Remaniement : le bal des engourdis

L’épisode médiatique que nous avons subi hier, à l’occasion du remaniement ministériel, en dit long sur ce qu’est devenu le traitement de la politique par nos “informeurs” continus en chef, et un peu sur ce qu’est devenu la politique française.


C’est donc ça, un journaliste « politique » en 2016. Micro en main, face au vent, sous la pluie, se débattant tant bien que mal pour interpréter un communiqué de presse de l’Élysée à propos de l’évènement politique le moins important de ces dernières années, face à un caméraman probablement mort de rire en lisant les blagues assassines de Français goguenards et désabusés sur Twitter.

Le spectacle qui nous a été hier offert par nos politiques, « chaines infos » et autres télés et radios généralistes a en effet été remarquable en ce sens qu’il révèle une fois de plus le décalage entre le traitement médiatique de la politique et les attentes de citoyens ne comprenant plus grand chose de ce cirque et allant de moins en moins voter.

Politique gouverne’mental’

Car la course au direct, au sensationnel et à l’audimat, couplée à la scénarisation de la décision politique par le pouvoir a en fait un effet catastrophique sur la façon dont la politique est vécue et perçue. Ce qui nous a confirmé hier deux choses : les ministres ne sont qu’un piston médiatique interchangeable, et les journalistes politiques et éditorialistes en vue ne nous servent aujourd’hui plus à rien, si ce n’est à mendier du scoop auprès de ceux qui n’ont pas la moindre idée de comment faire aller mieux les citoyens français.

Les pauvres ministres montant ou restant sur le pont de ce grand navire gouvernemental (comprendre « mental » au sens de fou, comme traduit de l’Anglais) ne s’attendent à rien d’autre qu’un long calvaire, fruit d’une navigation à vue et sans cap fixé clairement. Quoiqu’en disent leurs tweets de remerciement au Grand Chef, leur rôle dans la politique conduite est inexistant et insignifiant par rapport à l’influence et au désir de contrôle du Premier d’entre eux. Ne parlons même pas des reniements et contorsions intellectuels de certains petits nouveaux, qui pourraient faire l’objet d’une thèse en psychologie.

Cour de récréation

Quant aux journalistes politiques et autres commentateurs de la cour de récréation que constitue les chaines d’info continue, ils affichaient une déception telle devant le non événement qu’elle en devenait presque touchante pour le téléspectateur naïf. N’y croyons pas, personne ne s’attendait à un message politique en faveur d’une réorientation radicale de la politique gouvernementale, vers la gauche ou vers la droite. La valse des faux culs n’avait pas fini de faire tourner les plateaux TV hier en fin d’après midi.

Le grand oublié dans tout ça ? Le citoyen. Qui se moque royalement de ces agitation politico-télévisuelles et regarde, lui, au loin, ne voyant rien venir. Car le remaniement lui confirme une chose : les préoccupations politiciennes et de opérations de communications, qui ne trompent que les commentateurs de plateaux (ou pas, n’oublions pas que pour eux, ce n’est qu’un jeu et l’occasion de gratter deux ou trois petits-fours), n’auront pas fait bouger une oreille à ceux que la politique devrait réellement concerner, et qui s’en détournent de plus en plus : les Français dans leur ensemble.

La pauvre interview présidentielle qui a suivi dans la soirée n’a pas démenti le constat que l’on effectue ici : la politique telle qu’elle est exercée et commentée n’est aujourd’hui plus qu’un manège sans fin d’images et de symboles creux, et il est grand temps de lui redonner du sens. Tous les acteurs sont concernés, du Président au citoyen en passant par le journaliste. Pour le citoyen, cela ne tient qu’à nous, car il existe aujourd’hui tous les outils pour le faire en inversant les rapports de production de la pensée politique. Pour le Président et les mendiants de communiqués de presse, on attendra un peu, ils n’ont pas fini leur partie de marelle.


Corto