Lacazette et de Corentin Tolisso permettront une rentrée d’argent significative.
  • L’achat de Memphis Depay, grand espoir néerlandais pour un montant compris entre 16 et 25M€ (bonus compris).

Mais si l’on creuse un peu, on se rend compte que les carences sont nombreuses. Et que derrière cette facade plutôt attirante, se cache un grand chantier.

En Ligue 1, l’OL finit à 28 points du champion Monégasque et à 9 points du 3eme Niçois. C’est trop, beaucoup trop. Surtout lorsque l’on se rend compte que l’effectif Lyonnais est bien supérieur à celui des Niçois.

En Europa League, l’OL réalise un miracle face à l’AS Roma en ne jouant qu’une mi-temps sur les 4, se qualifie péniblement au tir au but contre le Besiktas et est défait en demi-finale contre une équipe de l’Ajax composée essentiellement de très jeunes joueurs.

Je ne vais pas rentrer dans le détail dans cet article, celui-ci le fait déjà très bien, mais les carences tactiques et erreurs de gestion montrées par l’entraineur Bruno Génésio ont été nombreuses. Sans véritable projet de jeu, sa tactique consistait essentiellement a miser sur des exploits individuels de ses joueurs phares : Lacazette, Valbuena ou encore Fékir. Il n’a pas su exploiter l’un des meilleurs effectifs de ces 4 ou 5 dernières années, laissant un gout amer dans la bouche des supporters. Mettant notamment au placard deux joueurs très prometteurs, Sergi Darder et Emmanuel Mammana, et en n’offrant que très peu de temps de jeu aux jeunes joueurs de l’Académie comme Aouar ou Gaspar (ce dernier vient d’ailleurs tout juste de quitter l’OL pour l’AS Monaco, faute de temps de jeu).

Le contenu des matchs était pour la plupart du temps insipide et L’OL a plusieurs fois été ridiculisé par les équipes de bas de tableau (Dijon, Lorient, Guingamp, Caen …). Au classement, l’OL finit difficilement devant un Marseille moribond pendant toute la première partie de saison.

Mentionnons enfin les Coupes nationales (Coupe de France et Coupe de la Ligue) dans lesquelles l’OL s’est fait sortir rapidement.

Le dilemme de l’innovation

Le dilemme de l’innovation a été énoncé par Clayton Christensen, professeur à Harvard, pour comprendre comment des grandes entreprises en position dominante et qui avaient tout pour réussir ont été dépassés par de nouveaux concurrents alors qu’elles ont pourtant, en apparence, fait tout comme il le fallait.

→ “A un moment donné, quand on est en zone de confort et que la situation nous permet de générer des gains suffisants, on se dit que changer son organisation et son fonctionnement, c’est prendre le risque de casser sa propre organisation. C’est un danger que, logiquement, on a pas envie de prendre.”

Alors pourquoi changer ? Parce que le monde autour de soi se transforme et que les dynamiques se modifient en profondeur.

Jean-Michel Aulas a beau affirmer que l’OL est le meilleur français depuis 10 ans (ce qui, au passage, est statistiquement faux). En disant cela, il oublie de prendre en compte les différentes dynamiques et les nouvelles exigences du football moderne.

Jean-Michel Aulas est devant ce même dilemme aujourd’hui :

Le dilemme de l’innovation à partir de la 25ème minute de la conférence de presse

Intersaison charnière en Ligue 1

Les méthodes et recettes qui ont permises à Aulas de hisser l’Olympique Lyonnais au plus haut niveau ne semblent plus fonctionner aujourd’hui : copinage, dirigeants uniquement “du cru” et absence de réelle démarcation entre le sportif et l’économique. Le club et son président, semblent avoir atteint un plafond de verre.

Jusqu’à présent, l’OL a bénéficié de la faiblesse à tous les niveaux (en termes sportif, économique, d’infrastructure, de gestion et de compétences) pour rester compétitif sur le plan national.

Mais depuis environ quelques mois, un vent de fraicheur semble souffler vers la Ligue 1. De plus en plus de clubs se tournent vers l’étranger pour chercher des compétences introuvables en France. Outre les investissements Qataris à Paris et Russes à Monaco, de nombreux clubs se structurent et montent indéniablement en compétences : Marseille avec le projet McCourt, Nice qui fait du bon travail depuis 3 ans, le FC Nantes avec l’arrivée de Sergio Conceicao ou encore les Girondins de Bordeaux.

Une prise de conscience généralisée semble émerger quant à la faiblesse globale du football français et à l’urgence d’aller chercher les compétences ailleurs. Ce n’est pas un hasard si les 4 meilleurs coachs de la saison sont étrangers : Leonardo Jardim, Unai Emery, Lucien Favre et Sergio Conceicao.

L’inquiétude du côté des supporters de l’OL

Pour bon nombre de supporter Lyonnais, le mercato d’été 2017 est un mercato de tous les dangers.

Les trois joueurs majeurs de l’OL (Lacazette, Tolisso et Valbuena) sont sur le départ.

Le président Aulas semble vouloir maintenir coûte que coûte Bruno Génésio en tant qu’entraîneur, malgré ses nombreuses limites et son incapacité à proposer le moindre plan de jeu tactique.

L’absence de réelle direction sportive et de hiérarchie claire est également un grand motif d’inquiétude. Aulas semble avoir du mal à laisser la main sur l’aspect sportif. Et sur ces dernières années, les choix en termes de recrutement s’approchent plus du fiasco que de la réussite : Nkoulou, Mapou, Cornet, Mateta, Beauvue, Rose, Bisevac ect.

Avec une telle organisation, le plafond de verre semble avoir été atteint. Et si l’OL ne veut pas redevenir un club lambda de Ligue 1, d’importants changements doivent être fait rapidement.

Un club de football ne se dirige pas comme n’importe quelle entreprise. Il s’agit d’un business particulier dans lequel le financier et le sportif sont intimement liés. L’un ne marche pas sans l’autre. 
Jean Michel Aulas est un président excellent sur le plan de la gestion économique, mais montre clairement ses limites sur l’aspect sportif. Le temps est venu de déléguer cet aspect à quelqu’un de plus compétent. En engagent, par exemple, un Directeur sportif et un entraineur confirmé.