Comment anticiper au mieux l’après-carrière des sportifs de haut niveau ?

La reconversion est un passage obligé dans une carrière de haut niveau. Aussi longue soit-elle, la carrière d’un sportif finit tôt ou tard par s’arrêter et arrive l’heure de faire les comptes. Que faire ensuite ? Une question que les entreprises ont tout intérêt à prendre en considération, tant les compétences acquises par les sportifs tout au long de leur carrière sont uniques et peuvent leur être bénéfiques.

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Actuellement, en France, plus de la moitié des 7.000 sportifs professionnels connaissent une situation précaire et gagnent dans les 500 euros par mois. Et pour ceux qui gagnent plus, l’insouciance et la vie à cent à l’heure qu’ils mènent au quotidien ne leur permet pas de concilier recherche de la performance sportive avec la poursuite d’études supérieures. La reconversion est cependant une réalité qui les touchera tous avec le temps, au-delà des chocs psychologiques réels qu’une fin de carrière peut engendrer.

« Le vide et l’isolement associés à l’arrêt de la pratique sportive à haut niveau sont, pour un nombre non négligeable de sportifs, considérés comme ‘’une petite mort’’ », soulignait Jean-Pierre Karaquillo, co-fondateur du Centre de Droit et d’Économie du Sport, dans son rapport* remis en 2015 au gouvernement. Il faisait notamment état de la perte de revenus considérable qui pouvait être assimilée, pour les anciens sportifs, « à une forme de déclassement social. » Cela s’explique aussi par le fait qu’une grande partie de ces sportifs « n’envisage que trop tardivement la nécessité de bâtir un projet en parallèle de leur carrière ». Un manque de clairvoyance aux conséquences lourdes, socialement d’abord, mais financièrement aussi.

Dépression post-carrière, un mal répandu

Les cas de sportifs qui ont eu du mal à passer ce cap sont nombreux. « L’arrêt de ma carrière a été un enfer », indiquait notamment Raphaël Poulain, ancien professionnel de rugby à XV. « Tu te retrouves seul dans ton appartement avec tes cicatrices, tes souvenirs du passé et ton RSA : 400 euros par mois alors que tu en prenais quinze fois plus quelques mois auparavant. Je n’étais pas préparé à la ‘’vraie’’ vie » poursuivait-il. Cette perte de sens qui s’apparente à une réelle blessure narcissique est une forme de deuil que tous les sportifs sont amenés à affronter tôt ou tard. « Ça a été dur, très dur, parce que le manque est là », indiquait notamment l’ancien judoka David Douillet dans une interview quelques années après avoir mis un terme à sa carrière internationale.

S’inspirer du sport pour créer un management gagnant

Pourtant, les valeurs et les qualités des sportifs intéressent depuis de nombreuses années le monde de l’entreprise : solidarité, courage, persévérance, résilience, esprit d’équipe ou performance sont des termes et caractéristiques que tout manager souhaite insuffler à son équipe et qui sont inhérents à la pratique du sport. « La rigueur du travail et la transmission de valeurs comme l’esprit collectif génèrent un véritable dynamisme et une énergie très positive » indique Rémy Police, Directeur Adjoint des Ressources Humaines chez Caisse d’Epargne Rhône-Alpes et acteur de Sport Inside by emlyon business school.

Cette plus-value est indéniable pour Véronique Barré, Directrice de Collectif Sports et du programme sport compétence, dont l’objectif est de faciliter la reconversion et l’après-carrière des sportifs. « Ils disposent de toutes les qualités que l’on peut attendre d’un salarié aujourd’hui : maitrise de soi, organisation, compétences opérationnelles et résilience », indique-t-elle.

Changer le regard vis-à-vis des sportifs

Créer des passerelles entre les compétences développées au cours d’une carrière sportive et les transposer à celles demandées par les entreprises devient donc aujourd’hui un enjeu majeur. Malgré les efforts faits dans ce domaine ces dernières années, ces liens sont aujourd’hui encore trop peu nombreux. « Les entreprises doivent changer le regard sur les bénéfices du sport. Puisqu’elles ne le portent pas dans leur ADN, elles ne voient pas les bénéfices que ces sportifs peuvent leur apporter », poursuit Véronique Barré.

De la même manière, les sportifs, quand ils arrivent à intégrer une organisation, sont eux-mêmes en décalage avec le climat général. Ne connaissant pas les codes de l’entreprise, ils se mettent en retrait, ou au contraire en font trop.

