Mission Biosphère — Semaine 1

Le 20 février 2018, Nomade des Mers a lancé la phase 2 de son exploration low-tech : La Mission Biosphère, ou 4 mois en autonomie grâce aux low-tech. Chaque semaine, Corentin nous partage son journal de bord.

Journée 1

L’équipe est partie. Immense satisfaction de regarder en arrière, de repenser au moment ou l’idée de la plateforme a germé puis de me retrouver là, seul, prêt pour ces 4 mois d’expérimentation low-tech.

Un peu vertigineux aussi. 
Mais pas le temps de philosopher.

Il me faudra au moins 15 jours pour terminer la construction et l’installation de toute la biosphère.

Lancement de la Mission Biosphère — Semaine 1–20 février 2018 — © Gold of Bengal

Journée 2

Je m’aperçois que j’ai négligé les patates. Mes 5 plants font grises mines. Symptômes : Feuilles jaunes et pas de signes de développement. C’est un peu inquiétant. Les patates sont la base de mon régime alimentaire. Je dois en manger 1,2kg par jour. De plus, je débute l’expérience avec 60kg de patates importés de la terre ferme. Il faudra donc, dans 4 mois, que j’ai un surplus de 60kg pour être arrivé à l’autonomie/patates.

J’ai testé leur cuisson selon la recette suivante : Je place les patates dans un bocal en verre avec de l’eau salée dans le four solaire, une low-tech qui chauffe les aliments grâace à la concentration des rayons du soleil. J’ai laissé cuire la journée. Résultat : c’est infect. Et ça pourrit en 24 heures. Il va falloir que je trouve une autre recette…

Pesée et découpage des patates © Gold of Bengal
Expérimentation de la cuisson de patates au four solaire © Gold of Bengal

Il faut que je sème une barquette de graines de légumes-feuilles par jour. Ils ont besoin de 10 jours avant de pouvoir être mangés ou repiqués. Ces légumes feuilles sont importants. Ils contiennent des vitamines et des minéraux. Je risque d’être rapidement carencé si je n’en consomme pas vite et régulièrement.

J’ai travaillé sur le réseau électrique. J’ai 8 panneaux solaires en tout. 
3 panneaux alimentent la culture de spiruline, une micro-algue qui va constituer une part importante des mes apports en protéines, et les bulleurs des biofiltres.

Les biofiltres produisent l’engrais pour les plantes. 
Il faut que les panneaux soient en plein soleil pour assurer l’alimentation. Je les déplace au grès du soleil. Sur 24 heures, ils fonctionnent 6 heures. C’est insuffisant.

2 panneaux solaires servent à la recharge de mon téléphone et des power-banks, des batteries rechargeables. Si c’est insuffisant, je peux produire de l’électricité en utilisant le pédalier. Je sens que je vais beaucoup pédaler.

Les 3 derniers sont reliés à une batterie de voiture. Elle peut alimenter la station météo, recharger les batteries des caméras ainsi que les power-banks qui alimentent les capteurs de données.

L’élevage de grillons de la Biosphère © Gold of Bengal

J’ai aménagé une petite nursery pour les bébés grillons nés hier. Demain j’aménagerai un nid pour pour la ponte de la prochaine génération.
Restera à déshydrater les grillons grandis sur le bateau. En attendant que la spiruline soit prête, ça va me fournir des protéines.

J’ai réparti tout le matériel dans les 4 bidons étanches, la tente et les boxes. Le matériel électronique est à l’abri dans des tupperwares. S’il pleut tout est protégé. Reste à aménager un lieu de vie plus agréable. J’ai mal au dos.

Jour 3

Cette nuit, il a plu. Les gouttières n’étant pas encore installées, je n’ai pas pu récupérer cette eau…

J’ai donc installé les gouttières tribord. J’ai été bien inspiré. Il a replu en fin de journée. J’ai recueilli 18 litres. Il faut maintenant que je pose les gouttières babord. Il faut aussi que j’optimise le système. Trop de pertes.

J’utilise 15 litres d’eau par jour. Mais cette consommation va monter en flèche au fur et à mesure de la croissance de la spiruline et des plantes.

Mon stock d’eau ramené de terre pour débuter l’expérience est de 340 litres. Il faut que je tienne avec ça jusqu’à la construction des désalinisateurs, une lowtech qui permet de rendre l’eau de mer douce et potable et qui me permettra un approvisionnement d’eau régulier.

Ça me stresse.

J’ai peur que les planches des boites qui ont servi à construire les espaces de rangement et de culture ne tiennent pas dans la durée.

Elles gonflent et moisissent avec l’humidité. Un champignon orange se développe très rapidement. Pas d’idée pour y remédier pour le moment.

