Spiritueuse Double Vanille de Guerlain, ou quand la vanille se fait “absolue”.

Je n’avais pas craqué pour cette vanille la première fois que je l’avais sentie. Si j’aime les notes vanillées, je ne suis pas adepte pour autant des soliflores vanille, les trouvant souvent trop sucrés, trop gourmands. Ici, c’était le problème inverse, l’effet tabac amsterdammer de cette vanille est tellement présent sur moi que cela m’avait décontenancée au premier essai.

Les goûts évoluant au fûr et à mesure que l’on sent et ressent des parfums, cette vanille enivrante a fini par me séduire. Les premières notes me font penser à une gousse de vanille qu’on aurait plongée dans du rhum arrangé, avec des épices, des raisins et des bois. On note aussi de la bergamote en tête, et des baies roses, ce qui peut donner cet aspect épicé à l’ouverture du parfum.

Cet effet rhum se dissipe rapidement sur ma peau pour laisser place à cette odeur particulière de tabac ansterdammer, de tabac à pipe, où le cèdre prédomine très nettement. J’y perçois aussi des notes florales, comme de la rose, je pense, peut-être du jasmin et du ylang -ylang, aussi, bien qu’ici on soit clairement dans le registre d’une vanille boisée, loin de la vanille tahitensia, qui, elle, est fleurie et poudrée. L’encens, présent en coeur, vient prolonger la trame épicée annoncée en tête par les baies roses, tout en apportant un peu de chaleur boisée et de caractère à cette vanille.

Les avis divergent beaucoup au sujet de cette double vanille spiritueuse, certains la jugeant trop gourmande, alors, et c’est peut-être une question de peau, que justement, sur la mienne, elle ne joue pas la facilité. Certes, on reste dans le thème d’une vanille, le parfum est nécessairement un peu sucré, mais ce n’est vraiment pas l’aspect qui domine. Ce n’est qu’en fond, quelques heures plus tard, que SDV s’achèvera sur des notes plus gourmandes et plus traditionnelles. Le parfum se fond sur des notes plus ambrées, empreintes sans doute de labdanum, mais où percent surtout de l’absolu de vanille et du benjoin, apportant beaucoup de sensualité au parfum. Il est possible que de la fève tonka vienne également arrondir les dernières notes, envoûtantes, du parfum.

C’est amusant d’ailleurs car SDV devient presque plus féminin dans ses notes de fond que dans celles de tête ou de coeur, où justement elle se dévoilerait à merveille sur la peau d’un homme, pour cet univers un peu liquoreux, un peu tabac, très prononcé au prime abord. SDV peut avoir un côté réconfortant, pas pour la facette douce et rassurante de la vanille gourmande, mais justement en raison de cet aspect liquoreux et tabac, qui peut évoquer des odeurs que l’on a tous senti dans l’enfance, lorsque l’on cotoyait des adultes. C’est entre autres ce qui rend ce parfum agréable à porter, qui m’a valu d’ailleurs pas mal de compliments.

Créée avant Havana vanille de l’Artisan Parfumeur, Spiritueuse double vanille visite le même univers, tout en donnant quelque chose d’assez différent olfactivement. L’idée est de montrer la vanille telle qu’elle est lorsqu’on la sent en absolu, avec ses accents rhum et tabac justement, légèrement cuirés, loin de la vanille crémeuse et gourmande qu’on associe à la vaniline.S’inscrivant totalement dans l’univers de la maison Guerlain, Spiritueuse double vanille rend ici hommage à une des matières premières maîtresse de la fameuse “guerlinade”.

Originally published at mybluehour.blogspot.fr on December 13, 2014.

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