[THAILANDE] Le dernier village avant la forêt

Par Jeanne Teyssier. À l’arrivée du Nomade des Mers en Thaïlande, Jeanne, notre super photographe-caméraman est partie à Sahainan, une ferme de permaculture tenue par Sandot, où poussent toutes sortes de low-tech …

“If you think it’s good for education, you can come”

Le bus m’a déposé à la station service de Thung Chang, un village situé dans la province de Nan, au Nord Est de la Thaïlande, à seulement quelques kilomètres du Laos. J’avais contacté le propriétaire d’une ferme de permaculture qui développait des “lows-tech” susceptibles d’intéresser le Low-tech Lab et de se rendre utiles sur le Nomade des Mers, en particulier un filtre à eau de type biofiltre à charbon. Avant de faire les kilomètres qui me permettaient de me rendre dans ces contrées reculées, j’ai voulu avoir plus de détail sur la ferme et les installations que l’on pouvait y trouver. La réponse laconique de Sandot, le maître des lieux m’a décidé à partir :

« If you think it is good for education, you can come »

Sahainan : la « frontière »

Je m’attendais à ce que Sandot vienne me chercher. Mais à sa place, deux scooters pilotés par trois volontaires se sont postés devant moi en bandanas et sandalettes.

Arrivée à Sahainan, je me suis retrouvée les pieds dans la terre à moitié humide, recouverts d’une nuée de fourmis rouges de toute évidence hostiles. Le comité d’accueil devenait d’un coup beaucoup moins séduisant. Mais avec toute la bonne volonté du monde, j’ai remonté mes manches, et me suis mise à planter du riz avec les autres. La tâche était assez simple, et pas très physique, en apparence : introduire entre 5 et 10 graines dans des petits trous très peu profonds, creusés en lignes à l’aide de bâtons de bambou. Une fois les graines introduites dans ces petits trous, il faut les recouvrir d’une fine couche de terre. « Ni trop ni pas assez de terre » … “Entre 5 et 10 graines”… Ce genre d’instruction vague n’a pas tardé à m’angoisser. Un des garçons m’a tout de suite calmée: « Jeanne, c’est ça la permaculture, ça n’est pas une science exacte ».

Plus tard, Sandot est arrivé. Un personnage en apparence affable, mais très secret. Les garçons m’apprennent qu’avant, il avait une ferme de permaculture à Pai, au nord de Chang Mai. Comme elle était devenue le point d’atterrissage de la foule des backpakers qui sillonnent la région, et comme c’était devenu trop lourd pour un seul homme de gérer cette colonie de volontaires à la curiosité fumeuse, il avait décidé de recommencer à zéro en achetant Sahainan, il y a quelques années, dans une région encore très peu fréquentée par les étrangers. Mais ici aussi, Sandot est à nouveau victime du succès de ses cours de permaculture et de sa renommée de Pai qu’il a trainée jusqu’ici. J’imagine qu’un jour, il devra refaire ses valises, et recommencer sur une nouvelle frontière…

A Thung Chang, avant que Sahainan n’existe, donc il n’y pas si longtemps, croiser un blanc était une chose rare. Quand les premiers volontaires sont arrivés en ville, la police locale se frottait déjà les mains en voyant débarquer cette manne providentielle. Mais les étrangers disparurent mystérieusement. Les policiers s’étaient mis alors fébrilement à battre la campagne à la recherche de la poule aux oeufs d’or. Ils avaient fini par découvrir qu’ils atterrissaient tous à Sahainan sans passer par la case Thung Chang… Au début, ils n’avaient pas accueilli Sandot d’un très bon œil, et ne comprenait pas bien ce que cet original pouvait bien trafiquer. Quand Sandot leur avait déclaré que le roi en personne parrainait son projet— « roi », si respecté en Thaïlande — , tous s’étaient confondus en excuses et depuis venaient régulièrement lui apporter des offrandes, des packs de lait, du riz…

Shen, la compagne de Sandot, donne une partie des cours théoriques de permaculture dans la “salle de cours”

En attendant, Sandot cohabite en harmonie avec le village voisin dont il a aidé à construire l’école. À l’instigation de Sandot, le cursus de cette école est largement orienté vers la permaculture, et ce village, le « dernier village avant la forêt » me dit-il, est pris comme modèle par le gouvernement thaïlandais qui tâche de continuer les initiatives agricoles autosuffisantes de feu son roi.

