Jour 6/30: Le Cacique Henri, précurseur de l’identité haïtienne multiple, passe le flambeau de la terre d’Ayiti aux esclaves venus d’Afrique

Le 5 décembre 1492, Christophe Colomb accompagné de 120 hommes, débarque sur l’ île d’Haïti, qu’il rebaptiste Hispaniola.

Guacanagaric, le Cacique (roi) du Marien, qui couvrait les départements du nord et la partie septentrionale de l’Artibonite et du Centre, fut le premier à prendre contact avec les Espagnols. D’abord acueillis chaleureusement par les Indiens Taïnos, la situation ne tarda pas à très vite changer: de mission d’exploration, la présence espagnole en Ayiti devint une mission d’exploitation…Exploitation aveugle des nombreuses richesses de ce nouveau territoire en forçant les populations indigènes à l’esclavage. Un très fort nombre de ces indiens, non habitués à ces efforts physiques, périrent très rapidement.

Ainsi, en 1503, “que” onze années après la découverte de l’île, le gouverneur Ovando fait venir des esclaves originaires d’Afrique. Le gouverneur s’y résout malgré ses hésitations car, d’après ce que rapporte Pierre François Xavier Charlevoix, les Espagnols craignaient “ que cette nation, qui paraissait indocile et fière, ne se révoltât si elle se multipliait, et n’entraînât les insulaires dans sa révolte». En clair, la peur de l’union des premiers esclaves noirs et des derniers taïnos n’eurent raison de l’exploitation dantesque des sujets d’Isabelle la Catholique (reine d’Espagne).

Un peu plus tard, Henri (Guarocuya de son nom d’origine), le cacique, est rendu, lui aussi, esclave. Né au Xaragua, sous le règne de la Rène Anacaona, ce chef indien est élevé et formé par l’évêque Las Casas, tout en restant attaché aux traditions séculaires de son peuple, fuit la tyrannie de son maître et s’établit avec un certain nombre d’Indiens dans la montagne de Bahoruco. Vers les années 1520, les esclaves noirs désertaient par bandes pour le joindre. Ainsi le cacique Henri se voit devenir le trait d’union, le “ciment” reliant cultures Taïnos, européennes et africaines, posant les bases de l’haïtien d’aujourd’hui.

Cette période est sans doute l’une des périodes les plus importantes de l’histoire de la terre d’Ayiti. Indiens et Africains vont se partager valeurs et traditions. Ce mariage, cette confluence de ces “mondes” est le “poto mitan”, la pilonne centrale de l’identité haïtienne.

Le 27 décembre 1522, esclaves noirs et taïnos se révoltent sur l’habitation sucrière de Don Diego, fils de Christophe Colomb. Ils massacrent leurs maitres et incendient plusieurs habitations, avant de se diriger sur la route d’Azua pour rejoindre le cacique Henri…

Durant 14 ans, Henri lutta avec panache et dignité. Il forca les Espagnols à négocier avec lui un traité de Paix par l’entremise de Barrio Nouovo. Henry meurt par pendaison à 35 ans.

Max Jean-Louis

Image: Raza Taina