L’enseignement supérieur et les ed tech : hybridations à haut potentiel

Mooc, Machine learning au service de l’apprentissage ou encore plateforme pédagogique collaborative… Les solutions d’innovations numériques pour le secteur de l’éducation se développent à une vitesse accélérée, a fortiori en Chine et aux Etats-Unis. Mais si la filière française a longtemps été poussive, représentant 1,3% des investissements mondiaux dans l’ed tech (42 millions contre 7,7 milliards d’euros en 2017) elle commence à se structurer, sous les impulsions conjointes du gouvernement, de BpiFrance ou de grandes écoles. Alors qu’emlyon business school vient de lancer son accélérateur Ed Job Tech, la question se pose : quelles start-ups françaises peuvent créer des hybridations à haut potentiel pour l’éducation supérieure, dans un marché destiné à croître de 20% pour atteindre les 120 milliards de dollars de chiffres d’affaires d’ici 2023.

Apprentissage gamifié, intelligence artificielle ou concours dématérialisé : les edtech françaises ont des arguments !

Selon l’Observatoire Français de la Ed Tech, première association professionnelle de la filière, on compte entre 300 et 350 start-ups françaises spécialisées dans l’innovation pédagogique, tout secteur confondu : enseignement scolaire et supérieur, mais aussi formation professionnelle. Comme le souligne Michel Coster, directeur de l’accélérateur EdJobTech d’emlyon business school, « les startups participent à cette révolution en abordant le problème sous un angle nouveau et en apportant des solutions que les grandes entreprises et acteurs traditionnels n’investissent pas .»

La plus connue des edtech française est aussi l’une des pionnières : Open Classrooms, plateforme de diffusion de mooc en ligne, revendique 3 millions d’utilisateurs mensuels et vient surtout de lever 60 millions de dollars pour accélérer son développement, notamment aux Etats-Unis. Derrière elle, on retrouve des acteurs aussi différents que Domoscio, qui tente de mettre l’intelligence artificielle et l’exploitation des données au service de programme de formation sur mesure ou 360Learning, plateforme facilitant la formation professionnelle, qui tente d’aller chercher la place de leader européen sur ce secteur. D’autres start-ups matures ont investi les outils de collaboration professeurs-étudiants, la digitalisation de la relation étudiant-établissement supérieur (AppScho) ou des concours d’admission (Mereos), la gamification de la formation professionnelle (Sparted) ou encore la révision des examens en ligne (Digischool). Les idées fourmillent dans tous les domaines pour anticiper les futures révolutions pédagogiques. Encore faut-il pouvoir structurer la filière et faire émerger des acteurs suffisamment importants sur le plan international, ou du moins européen.

Fonds d’investissements, accélérateurs et incubateurs : vers une nécessaire structuration de l’innovation pédagogique en France

Les start-ups éducatives françaises sont en effet encore loin d’attendre le niveau atteint par les acteurs américains et chinois — en 2017, 10 edtech chinoises et américains ont réalisé des levées de fonds supérieures à 100 millions de dollars. A comparer aux 42 millions d’euros investis pour toute la filière française, recensés par le cabinet Metaari.

Devant ce constant, l’environnement économique et politique semble pourtant avoir enfin pris la mesure de l’urgence à structurer la filière. Côté public, le gouvernement prépare un cadre pour faciliter la contractualisation des edtech avec chaque établissement, tandis que certaines collectivités ont mis en place des programmes de subvention : Test We, plateforme de numérisation des examens, a pu se lancer grâce à la région Ile de France.

Des initiatives privées ont également émergé dans les derniers mois : la création de l’Observatoire français des edtech, avec le soutien de la Caisse des Dépôts mutualise les enjeux, tandis que le premier fonds d’investissement français (et européen) spécialisé, EduCapital, a été inauguré fin 2017 avec le soutien de Bpi France avec l’ambition de faire émerger des « champions français ».

Les grandes écoles et établissements d’enseignement supérieurs, clients et partenaires naturels des ed techs, lancent également leurs propres initiatives. L’emlyon a ainsi créé, pour la rentrée 2018, le premier accélérateur Ed Job Tech pour soutenir le développement d’une dizaine de start-ups innovantes. Pour Thierry Picq, directeur de l’innovation à emlyon business school, « ce projet apporte un accompagnement personnalisé et sur-mesure à chaque start-up. Mais surtout, il joue le rôle de connecteur de communautés, en mettant à la disposition de chaque entreprise des ressources expertes dans tous les domaine, entre mentors reconnus et grandes sociétés engagées dans le projet, d’IBM à Orange.»

3/ Intégrer les innovations dans les parcours pédagogiques

Si les bonnes idées germent sur le marché, tout l’enjeu reste désormais de les mettre à disposition des utilisateurs finaux : les étudiants et les apprenants professionnels. Ecoles et établissements ont des opportunités immenses pour « modifier leurs process et offres pédagogiques » selon les mots de Thierry Picq. Bref, repenser les sciences de l’apprendre. Et pour cela, une veille est nécessaire pour repérer systématiquement les bonnes idées. A emlyon business school, cette étape de repérage est suivie par une période d’expérimentation, « pour tester concrètement des opportunités et un éventuel usage interne », selon les mots de Thierry Picq.

Plusieurs startups interviennent déjà à différents stades de la chaine de valeur éducative. La plateforme de partage et stockage de contenu beQbe (dans des cubes) offre une interface très intuitive, utile pour partager le savoir. . Pour développer la digitalisation de la salle de clase, Glowbl offre une solution de visioconférence qui facilite les échanges en groupe et à distance, tandis que We Are Peers, imaginée par une étudiante de l’école, déploie sa méthodologie d’apprentissage par les pairs. emlyon business school travaille donc sur une dizaine de projets stratégiques en étroite collaboration avec les startups de la verticale. Michel Coster mentionne encore d’autres startups « pluggées sur les chaines d’innovation pédagogiques pour travailler et converser avec les parties-prenantes de l’école : étudiants, staff, professeurs… » : Humanroads révolutionne l’orientation et répond à la question « comment on en arrive là ? » en cartographiant des milliers de parcours professionnels quand Volto réenchante l’apprentissage de l’anglais en proposant un contenu gamifié et générationnel adapté à chaque cible.

Autant de bonnes idées à mettre en place progressivement dans les cursus, à condition de développer une culture du changement solide dans les établissements. Pas forcément évidente, car tous n’ont pas la même facilité à harmoniser cultures académiques et entrepreneuriales.