Shen, la compagne de Sandot, donne un cours de mandarin
Sandot donne un cours de guitare thaîlandaise

Dans cette école, il était prévu que Sandot installe un filtre à eau élaboré à base de couches superposées de gravier, de sable, de cendre et de charbon. Et il était prévu que je filme le processus; Cela faisait plusieurs mois que l’école n’avait plus d’eau potable courante, et s’approvisionnait en bidons. Chez lui à Sahainan, Sandot avait déjà un tel filtre. L’eau qui en sortait et que nous buvions tous les jours, issue d’une source située à un kilomètre de la « cuisine », était très bonne.

A droite, le filtre à eau de Sahainan, modèle de celui que nous allions fabriquer pour l’école

Mais pour cela, j’allais devoir attendre une semaine. Le temps de découvrir Sahainan et son esprit tutélaire.

Sandot

le roi de la machette

J’avais pensé que Sandot serait heureux de promouvoir indirectement Sahainan et qu’il me rendrait les choses faciles pour le tournage. Il m’a fait tacitement comprendre que c’était l’inverse : il me faisait une faveur, et il me fallait mériter ce pour quoi j’étais venue. La principale raison de ma présence, filmer l’installation du filtre, est devenue accessoire. J’ai pris plaisir à aider aux tâches quotidiennes de leur jardin forestier, à assister Shen, sa jeune compagne malaysienne, pour nourrir les bouches qui viennent du monde entier être initiés aux voies de la permaculture…

Le roi de la gâchette

J’ai découvert que Sandot était une sorte de star dans le tout petit petit monde de l’écologie en Thailande (en fait surtout connu des étrangers, volontaires et curieux de passage, et d’une poignée de Thailanais de Bangkok). Avant de partir, j’étais tombée sur une grosse production documentaire de la PBS thaïlandaise à son sujet. Il était très au fait de la manière dont on fait un film, et m’a semblé sincèrement étonné quand il m’a vu sortir ma petite caméra Sony, sans doute habitué à de plus grosses machines. Mais au final il m’a semblé tout à fait indifférent à toute forme de renommée. En l’observant pendant mon séjour à Sahainan, j’ai eu l’impression que toute son énergie était orientée vers l’entretien de son jardin forestier, à le faire prospérer, vivre en harmonie avec lui, inventer, installer et réactiver des techniques ancestrales.

Flo, un des volontaires qui vivait là depuis plus de 6 mois sans réussir à en partir, m’avait prévenu. « Tu verras, Sandot, il te demande de faire quelque chose que tu ne sais pas faire, il te laisse galérer pendant des heures à essayer de le faire, et à la fin quand tu as terminé, il te dit : « mais enfin, si tu avais fait comme ça, ça t’aurait pris 5 minutes » 

De Sandot, je me rappellerai sa joie quand la pluie a fini par tomber.

Ses ordres dépouillés de toute formule de politesse.

Sa dextérité à la machette.

Son génie à utiliser le bambou sous toutes ses formes, où qu’il soit, à faire des liens, des pinces, des rampes, des portes. Son usage multiple de la noix de coco aussi, comme par exemple ce pinceau improvisé avec de la bourre de coco qu’il a fait en une minute comme un tour de magie.

Sa manie de faire des petits tas de feuilles et de branchages où qu’il soit pour les brûler.

Son érudition et l’usage qu’il fait de toutes les plantes qui l’entoure. Il m’a soigné une coupure avec un cataplasme de ce qu’il appelle « Siam plant ».

