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Les politiques des banques centrales portent le risque d’épuisement de la croissance et de creusement des inégalités

Écrit par Jean-Pascal Brivady, professeur et directeur Master in finance, et Abdel Mokhtari, économiste et chargé de cours à emlyon

Les programmes d’assouplissement quantitatif (quantitative easing) ont davantage bénéficié aux détenteurs d’actifs qu’à l’économie réelle ces dernières années. // Photo by Christine Roy on Unsplash.

Scénario à la japonaise

  • hausse du prix des matières premières, en l’espèce, pour des raisons autres que le simple rapport offre/demande ;
  • déséquilibre entre l’offre et la demande au profit de la première, handicapée par la fragmentation des chaînes d’approvisionnement, les tensions commerciales et géopolitiques accentuées par la crise sanitaire, et une restructuration probable, par voie de concentration, de certains secteurs d’activités.
  • un chômage massif qui prévient d’une inflation par les coûts de production, dont on peut imaginer qu’il soit durable, y compris dans des économies traditionnellement dynamiques (par exemple en Allemagne) tant la crise sanitaire soulève des inquiétudes quant à la reprise de la croissance du commerce international ;
  • un niveau durablement bas des prix de l’énergie — hors taxation écologique.

La théorie prise en défaut

  • la quantité de monnaie en circulation influence les prix, plus que les volumes ;
  • la valeur d’une monnaie repose sur la confiance qu’ont les agents économiques dans sa valeur et son sous-jacent, l’économie qu’elle représente.
  • d’abord des outils imparfaits de mesure de l’inflation, soit pour des raisons de conception soit pour des causes de politique de communication, qui ont sans doute pour conséquence de sous-estimer l’inflation effective ;
  • ensuite, la structuration du marché des changes autour de quatre grandes zones monétaires qui réduisent les possibilités d’arbitrage entre ces devises et donc leur volatilité ;
  • enfin, un rythme de croissance qui tend à se réduire progressivement dans les économies développées.
  • la hausse des actifs des banques centrales se matérialise principalement au niveau des dettes d’état considérées pour les principales banques (Fed, BCE) comme peu risquées, relativement liquides, et qui sont largement financées par l’émission monétaire ;
  • à notre connaissance, aucune étude économique n’est parvenue à mettre clairement en évidence la taille optimale du bilan d’une banque centrale, pas plus qu’une relation entre risque pays et risque sur la banque concernée.

Un risque de creusement des inégalités

  • une baisse du rythme de croissance qui hypothèque sur le long terme la capacité des États à rembourser leur dette ;
  • un risque d’accroissement des inégalités au profit des détenteurs d’actifs générateurs de rendement, au détriment des acteurs qui ne disposent pas d’une capacité financière suffisante pour investir (par exemple les salariés) ;
  • la question de l’épargne et de l’efficience du secteur financier. Dès lors que les taux restent structurellement bas. Quelles performances attendre du secteur bancaire qui, en Europe, assure majoritairement le financement des agents économiques et comment imaginer les perspectives des régimes de retraite et d’assurance faute de placement sans risque susceptible d’assurer des rendements suffisants à long terme ? Si ce n’est de réorienter massivement les investissements des assureurs et autres institutions financières non bancaires vers d’autres classes d’actifs (actions, immobilier) et favoriser ainsi l’émergence de bulles ?
  • à l’échelle internationale, des effets collatéraux dévastateurs sur les économies émergentes peu diversifiées, fortement dépendantes du commerce international et hors des grands blocs monétaires protecteurs.
  • la faculté à engendrer une réponse rapide et coordonnée des principales économies et banques centrales, afin de contrer le risque d’effondrement de l’activité économique ;
  • un recours systématique à la dette « quel qu’en soit le prix », d’autant mieux maîtrisé qu’il est endossé par les banques centrales de manière coordonnée.

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