Habanita revient sur le devant de la scène.

Mardi dernier, la marque Molinard nous conviait, nous autres bloggueurs, à célébrer la Saint-Valentin sous le signe d’Habanita, son parfum phare, le parfum qui fit entre autres la renommée de cette petite maison grassoise.

A l’origine, ce parfum chef de file des orientaux, à l’instar de Shalimar, aurait d’abord été conçu en 1921, sous la forme de sachets parfumés, pour masquer l’odeur de cigarettes des garçonnes, avant de devenir une vraie fragrance en 1925. On avait coutume de dire qu’il était le parfum “le plus tenace du monde” et quiconque l’a porté pourra témoigner de sa tenue hors du commun, qui subsiste parfois même après la douche.

Il est encore aujourd’hui impossible de connaître le nom du génie qui l’a composé, (mais on ne peut que l’en remercier). Habanita est un habile mélange de notes vanillées, poudrées mais aussi boisées, aux accents “tabac”, voire cuirés. Il semble avoir un peu perdu, au fil du temps et des reformulations, de ses nervures cuirées voire fumées, mais reste néanmoins un parfum extrêmement sensuel, (presque aphrodisiaque), intriguant, de caractère, qui ne laisse jamais indifférent tout en conférant une aura particulière à celle (ou celui..?) qui le porte.

S’il s’ouvre, dans sa version eau de toilette du moins, sur des notes un peu aigres qui peuvent dérouter au prime abord, il faut absolument le laisser évoluer pour mieux se laisser surprendre. Sa magie repose sur cet accord vanille-vétiver, structure qui s’accompagne d’inflexions poudrées (héliotropine), de notes florales, en coeur, (jasmin, ylang-ylang, notamment), et d’un fond boisé où le cèdre vient apporter un effet tabac, qui s’accorde à merveille avec la vanille. Je ne m’étendrais pas aujourd’hui sur la totalité de sa composition car je l’ai déja fait ici ou , mais je préciserais juste qu’il contient probablement de cette base qu’on appelle “mousse de saxe”, présente aussi dans Nuit de Noël de Caron, par exemple, une base de Laire qui donne un aspect un peu animal, à la fois baumé, boisé, humide, cuiré et un peu “fourrure” aux parfums.

Désormais oublié sur le bas des étagères des Marionnaud, Sephora et autres grandes chaines de distribution, c’est un parfum devenu méconnu, ce qui est dommage compte tenu de son formidable rapport qualité/prix.

Et si j’en parle aujourd’hui, au-delà de cet évènement voué à le remettre sur le devant de la scène, ce n’est pas seulement parce que c’est un de mes parfums préférés avec l’Heure bleue, mais c’est surtout parce que c’est le parfum qui m’a amenée aux parfums, un de ceux que j’ai porté le plus fidèlement étant plus jeune, celui qui m’a valu un véritable coup de foudre olfactif lors d’une visite à Grasse, adolescente, celui qui m’a fait plonger de pied ferme dans l’univers de la parfumerie.

Mais cet évènement “mystérieux” qu’en était-il?

Lorsque nous avons compris qu’il s’agissait de Molinard, nous avons d’abord été ravis qu’une marque moins médiatisée que tant d’autres puisse proposer un évènement de cette envergure, puis un peu inquiets à l’idée qu’elle réinterprète une de ses fragrances mythiques… Quoi, un nouveau Habanita modernisé, remis au goût du jour, effrayés à l’idée qu’on ait pu injecter une quelconque dose de fruits et autres mièvres sucreries dans cette merveille…

Que nenni. Il s’agissait en fait de donner un nouveau souffle à ce “classique”, le sortir des étagères poussiéreuses sur lequel il traîne, oublié, pour en proposer une nouvelle concentration, du moins une nouvelle eau de parfum, assez fidèle à l’orginal; que l’on se rassure: Habanita n’a pas perdu son âme.

Au cours de cette journée, dans un hôtel paré aux couleurs de la fragrance, tout de rouge et de noir, différentes étapes (cours d’effeuillage burlesque, photos sensuelles, atelier parfum où l’on pouvait confectionner) sa propre version d’habanita), nous ont permis de découvrir cette nouvelle version.

La plupart des adeptes de ce parfum l’utilisent généralement en eau de toilette, il faut dire que sa tenue n’a rien à envier à la plupart des extraits actuellement sur le marché. Pourtant il existait bien une version eau de parfum, dans un flacon poire, plus ronde, moins aigre en tête, comme si on accédait directement aux notes de fond. Il me semble d’ailleurs que c’est cette version qui se rapprochait le plus d’Habanita tel que je l’ai connu au début des années 90.

Cette nouvelle eau de parfum est dotée désormais d’un spot publicitaire que je trouve assez en phase avec la fragrance. En effet, dans ce teaser, on suggère plus qu’on ne montre, révèlant bien l’aura mystérieuse de ce parfum. Contenue dans un nouveau flacon reprenant l’esprit de l’original mais modernisé, cette nouvelle eau de parfum ne m’a pas déçue.

Ce sont surtout les notes de tête qui ont changé, les aspérités ont été gommées, lissées, et l’aigreur qui peut déplaire dans les 5 ou quinze premières minutes a disparu. C’est positif dans le sens où cela permettra sûrement aux personnes qui l’essaieront de ne pas se détourner immédiatement de la fragrance en une moue de rejet, mais un adepte fidèle d’Habanita pourra lui trouver un certain manque de relief, du coup, comme si le départ était un peu “plat”.

Passé ce détail, cette nouvelle eau de parfum évolue fidèlement à celle qu’on connaît. Les notes un peu “tabac” et épicées ont peut -être été un peu plus accentuées que l’effet poudré, le vétiver un peu moins appuyé, mais on reconnaît totalement la fragrance. Ce sont des nuances subtiles, (ceci d’autant plus que les versions que j’ai ont dû macérer un peu, accentuant ainsi certaines notes), car pour autant Habanita n’a pas perdu ici de son audace, ni de cette sensualité à l’état pur qui le caractérise. Je suis donc ravie qu’une si belle création soit remise en avant (même si l’on aime tellement cette fragrance qu’on aimerait la garder secrètement cachée en bas d’une étagère, pour que personne d’autre ne se l’approprie…).

Habanita, eau de parfum, disponible fin mars 2012.

Originally published at mybluehour.blogspot.fr on December 13, 2014.

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