Sécurité dans les transports + contrôles au faciès + Amende cannabis : le scénario dont vous rêvez


Le cumul des différentes mesures –et reniement- annoncés par le gouvernent risque de changer votre quotidien. Si vous n’avez pas la tête qu’il faut. Si vous prenez beaucoup le train. Anticipation.


Il est 8h15. Vous devez choper un TER, mais vous n’êtes pas du tout réveillé. La faute à cette soirée qui vous a épuisé jusqu’à 4h du mat’. Vous avez beaucoup bu, mais vous n’avez pas fumé. Malgré vos dreadlocks, la weed, c’est pas vot’ truc. Vous montez à bord du train, destination Douai pour rejoindre le conservatoire : musicien professionnel, vous êtes équipé d’un attirail qui vous donne un look beaucoup moins présentable, en somme, que votre voisin Anatole, 24 ans, costard cintré et petites lunettes.

A ce moment la police débarque pour un contrôle. Étrangement, vous êtes le seul quidam du wagon sommé de présenter ses papiers. Anatole, lui, n’a ni retiré ses écouteurs, ni lâché l’autobiographie de Miley Cyrus. On remarque vos yeux collés, vous répondez que vous n’avez pas beaucoup dormi. La sanction tombe : « on va vous fouiller, M’sieur ». Vous clamez votre innocence, en imaginant l’humiliation publique qui suivra. Cependant votre dégaine parle pour vous, car tout le monde sait pertinemment que le drédeux aime ça, la fumette. Et puisque désormais, on colle une amende à celui qui tire sur la corde, on organise des concours à la brigade : l’agent qui fait tomber le plus de toxicos se fait une prime de bâtard pour Noël. Alors tout le monde découvre le zèle.

C’est parti pour la session pelotage dite « palpation de sécurité », et les autres voyageurs commencent à se sentir plus gênés que vous. On retourne aussi votre sac, on fouille vos chaussettes et mouchoirs usagés. Même votre trompette souffre. Finalement, la police ne trouvant rien, elle vous souhaite une bonne journée et vous laisse, bien entendu, le soin de réunir vos affaires disséminées, à l’image de votre dignité. Tout va bien, non ?

Décryptage

Non, tout va mal. Car les mesures annoncées pêle-mêle par le gouvernement nous inquiètent, si tant est qu’on prenne le temps de les lier entre elles. En effet, c’est un pouvoir toujours plus répressif et liberticide qui se révèle au compte-gouttes.

Prenez tout d’abord le pourvoi en cassation de l’État après sa condamnation pour contrôles au faciès. Manuel Valls n’en démord pas, les forces de l’ordre n’ont jamais eu cette pratique. Il est loin le temps où le PS fustigeait la conception de l’ordre sarkozyste… tout comme sa culture du chiffre sur les politiques de sécurité.

Cela tombe bien, il s’agit de notre second point abordé romanesquement plus haut, à savoir la fin des poursuites pour consommation de marijuana, remplacée par une pénalité financière. Voilà qui devrait motiver un corps policier dont le référentiel n’a pas changé pour prouver son efficacité : le chiffre, toujours. Cette mesure pouvant même « être utilisée pour accroître la répression contre la simple consommation de drogues, en infligeant des amendes pour des cas que la police ne se donnait plus la peine de transmettre aux tribunaux » (Le Monde, le 16/10/15).

Arrive en guise de complément d’équation notre dernier motif de crispation, le renforcement des contrôles dans le train, dont on se demande s’il va servir sa vocation première (la sécurité de tous après l’épisode Thalys) ou constituer l’opportunité de chasser ce drogué dont on vient de consacrer la physionomie particulière et la rentabilité certaine. Bref, vous êtes clean de chez clean mais correspondez au profil de celui que l’on va nécessairement viser ? Un conseil : lorsque toutes ces mesures seront effectives, faites vous tout beau pour prendre le train…. Ou optez pour le covoiturage.


Stocqueville

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