Sa manière élusive de répondre aux questions …

Fabrication-minute d’une pince en bambou
bambou-lien, bambou-rampe
Instrument phare du BTP

Sahainan ou l’éternel recommencement

Le riz

Je suis arrivée un lundi. Je devais repartir le mardi suivant, juste après l’installation du filtre le dernier jour. Entretemps, il me semble avoir globalement passé la majeure partie du temps à planter du riz avec mes trois compagnons d’infortune. C’est la première année que Sandot tente de faire croître du riz à Sahainan, alors il expérimente, pas tout à fait assuré encore. Etant donné que nous mangions du riz à tous les repas, faire pousser du riz était logique s’il voulait accéder à l’autonomie alimentaire. Il s’est mis en tête de planter du riz sous pluie, c’est à dire « en sec » sans autre apport que les eaux de pluie. Or cette année là, la mousson s’est fait attendre, les pluies étaient rares et l’on plantait sous un soleil de plomb qui ralentissait tous nos gestes.

Puis, les fourmis ont profité de la sécheresse pour déterrer notre offrande à la terre. On les regardait, dépités, se dodeliner avec nos grains de riz sur le dos.

Je riais jaune en voyant Sandot déambuler sur les parcelles à l’aube et à la tombée de la nuit pour vérifier si les fourmis n’avaient pas volé son riz et me lancer parfois à brûle-pourpoint : « Jeanne, va voir si les grains sont encore là ? Jeanne, va voir si ça a germé… »

Photo ( non macro) d’une horde de fourmis qui s’acharnent sur un malheureux grain de riz
Déambulations de Sandot sur une parcelle attaquée par les fourmis

Après trois repiquages consécutifs, alors que le moral des troupes commençait à flancher, il a fini par trouver la solution miracle en imbibant les grains de riz dans du vinaigre de bois.

Vinaigre de bois, l’antidote

L’eau

L’approvisionnement en eau nous préoccupait beaucoup. Tous les jours, Flo allait en scooter sur une piste accidentée, et le reste du chemin à pied dans la jungle, à l’une des deux sources qui approvisionnent Sahainan. On le soupçonnait de trouver l’excuse « je vais à la source » pour échapper à la corvée du riz, mais on ne discutait pas l’aura de sa tâche. L’eau, c’est sacré. Grâce à lui, nous n’en avons jamais manqué. Chaque jour, on pouvait prendre une bonne douche d’eau fraîche en étant raisonnable mais sans se restreindre drastiquement (comme sur un bateau !). En arrivant ici, Sandot a rapidement déployé un réseau de tuyaux sur plus d’un kilomètre, à travers les champs d’anacardiers de ses voisins, les dépressions et la jungle. Sur le chemin de la source, on en profitait pour cueillir du taro dont Shen, la compagne de Sandot, cuisine la tige dans une sauce aigre douce. On profitait de chaque activité pour en servir une autre. Quand on cuisinait, on récupérait les noyaux pour les replanter aussitôt de manière aléatoire dans le « jardin forestier » qui entoure la cuisine. Rien ne se perd tout se transforme à Sahainan.

Ainsi presque tous les jours, Flo allait : soit déboucher le filtre à la source, soit vider l’air des tuyaux en ouvrant les valves qui jalonnent le parcours de la tuyauterie, soit installer de nouvelles pompes « made in Sandot », inventée par un mystérieux « club » dont il fait partie. Dans une autre vie, Sandot travaillait comme ingénieur électricien dans les Etats du Golfe avant qu’il ne décide de revenir au mode de vie de ses ancêtres Lua.

Travaux d’entretien sur le chemin de la source

Ces deux tubes en PVC de « 2 inchs », liés entre eux par des raccords en PVC, collectent l’air des tuyaux et facilitent ainsi la circulation de l’eau. L’air se comprime et se détend alternativement dans les deux tubes fermés, rendant le flux d’eau beaucoup plus régulier. N’ayant pas d’élément mobile, il ne s’agit pas à proprement parlé d’une pompe, bien que Sandot l’ait appelée ainsi. Ça n’est pas non plus une cornemuse thaï comme me l’a suggéré Clément de la bande du Low-tech Lab…

Flo installe une “pompe” made in Sandot
… et l’eau jaillit!
Schéma rapide de la main de Sandot

