Bijou Romantique d’Etat Libre d’Orange: l’enfant terrible de la parfumerie renoue à sa façon avec un registre classique.

Le petit dernier d’Etat Libre d’Orange explore un genre très féminin, celui des grands pafums à l’aura affirmée. Riches et complexes, dotés d’un sillage puissant, ils ont fait la beauté d’une parfumerie telle que l’on a pu la connaître avant l’ère des parfums liftés par des tests marketing, les privant ainsi d’une personnalité forte.

Tout en reprenant les codes d’une parfumerie classique, Etat Libre d’Orange, en collaboration avec Mathilde Bijaoui, qui avait déjà travaillé sur le primé et très original Like This, renouvelle le genre avec sa « patte maison », à l’aide de notes agrumes piquantes, (bergamote, citron), légèrement épicées (baies roses), sans oublier d’y ajouter sa signature, un effet un peu animal que l’on retrouve dans bon nombre de ses créations. L’envie d’un parfum aux faux-airs de “guerlinade” , modernisée, un parfum faussement désuet, faussement sage, dont le titre évoquerait cette réplique célèbre, issue de la bande dessinée La Ballade de la mer salée, d’Hugo Pratt, “Adieu, Bijou Romantique”, trottait depuis longtemps dans la tête du créateur de la marque, Etienne de Swardt. Autour de l’idée d’une personnalité facettée, que l’on va travailler pour en faire ressortir toutes les subtilités, telle une pierre précieuse à l’état brut, que l’on aurait ciselée pour en proposer un bijou serti, s’est esquissée la fragrance d’une fausse ingénue, un parfum complexe et facetté qui nous plongerait en plein coeur du romantisme du 19ème siècle, à l’époque de Musset ou de Georges Sand.

Et cette image se traduit ici olfactivement par un parfum floral oriental poudré, empreint d’un coeur composé d’ylang-ylang et de jasmin, paré de notes pétillantes et hespéridées en tête, sur un fond très baumé, où l’absolu de vanille domine, aux côté du benjoin et du patchouli, mais aussi de notes poudrées telles que l’iris, assez présent. Pour moderniser ce coeur floral, tout en le rendant plus lascif, Mathilde Bijaoui y a ajouté un zeste de noix de coco, (jungle essence), qui, marié aux notes vanillées, peut donner un effet légèrement “chocolaté” sur certaines peaux.

Si l’on peut y voir une construction plutôt traditionnelle au prime abord, c’est heureusement sans compter la trame souvent animale et sexuelle que l’on retrouve dans plusieurs créations de cette marque. On distingue en effet cette base un peu charnelle, typique de cette marque, légère mais présente, en filigrane. La vanille exhale ses charmes féminins et sensuels tout au long de l’évolution du parfum, bien qu’elle s’exprime plus nettement sur peau que sur touche. En effet, sur touche, l’envolée pimpante hespéridée en tête subsiste plus longuement, la touche de baies roses se distingue plus volontiers, ainsi que l’accord solaire ylang-ylang — noix de coco qui y est plus présent. Sur peau, ce sont les notes de fond baumées et poudrées qui s’affirment le plus, laissant le reste plus en sourdine.

Tel un parfum-bijou exaltant toute la féminité de celle qui le porte, cette nouvelle fragrance d’Etat Libre d’Orange semble se fondre à la peau, comme un kaléidoscope, pour faire ressortir les différents visages que l’on possède tous.

A découvrir au 69 rue des Archives, et désormais également sur le corner d’Etat Libre d’Orange à la Scent Room du Printemps, notamment le temps d’un cocktail prévu à cet effet, le jeudi 5 Avril prochain.

Originally published at mybluehour.blogspot.fr on December 13, 2014.

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