Il faut que je trouve un emploi du temps quotidien pour rythmer mes journées. Demain je vais tester le suivant :

Routine quotienne de Corentin, relever les données sur son alimentation, les évolutions de la Biosphère © Gold of Bengal
  • 4h30 / Réveil réflexion/lecture
  • 7h00 / Routine de la biosphère
  • 8h00 / Petit-déjeuner
  • 9h00 / Travail manuel développement de la biosphère
  • 12h00 / Déjeuner et repos
  • 13h30 / Travail manuel développement de la Biosphère
  • 17h30 / Semis
  • 18h00 / Écriture journal
  • 19h00 / Diner
  • 20h00 / Coucher
L’aquaculteur voisin le plus proche est passé. Il m’a apporté des petits beignets frits sucrés et un sachet de café… Je l’ai remercié chaudement et j’ai jeté son cadeau à l’eau quand il est parti. Le café me manque.

L’aquaculteur voisin le plus proche est passé. Il m’a apporté des petits beignets frits sucrés et un sachet de café…

D’après ses signes, j’ai cru comprendre qu’il voulait revenir pour qu’on mange ensemble… Je n’ai pas osé me lancer dans des explications… Mais Il est temps que j’apprenne les bases de la langue pour lui expliquer que je fais une expérience d’autonomie. Je ne peux pas accepter de nourriture…

Du coup, je lui ai fait faire le tour du propriétaire. Il a eu l’air de trouver ça bien. Je l’ai remercié chaudement et j’ai jeté son cadeau à l’eau quand il est parti. Le café me manque.

Jour 4

Gros coup de vent dans la nuit. La boite qui contient les modules qui permettent de recharger les power-banks est portée disparue. J’ai pris le paddle et je me suis lancé dans une opération de recherche et secours dans la mangrove. Sans succès. Ce n’est pas une bonne nouvelle.

J’ai passé une bonne partie de la journée à réorganiser mon espace de vie. Il était désagréable à vivre et offrait un vis-à-vis avec mes voisins pisciculteurs. Il faut maintenant que je me construise une table et un tabouret pour le travail d’ordinateur.

Gros coup de vent en soirée. Deux des poteaux de l’extrémité de la serre sont tombés. Une section de la bâche s’est arrachée et une barquette de semis est tombée du mauvais côté. Belle illustration de la loi de Murphy.

J’ai refixé les poteaux mais pas encore la bâche.
Je réfléchis à une serre plus courte.

Jour 5

Je me suis pesé. J’ai perdu 1kg en 3 jours. C’est inquiétant. Peut-être parce que j’ai eu un rythme assez soutenu hier (paddle pour trouver la boite d’électricité, réorganisation du camp, coup de vent le soir et réparation dans l’urgence…)

J’ai une montre qui enregistre mes données corporelles. Elle indique 3 dépassements à plus de 115Bpm de mon pouls durant la journée d’hier.

Pour compenser ce matin, au petit déjeuner, j’ai mangé 50g de grillons frits avec de l’ail et des patates frites. Délicieux.

J’ai trouvé une recette de patate bien meilleure. Je les fais cuire au four solaire, revenir au stove, une lowtech qui permet de réduire la consommation de bois, avec de l’ail, du piment et du sel.

Je mange ça matin, midi et soir.


RDV dans quelques jours pour découvrir la Mission Biosphère Semaine 2.

À PROPOS

Mission Biosphère, 4 mois en autonomie grâce aux low-tech.

Seul sur une plateforme au large de la Thaïlande, en situation de totale autarcie, Corentin aura pour mission de combiner les low-technologies les plus prometteuses afin de constituer une base-vie autonome lui permettant de répondre à ses besoins vitaux.

Pour tout savoir de la Mission Biosphère, rendez-vous sur Nomade des Mers — Phase 2 : Mission Biosphère

Nomade des Mers, 4 ans autour du monde, à la découverte des low-technologies

Le 23 février 2016, le Nomade des Mers prenait la mer pour une grande expédition de découverte, d’expérimentation et de promotion des low-technologies. Son objectif ? Parcourir les océans à la recherche des meilleures solutions et des inventeurs les plus ingénieux. Plateforme d’expérimentation des low-tech, le Nomade des Mers permet également d’en faire la promotion et d’en assurer la diffusion. Au fil de ses expéditions, le Nomade des Mers a vocation à devenir un écosystème autonome exemplaire, porte-drapeau de l’innovation durable et solidaire.

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Pour toute information, contactez Amandine Garnier / Responsable du Développement / Low-tech Lab

Corentin sera indisponible et injoignable jusqu’au mois de juin.