Sarkozy au Zénith : derrière les caméras du “show à l’américaine”

Le candidat Les Républicains (LR) Nicolas Sarkozy lors de son meeting organisé le 9 octobre 2016 au Zénith de Paris. Crédit Photo : Laura Welfringer

Sans eux, pas d’image sur l’écran géant. Caméra au pied ou à l’épaule, ils scrutent le visage du candidat et tentent d’anticiper les réactions du public. Rencontre avec les cadreurs qui filmaient le meeting de Nicolas Sarkozy, au Zénith de Paris, dimanche 9 octobre.


On a bien transpiré.” Au milieu de la salle qui se vide, derrière des écrans de contrôle, la régisseuse souffle enfin. Après deux heures de concentration, c’est le moment du débrief. “Bon, il y a eu deux ou trois plans moyens avec un peu de flou de mouvement”, lance-t-elle au cadreur, qui essuie la sueur sur son front. Bousculé par un autre caméraman, Mohamed a trébuché quand il devait filmer l’entrée de Nicolas Sarkozy dans la salle. Mais ses vingt années d’expérience lui ont permis de retrouver son équilibre et de ne rien laisser paraître.

De son côté, Catherine, également cadreuse, s’est chargée du plan fixe : l’image projetée le plus fréquemment pendant le discours, celle de Nicolas Sarkozy derrière son pupitre. “C’est le plan le plus stratégique, il ne faut pas le louper”, assure l’intermittente du spectacle. En régie, le réalisateur choisit quelles images sont retransmises en direct. À tout moment, il doit pouvoir basculer sur la caméra de Catherine si aucun des deux cadreurs à l’épaule n’est en position. Pas question de perdre sa mise au point. Impossible de bouger d’un millimètre. L’image doit être parfaitement nette. Et pourtant, tout peut arriver. Surtout quand la cadreuse n’a pas d’espace réservé. “Dans l’effervescence, les gens ne font pas gaffe.” Un journaliste est passé devant la caméra de Catherine sans savoir que c’était elle qui assurait le direct.

Catherine, intermittente du spectacle, cadrait le plan fixe de Nicolas Sarkozy pendant son meeting au Zénith de Paris, le dimanche 9 octobre 2016. Crédit Photo : Laura Welfringer

“C’est l’image qui compte, que l’image”

“C’est la guerre de l’image, commente Mohamed. Là, c’est le show à l’américaine. C’est l’image qui compte, que l’image.” Dans ces conditions, la pression est constante. “Rester concentré, c’est tout l’enjeu parce que le meeting est très long mais il faut être réactif”, explique Catherine. Filmer les drapeaux, “repérer les bons clients”, détaille la cadreuse. “Quand c’est mort, on ne filme pas”, résume Mohamed.

Mohamed, intermittent du spectacle, portait le même badge que les organisateurs du meeting de Nicolas Sarkozy, dimanche 9 octobre 2016 au Zénith de Paris. “Je me suis fait bousculer car tout le monde me prenait pour un quidam”, explique le cadreur, qui filmait à l’épaule. Crédit photo : Laura Welfringer

Aucun mouvement de caméra n’est laissé au hasard. “La contre-plongée, ce n’est pas flatteur. De nous-mêmes, on ne filme pas le candidat comme ça”, explique la régisseuse, qui est par ailleurs bénévole au sein du parti Les Républicains (LR). Des directives à suivre à la lettre par les cadreurs. “Le parti donne des instructions.” Instructions qui passent par le réalisateur et sont retransmises aux petites mains. Est-ce pour cela que l’écran géant diffusait l’image de la foule plutôt que celle de Nicolas Sarkozy quand ce dernier montait les marches menant à son pupitre ? “Il est petit, il ne faut pas qu’on le montre, je pense”, glisse Mohamed.

La régie visionne les images filmées par les cadreurs et diffuse en direct les meilleurs plans sur l’écran géant du Zénith de Paris pendant le meeting de Nicolas Sarkozy, le 9 octobre 2016. Crédit Photo : Laura Welfringer

Pour les cadreurs, pas question que leurs convictions personnelles interfèrent avec la manière de filmer. “Je me fiche de leurs opinions politiques, affirme la régisseuse. Ce qui m’intéresse, c’est qu’ils fassent leur travail.” Mohamed, lui, aime à dire qu’il n’a rien à voir avec la politique. Et il n’a pas honte de ne pas connaître toutes les personnalités : “Quand je ne sais pas qui c’est, je demande.” Exit, le trombinoscope. “Il n’y a pas de cadreur de meeting. Moi, je suis technicien. Je suis neutre.”

Laura Welfringer et Alexandra Vieira