LETTRE OUVERTE A SANDRINE ROUSSEAU (Candidate EELV aux élections régionales du Nord Pas-de-Calais Picardie)

Chère Sandrine,

Dans ta tribune du Huffington Post (le 13/10/15) tu déclares : « Il faut que la violence symbolique, et parfois physique, cesse contre le peuple de gauche et contre celui de l’écologie. ». En effet, les derniers jours nous ont montré où menait la négociation hollandienne, entre rejet de toute conflictualité et sur-légitimation des volontés patronales. On ne parlera pas d’Air France ici et l’on précise que l’on est d’accord avec toi.

Dans la présente lettre, nous nous intéresserons à cette mention des deux « peuples ». Il faut dire que tu nous as fait sacrément plaisir en effectuant cette distinction entre l’électorat de gauche, d’une part, et l’écologiste, de l’autre. Grâce à toi, on peut rappeler que Roses, Rouges et Verts partagent quelques préoccupations justifiant leurs rassemblements au sein de majorités, mais qu’au fond, ils n’ont ni les même valeurs, ni les même priorités. Merci à toi, on attendait cet aveu de la part d’un responsable EELV, qu’il nous faut cependant analyser pour la santé idéologique de chacun.

La gauche doit rester matérialiste

En France, l’écologie politique est perçue comme une composante de la gauche. Et si, à l’instar de la social-démocratie, cette représentation pose sérieusement problème, c’est qu’elle brouille le logiciel des héritiers du marxisme, premiers défenseurs de la majorité exploitée dans les systèmes capitalistes. Au risque de schématiser, ‘’être de gauche’’, c’est avant tout se mobiliser pour ceux qui sont dominés économiquement. C’est aussi faire preuve de solidarité en améliorant leur accès à la consommation. En d’autres termes, c’est être primo-matérialiste. La raison en est simple, le prolo optera toujours pour le véhicule polluant mais pas cher, plutôt que l’inverse. Ce n’est pas une question de choix ou de convictions, mais de moyens. Nous nous battons pour lui.

Mis en perspective, il y a ton combat pour l’écologie, que l’on respecte, mais qui n’a pas la même teneur. La preuve ? Ton opposition au Canal Seine Nord, que tu qualifies de « projet pharaonique », qui « va poser énormément de problèmes environnementaux » et dont finalement, « on n’a pas besoin » (Le DailyNord le 13/10). Étonnante considération, puisqu’il s’agit d’une réalisation structurante pour le territoire, bien financée par l’UE, créatrice de centaines d’emploi directs et indirects. En d’autres termes, tu places l’écologie avant la lutte contre le chômage. Autre exemple : ta comparse Emmanuelle Cosse, qui prône la suppression du diesel à l’horizon 2025. On comprend sa préoccupation environnementale, mais dis-nous, est-ce-qu’elle équivaut à la question économique et sociale posée à des millions de français qui n’ont pas la capacité matérielle, même accompagnés par l’État, d’envisager un changement de véhicules ? Manifestement non. Parce-qu’être écologiste, c’est être au dessus de cela, c’est proposer l’après, c’est donc être post-matérialiste. Et cette doctrine s’adresse principalement à ceux qui ont le luxe de pouvoir penser le monde hors de leur porte-monnaie.

De ces différentes cibles et idées, tu comprendras qu’il est paradoxal de vous classer, toi et ta famille politique, dans ce qu’on appelle traditionnellement, « La Gauche ». D’autant plus aujourd’hui.

Élections régionales

Alors bien sûr, tu nous répondras que ton projet tient à la nature transversale et novatrice des politiques publiques écologiques, moyen-finalité de l’émancipation de chacun dans un environnement durable. Voilà qui est très séduisant mais qui manque un tantinet de concrétude, comme on dit. Tu vois, lorsqu’on est pauvre, on est un peu terre à terre : on aime notre écosystème, mais on y pensera demain lorsque nos gamins auront, pour sûr, le ventre plein.

C’est le but de ce message, qui s’adresse aussi à EELV : les régionales approchent et l’on s’interroge sur votre alliance, ici et là, avec un Parti de Gauche enfin revigoré par l’actualité mais dont vous ne partagez ni les convictions, ni le langage. Ici, dans cette nouvelle région Nord-Pas-de-Calais-Picardie sujette au chômage de masse et à la tentation du pire, tu es, Sandrine, la candidate qui doit incarner la volonté originelle de la gauche, à savoir : « sortir les gens de la mouise. ». Si tu donnes l’impression de manier uniquement les très conceptuelles rhétoriques écologistes, de tout intellectualiser et de considérer cette investiture comme une simple étape dans ton parcours, tu porteras une lourde responsabilité dans la défaite de ceux que tu représentes aujourd’hui. Refuser de s’allier au PS est une chose. S’entendre avec le Parti de Gauche en est une autre et doit avoir ses conséquences.

Pour préciser ce propos et répondre à l’interview que tu as donnée il y a quelques jours : “Je veux faire gagner la gauche… mais une autre gauche”, nous espérons qu’en vérité tu parles de la vieille gauche, la courageuse, la tangible, l’égalitaire et qu’on l’entendra fort, très fort d’ici le 6 décembre. Pas celle qui écrit des romans de science-fiction. Pas celle qui n’a aucune chance. Pas celle dont on sait qu’elle se rassure par l’abstraction à défaut d’assurer la protection de ceux qui en ont cruellement, chaque jour, besoin.


Stocqueville

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