Des « low-tech » de Sahainan

Le charbon sous toutes ses formes

À Sahainan, on passe son temps à brûler la “biomasse” à petit feu … une manière efficace de recycler les déchets organiques agricoles et forestiers du lieu. Feux de branchage et de feuilles, ou feu pour faire du charbon de balles de riz. Flo et Petr entassaient les balles de riz en leur faisant épouser la forme d’un cercueil, et au centre, dans le creux, embrasait des branchages. Une fois la carbonisation lancée, ils recouvraient la partie en train de se consumer avec les balles de riz encore intactes. Pendant plusieurs jours, on continuait de recouvrir régulièrement le cercueil de balles fraîches, le tas de balles de riz se consumait de l’intérieur et même les jours de pluie quand on posait sa main sur le tas, on sentait la chaleur irradier de l’intérieur.

la méthode cercueil
Le résultat final : du charbon de riz
Récupération du charbon de bois

Enfin, nous avons fabriqué le graal du charbon : le biochar. Il formera une des couches du futur filtre à eau. Le charbon est naturellement micro-poreux et constitue un adsorbant efficace de nombreux contaminants présents dans l’eau. Il est efficace contre de nombreux composés chimiques présents dans l’eau dont notamment les herbicides. Le biochar à base de bambou, avec celui de la noix de coco, c’est le nec plus ultra du biochar, car les fibres de ces deux bois tendres sont déjà naturellement poreuses car très espacées. Le formation du biochar repose sur le principe de la pyrolyse, une combustion sans oxygène de la matière organique. Par rapport à une combustion, elle ne libère pratiquement pas de gaz puisqu’ils sont brûlés, et elle ne demande pratiquement pas d’énergie car l’énergie nécessaire à la pyrolyse vient de la matière première elle-même.

Dans un grand baril en tôle d’acier, autrement appelé « gazifieur », on encastre un baril plus petit, percé de trous. Dans ce baril plus petit, on a entassé des bâtons de bambou découpés en segments de quelques centimètres. Ce sont ces morceaux de bambou qui seront transformés en charbon.

On comble l’espace entre le petit baril et le grand baril de branchages et de feuilles, que l’on embrase. Ce contenant est lui aussi percé de larges entailles en forme de triangle sur les côtés à son extremité, qu’on appelle “couronne”. Il est légèrement surélevé avec des trous d’aération à la base. On ferme le gros baril d’un couvercle équipé d’une cheminée.

La pyrolyse du bambou par ce procédé prend 2 heures environ seulement, et pour qu’il prétende au statut de “biochar” et faire un bon charbon à filtre à eau, la température à l’intérieur du baril doit se situer entre 700° et 950°C.

Le principe de la pyrolyse, c’est que la combustion partielle des branchages autour du petit baril, incomplète car pas suffisamment nourrie en oxygène, engendre de la chaleur qui fait se transformer le bambou à l’intérieur du petit baril en biochar tout en créant des gaz inflammables, qui s’élèvent vers la zone supérieur du gros baril, la “couronne”. De l’air entre par les trous en forme de losange, entrainant la combustion des gaz. Cette combustion entraîne un mouvement d’air vers le haut de la cheminée, qui entraîne à son tour la succion de l’air à la base du gros baril, et entretient le processus.

Future cheminée
Lancement de la combustion dans la “couronne” du gazifieur
Beau succè s: c’est bien du biochar qui casse en faisant un bruit métallique, et insipide au goût!

Sandot utilise aussi le biochar pour enrichir le sol de Sahainan, comme les amérindiens l’ont probablement fait il y a plus de 3000 ans dans le bassin de l’Amazone, formant une terre d’une richesse exceptionnelle, la terra preta. En effet, le charbon a la propriété de retenir l’eau et les nutriments dans le sol, de réduire l’infiltration de l’azote dans les eaux souterraines, et de modeler l’acidité des sols, entre autres vertus.

L’arrosage automatique

Pour pallier au manque de pluie, Sandot a installé sur ses champs de riz des poteaux de bambous. A leur extrémité, il a fixé des bouteilles en plastique percées alimentées en eau par des tuyaux d’arrosage.

