[LOWTECHTOUR_FR] Escale #6 / Nantes / Le poêle de masse

Pendant un an, l’équipe du Low-tech Lab arpente les routes de France à la découverte des systèmes low-tech utilisés chez nous en France ! Pour cette sixième étape, David Mercereau nous a accueilli à Chauvé, près de Nantes, afin de nous partager son savoir sur un poêle de masse spécialement conçu pour les habitats léger et mobiles — un poelito.


Retrouvez le tutoriel sur le site du Low-tech Lab : lab.lowtechlab.org/index.php?title=Poelito_-_Po%C3%AAle_de_masse_semi-d%C3%A9montable

Mardi soir — Nous prenons la route trois heures après notre horaire de départ prévue. Le chargement a pris plus de temps que ce que nous avions estimé. Et pour causes ! Le camion est plein. En plus de l’exposition sur l’énergie et du vélo générateur que nous avons pris l’habitude d’embarquer, bidon, tuyaux de poêle, sacs de ciment, de vermiculite et de chamotte réfractaire encombrent notre bureau-atelier-appartement mobile. Le clic-clac ne sera pas simple à déplier ce soir…

Cette difficulté paraît néanmoins bien minime pour Clément qui a le sourire jusqu’aux oreilles depuis qu’il a équipé le camion d’un nouveau joujou… Une sirène ! Il se prend déjà pour le pompier de la low-tech… Mais ce rêve, il le porte si bien qu’on excuse ses excès sonores en plein milieu de l’autoroute.

Par chance la route est plus courte que sur les escales précédentes. En quatre heures nous rejoignons la bourgade de Chauvé, située entre Nantes et Saint-Nazaire. Ici, David et Marion nous attendent pour la tisane de bienvenue dans leur maison tranquille et chaleureuse. Samson, la dernière arrivée, dort déjà depuis de longues heures.


Mercredi — Surprise au réveil, nous retournons voir David pour planifier les différentes étapes de la construction du poêle de masse, leur habitat n’est pas si conventionnel qu’il n’y paraissait la veille à la lumière de nos torches. En plus d’être une yourte, nous ne nous étions pas rendu compte que leur réflexion sur l’habitat avait été pensée de façon globale aussi bien au niveau de l’eau que de l’énergie.

En effet, bien qu’elle soit très confortable, la yourte de Marion et David n’est raccordée ni au réseau électrique, ni au réseau d’eau. Quatre panneaux solaires installés dans le jardin fournissent aux trois habitants de la maison suffisamment d’électricité pour éclairer la yourte, brancher leurs ordinateurs, appareils d’usage type mixeur, scie sauteuse ou autre et même un vidéo projecteur pour les soirées cinéma entre amis. Pour ce qui est de l’eau, c’est un exercice de style. L’alimentation courante s’arrête au pied de la yourte. David aime mesurer la finitude des choses, alors c’est la bassine aux bras qu’il réalise quelques aller-retour pour répondre à leurs besoins quotidiens en eau. Ainsi la quantité d’eau nécessaire à chaque tache, cuisine, vaisselle, machine à laver ou douche, est mesurée grâce à la taille de cette bassine. Pas besoin de plus. Avec ce système chaque habitant de la yourte ne consomme que 19L d’eau par jour contrairement aux 200L moyens des français.

Plantée au milieu des champs, la yourte de nos hôtes est hébergée au sein de la ferme de Hervé et Emma, installés là depuis 4 ans pour développer l’équithérapie. Nous sommes donc entourés de chevaux, d’un bouc, de quelques chèvres et d’une ribambelle de poules en tout genre ! Ici on goûte et on savoure la tranquillité et le bien vivre au milieu de personnes passionnées de nature et attentifs à son équilibre.

C’est au centre de cet écosystème, dans l’ancienne grange de la ferme que nous nous installons pour fabriquer notre poelito.

Le cadre idyllique n’empêche pour autant pas le froid de l’hiver de se glisser sous nos trois paires de chaussettes et nos deux pulls. Heureusement fabriquer un poêle de masse c’est sportif ! Préparer et couler trois couches de béton successives aura raison du froid.


