Digital natives, mais aussi digital naïfs ?

Que viennent faire les étudiants sur le campus d’une école ou d’une université ? A l’heure où les étudiants ont accès à la connaissance de manière instantanée sur leur smartphone, cette problématique devient centrale pour les écoles et les universités.
C’est en tout cas l’une des questions abordées lors du colloque consacré à l’impact du digital sur la formation des entrepreneurs, qui s’est tenu le mercredi 14 novembre 2018 sur le campus d’emlyon business school à Ecully.

“Nous sommes en train de passer d’une logique de stock à une logique de flux” introduit en début de journée Alain Fayolle, professeur et directeur du centre de recherche en entrepreneuriat à emlyon business school. “La connaissance se balade, elle est gratuite, immédiatement accessible et disponible”, poursuit-il.
Mais quels sont les enjeux et les conséquences de cette révolution dans la formation des entrepreneurs ?

Après le diplôme, le nouveau mètre étalon est la compétence

Pour Alain Fayolle, la valeur du diplôme va se dégrader, puisqu’il n’y a plus de frontières entre la formation initiale et la formation continue. Nous nous dirigeons donc vers un modèle basé sur les compétences, dans lequel les étudiants viennent piocher, parfois sur des ressources en lignes, parfois dans le cadre d’un parcours scolaire, à différents moments de leur vie professionnelle.

Venir sur un campus, c’est vivre une expérience et une émotion

“Le plus grand défi est l’épanouissement de la personne. Il y a une quête de sens très forte chez mes étudiants”, témoigne Saulo Barbosa. Puisque la connaissance est partout accessible, il faut rendre l’expérience en cours et sur le campus irremplaçable. Les étudiants viennent sur les campus pour vivre une expérience et des émotions, ce qui n’est souvent pas possible sur le digital.

Les étudiants ont besoin de feedback….

Autre point essentiel : le feedback des enseignants vers les étudiants. Alain Fayolle poursuit : “Il y a trop de QCM dans l’évaluation des cours en ligne. Nous travaillons beaucoup sur l’amélioration des commentaires des enseignants”. 
Cela pose aussi des questions de rémunération et de charge de travail des enseignants. Une solution serait d’arrêter l’évaluation individuelle cours par cours, et d’aller vers une évaluation par groupe et par projet.

…et d’interactions sociales

Un point partagé par tous les intervenants de cette journée : le besoin d’accompagnement des projets d’entrepreneuriat se joue au niveau relationnel. Les étudiants et entrepreneurs ont besoin de contact, d’interactions humaines, que ne peuvent pas gérer les outils numériques. 
Et les étudiants et jeunes entrepreneurs sont moins à l’aise sur le digital que l’on pourrait le croire.

digital natives mais aussi digital naïfs

S’ils maîtrisent assez bien les outils, ils ont plus de mal à effectuer certaines tâches ou adopter certains modes d’actions ou de pensées : “Il y a une précarité numérique notamment dans les quartiers prioritaires : les plus jeunes sont digital natives mais aussi digital naïfs : ils sont à l’aise sur instagram, sur mobile, mais lorsqu’on les met devant un formulaire en ligne administratif, ils ne sont souvent pas du tout à l’aise” observe un intervenant.

Une multiplication des dispositifs d’accompagnement

Par ailleurs, les dispositifs d’accompagnement des projets entrepreneuriaux se multiplient, opérés par des acteurs institutionnels (CCI) et de nouveaux acteurs : banques (Village By CA, Orange Fab), accélérateurs (The Family), tiers-lieux (fablab, living lab, co-working), projet Pépite, qui a permis la création du statut d’entrepreneur étudiant. Au point que Yann Papastratis, responsable de service création-transmission d’entreprise à la Chambre régionale de métiers et de l’artisanat parle d’ubérisation de l’accompagnement entrepreneurial.

Le colloque “Impacts des nouvelles technologies digitales sur l’éducation entrepreneuriale et l’accompagnement des étudiants-entrepreneur” et la master Class avec Nicolas Duvernoy se sont déroulés les 13 et 14 novembre 2018 sur le campus d’emlyon business school, dans le cadre des Entretiens Jacques Cartier 2018.