La fibre de loofah

« Low-tech » anecdotique mais non moins très utile, nous utilisions la fibre de loofah, sorte de concombre tropical, pour faire la vaisselle. Avec un peu de cendre, c’était bien efficace pour nettoyer nos bols en noix de coco, et dans lesquels nous mangions la délicieuse cuisine de Shen, dont le fameux sticky rice à la mangue pour le petit déjeuner.

Le « water filter », un jour de pluie

Le jour où nous devions fabriquer le filtre à eau fini par arriver. A l’avance, Sandot avait préparé le contenant, un large pot en argile percé de trous dans lequel il a fiché deux tuyaux en PVC, et autour duquel il a coulé une fine couche de ciment. L’un des tuyaux est destiné à l’alimentation en eau, et l’autre au nettoyage du filtre. Le tuyau d’alimentation étant logiquement « en surplomb » par rapport à l’autre ( cf schéma de Javi).

De mon côté, tous les jours, j’avais récupéré la cendre des réchauds en argile de la cuisine que j’avais tamisée avec des sacs de pomme de terre au maillage fin.

Le charbon était prêt lui aussi.

Ce jour-là, la pluie a commencé à tomber sur la quinzaine de volontaires et d’étudiants entassés dans le pickup rouge hors d’usage de Sandot, qu’il est le seul à pouvoir manœuvrer sur la piste boueuse qui mène au village. Avec entre les jambes des paniers contenant le déjeuner que nous allions partager avec les élèves et leurs maîtres. Le pickup a traversé le pont suspendu qui surplombe la Nan river qui bouillonnait à gros remous pour arriver sur la plateforme herbeuse qui forme le centre du village.

Sandot a commencé par faire un petit cours sur le biofiltre à charbon aux volontaires et aux petits élèves réunis.

Puis tous se sont répartis les tâches. Certains sont allés chercher des pierres dans la rivière Nan qui traverse le village. D’autres ont tamisé des graviers, d’autres ont lavé du sable. D’autres ont vissé le pot d’argile sur une souche que nous avions mis la veille trois heures à découper avec une vieille scie. D’autres ont percé le tube en PVC qui allait constituer le tuyaux d’arrosage qui surmonte le filtre (un élément pas obligatoire qui permet d’oxygéner l’eau qui alimente le filtre).

Une fois toutes ces matières minérales tamisées, lavées, on a commencé à alterner les couches du millefeuille : une couche de pierres, une couche de gravier, suffisante pour immerger les tuyaux, une couche de gravier, sable, cendres, sable, charbon, gravier, et enfin, une dernière couche de pierres. Surmonté de son arroseur, le robinet fixé à sa base, le filtre semblait prêt à l’emploi. Mais une fois notre déjeuner partagé sur le sol de la salle de classe, les remerciements des enfants, on a rebroussé notre chemin vers Sahainan, Pressés par la pluie, on avait tout laissé en plan.

Nettoyage du sable
Première couche de pierres
Perçage de l’arroseur
Dessin de Javi, une des élèves de Sandot

La même pluie ne semblait pas beaucoup impressionner les quatre garçons qui m’ont emmenée au village le lendemain en zizaguant en scooter entre les crevasses.

La veille j’étais rentrée à Sahainan très frustrée de ne pas avoir vu les premières gouttes sortir du filtre. Sandot avait omis de me dire qu’il fallait attendre au moins une journée d’usage pour que l’eau soit potable. le lendemain, quatre garçons du village trainaient dans la cuisine de Shen qui rayonnait : « ils peuvent t’emmener au village. Tu verras, le filtre fonctionne. Ils sont très bons conducteurs ». First , 10 ans, m’a pris derrière lui, enchanté par la piste dégueulasse qui se dessinait devant nous.

Arrivés au village, on a versé des seaux et des seaux de la rivière Nan dans le filtre pour accélérer le processus de nettoyage des différentes couches du filtre. A force, l’eau a fini par devenir presque claire et pour me faire plaisir les quatre garçons se sont mis à la boire solennellement devant la caméra.

Ils l’ont recrachée en riant comme des fous…

Dernière leçon de Sahainan :

Une eau potable ne se fait pas en un jour !
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