Vendredi midi — Pas le temps de finir la construction qu’il faut déjà partir pour Paris. On troque pour un temps le calme et la douceur de Chauvé contre un week-end plein d’émulations et de nouvelles rencontres au cœur de la capitale.

Après quelques erreurs d’aiguillage et une heure et demi de bouchons nous arrivons in-extrémis au point de rendez-vous… Décidément ce ne sera pas l’escale de la ponctualité ! Nous arrivons tant bien que mal à garer le camion à quelques pas du TechShop d’Ivry. C’est au sein de cet atelier partagé, situé non loin de la Bibliothèque Nationale de France, que nous attendent une quarantaine de personnes venues passer le week-end à réfléchir avec nous sur un concept d’appartement up’cyclé.

A peine arrivés, les hostilités commencent, des montagnes de déchets sont réparties le long des murs. Avec tout ça, un peu de créativité et beaucoup de collaboration nous allons essayer de faire naître l’appartement du futur uniquement réalisé avec la récupération de déchets.

Notre week-end se passe au rythme des perceuses, meuleuses et autres outils en tout genre. Les réalisations avancent, chacun son rythme chacun son sujet de prédilection. Un luminaire commence à avoir fière allure sur la table de l’étage, un vieux meuble de boîtes aux lettres prend des aires de module de conservation pour aliments, des lits modulaires fleurissent à droit à gauche.

Dimanche soir arrive — C’est le moment pour les équipes de présenter leurs solutions. Or, on commence depuis quelques heures à ne plus y voir très clair. Au milieu des schémas, des outils et de l’émulation ambiante on a du mal à trouver le chemin vers les réalisations de chacun. Alors tout le monde s’arrête, pousse les tables vers les murs et trace au sol le plan d’un appartement parisien, un petit 20m², avec cuisine, salle de bain et pièce centrale. Puis comme un ballet bien orchestré chaque solution trouve sa place au sein de l’appartement. Le sourire aux lèvres chacun se balade en son sein découvrant les solutions des autres équipes.


Lundi matin — C’est épuisé mais heureux et inspirés que nous retournons auprès de David pour terminer la construction et le tournage de notre poêle de masse.

Au programme, démoulage de la tuyauterie, installation des derniers tubes d’alimentation en bois et de sortie des fumées et le travail sera terminé. Nous passerons le reste du temps à discuter avec David sur sa démarche et ses choix de vie afin de pouvoir les partager dans le tutoriel ainsi que le WebDoc à venir !

Après une dernière soirée en compagnie de tout le monde nous repartons pour une semaine de synthèse de toutes ces informations. Dernier défi avant de partir, faire rentrer le poelito dans le camion afin de pouvoir quand-même y dormir, y manger et y travailler. Un vrai challenge Tetris.

Cette fois-ci ce sont bien les au-revoir, mais nous comptons rester en contact car la pensée claire et lucide de David nous aura inspirés et donné beaucoup d’idées pour la suite !


Vendredi — Deux jours que nous sommes en autarcie dans le camion… Nous regardons notre poêle de masse qui trône au milieu du salon-chambre-cuisine avec l’extrême frustration de ne pas pouvoir l’utiliser. Oui, car pour pouvoir le déplacer nous n’avons pas fini de fixer toutes les parties… Alors on cherche toutes les solutions possibles et imaginables pour faire remonter la température qui plafonne à 10°C, à notre grand désespoir. Tout y est passé, bougies dans un pot en terre cuite, couverture de survie aux fenêtres, tisane brûlante pour réchauffer les mains. Bref, la solution la plus efficace restera quand même de mettre ses pieds dans son sac de couchage et d’empiler les couches de pulls. Le comble pour une escale dédiée à la thématique du chauffage.

Malgré tout, le montage et la rédaction du tutoriel avancent, et travailler face à la mer reste un luxe que nous ne serions pas prêts à échanger même pour un bon chauffage !


La fin de l’escale sonne, il est l’heure de repartir pour le Finistère. Cette étape aura encore une fois été bien utile, la recherche d’une nouvelle solution technique nous aura menés à une destination bien plus humaine et globale que prévue. Merci à nos hôtes de nous avoir partagé leur mode de vie et vision d’un monde plus calme.