Derviche sauvage

Il suffisait d’escalader le mur écroulé.
De l’autre coté, il y avait ce chemin de fer oublié de la ville.
Au début, tu croisais quelques personnes qui promenaient leur nonchalance. Deux adolescentes en turbulence, un photographe du lundi, un jeune écorché et son chien.
Après le pont qui mène de l’autre côté de la rivière, tu t’es figé. Immobile, tu respires en immersion les sons de la ville.
De vagues entrepôts, quelques wagons abandonnés, la rumeur sourde du boulevard périphérique et l’herbe folle qui mousse entre les rails. Et puis surtout du ciel. Enfin du ciel.
Pris d’une soif soudaine, tu étends tes bras comme pour étreindre tout l’espace. À chaque inspir tu prends tout, à chaque expir tu offres tout.
Ton coeur s’ouvre brutalement.
Caressé par la vibration urbaine, excité par le soleil de fin d’hiver.
La joie monte en toi.
La gourmandise de tout dévorer à la fois.
Alors ton regard glisse vers la gauche. Ton corps suit, et puis tes pieds. Et puis tes yeux encore.
Ivresse naissante. Tu commences lentement à tournoyer.
Et le mouvement, enclenché par le regard, prend peu à peu de la force, trouve son équilibre, et t’entraine toujours plus vite dans son jeu de toupie.
Toi, le petit derviche sauvage, électron libre aux éclats, tu prends place dans le ballet cosmique éternel.
Danse insensée qui nourrit le monde.

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.