« De nombreux sportifs viennent en entretien en me disant qu’ils ne savent quoi faire ou vers quelle formation se tourner », indique Jean-Maxime Cacheux, Conseiller Sport & Entreprise au Pôle Emploi. « Une grande partie du travail consiste donc à identifier leur demande afin de mettre en place des formations adaptées en fonction de leur souhait professionnel. emlyon business school est une partie de la réponse. »

Préparer sa reconversion avec les entreprises

« Il y a une dichotomie forte entre le besoin des entreprises de recruter ces hauts potentiels aux profils atypiques, et leur réel degré d’employabilité », souligne Mickael Romezy, Directeur Sport Makers à emlyon business school. Anticiper au plus tôt son après-carrière est ainsi nécessaire dans une perspective de performance à long terme.

Afin de combler le fossé entre les sportifs et l’entreprise, emlyon business school a mis en place quatre parcours de formation diplômante à destination des sportifs de haut niveau, du post-bac jusqu’à la reconversion, combinant distanciel et blended learning, et permettant d’offrir à tous un accompagnement personnalisé et adapté quel que soit le profil, l’âge ou le sport pratiqué.

C’est dans cette optique que les programmes SHN d’emlyon business school ont été imaginés avec Sport Inside, le dispositif d’accompagnement des sportifs en formation par les entreprises. L’école a ainsi créé des liens très étroits avec les entreprises afin de répondre à leurs besoins de recrutement spécifiques et permettre aux sportifs participants d’être rapidement confrontés aux exigences du monde du travail, tout en mettant en application leurs nouvelles connaissances business.

Pour Véronique Barré, « ce dispositif permet aux sportifs de prendre conscience de leurs compétences afin de les recontextualiser dans le monde de l’entreprise ».

Un parcours à la fois adaptable…

La nécessité de faire du « sur-mesure » est donc, pour des personnes ayant des obligations sportives régulières car encore en carrière pour la majorité d’entre eux, une nécessité. « On peut suivre les cours à distance au rythme que l’on veut, et qui amènent à de très beaux niveaux d’étude et de compétences » souligne Sébastien Chabal, ancien joueur de rugby à XV international français. Donner la possibilité d’aménager le cursus en fonction du calendrier sportif est un axe majeur du programme d’accompagnement des Sportifs de Haut Niveau. La possibilité de pouvoir concilier cette double vie, à la fois sportive et académique, a permis à une quarantaine de sportifs de rejoindre les différents programmes proposés par emlyon business school : « De jeunes espoirs comme Iliana Rupert ou Julian Heaven ainsi que de grands champions en reconversion comme Sébastien Chabal, Frédéric Michalak ou Yoann Bagot, ou encore en carrière comme Loann Goujon, Paoline Salagnac ou Charles Kahudi », indique Mickael Romezy.

…et préparant à tous les métiers de l’entreprise

Les sportifs doivent faire aujourd’hui face à un constat. Contrairement au rugby par exemple, où la fédération propose des dispositifs leur permettant de définir un projet, de suivre des formations et de favoriser un accès à l’emploi, les sports dont les retombées financières sont moins importantes ont souvent peu misé sur l’accompagnement de l’après-carrière.

L’enjeu de la formation pour ces athlètes est donc d’autant plus crucial car ce manque de formation (et par conséquent, de diplôme), ne reflète pas leur potentiel réel. Pouvoir choisir un programme qui correspond à ses envies, personnalisable, adapté et académiquement de haut niveau est un des éléments essentiels du processus de réussite du sport de haut niveau. Paoline Salagnac, basketteuse à l’ASVEL, indique ainsi avoir intégré le PGM online afin « d’acquérir un maximum de connaissances » qui lui permettraient d’ouvrir « le champ des possibles pour la suite. »

Si « seul on va plus vite, ensemble on va plus loin », alors les Programmes SHN d’emlyon business school font leur cet adage et représentent le chainon manquant permettant de valoriser académiquement des compétences transversales ancrées dans le sport de haut niveau, de les contextualiser au sein des entreprises partenaires de Sport Inside, de former les sportifs sur des programmes de formation diplômante business exigeants, visés bac +4 ou bac +5 par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et du Travail.

La collaboration étroite de toutes les parties prenantes de ces programmes, sportifs, école, entreprises et de l’ensemble des partenaires de l’écosystème, va dans ce sens.

* Ce rapport a été la première réponse apportée à la spécificité du sport professionnel afin d’inciter à mettre en place des dispositifs de formation pour favoriser la transition professionnelle des sportifs.

Plus d’informations :

Découvrez le Sport Institute emlyon business school >

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Paoline Salagnac

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Sébastien Chabal

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