L’impact investing : un domaine d’avenir pour la finance de demain

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9 min readOct 13, 2021

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Qu’est-ce que l’impact investing ?

La définition de référence de l’impact investing est celle du Global Impact Investing Network, dit GIIN, le plus grand réseau d’acteurs de l’impact investing dans le monde :

« Les investissements à impact sont des investissements réalisés dans l’intention de générer un impact social et/ou environnemental positif et mesurable, parallèlement à un rendement financier ».

En France, le rapport « Définition de la Finance à Impact » de Finance for Tomorrow, initiative des acteurs privés, publics et institutionnels de la Place de Paris, met de son côté l’accent sur trois piliers :

- « L’intentionnalité : elle correspond aussi bien à la volonté de l’acteur financier de contribuer à générer un bénéfice social et/ou environnemental qu’à l’entreprise financée qui a fixé au cœur de son modèle d’activité l’atteinte d’un ou plusieurs objectifs de développement durable.

- L’additionnalité : la contribution particulière des acteurs financiers permettant aux bénéficiaires des investissements/financements d’accroître eux-mêmes l’impact généré par leurs activités.

- La mesure de l’impact : l’évaluation des effets environnementaux et sociaux dans l’économie réelle sur la base des objectifs annoncés dans le cadre de l’intentionnalité. »

Cependant, ces définitions ne font pas encore l’unanimité auprès des différents investisseurs. En effet, comme nous l’aborderons plus loin dans cet article, la définition de l’impact investing est source de nombreux débats, du fait de la diversité des approches qu’elle implique.

Il nous semble aussi important d’ajouter que chaque investissement à impact repose sur une théorie du changement, explicite ou implicite. La théorie du changement est un modèle qui spécifie la logique sous-jacente, les hypothèses, les liens de causalité et les résultats attendus d’un projet. L’investisseur lève des fonds sur la base des résultats attendus.
La figure ci-dessous est une représentation schématique d’une théorie du changement :

Rencontre avec Triodos Investment Management aux Pays-Bas (Amsterdam)

Quelles différences avec l’investissement responsable ?

L’investissement responsable se base sur des critères dits ESG qui mesurent les pratiques de l’entreprise à trois niveaux : Environnemental, Social et Gouvernance. Il consiste à construire des stratégies visant à sélectionner les entreprises ayant les meilleures pratiques ESG (stratégie de sélection comme l’Exclusion, l’approche Thématique, le Best-in-Class, le Best-in-Universe…) ou bien à investir dans des entreprises pour améliorer leurs pratiques ESG (intégration ESG). L’objectif de l’investissement responsable est donc de minimiser les externalités négatives d’une entreprise sur l’environnement et la société.

Exemple d’investissement dit responsable : Dans ce type d’investissement, nous pouvons retrouver des entreprises comme Total qui ont pourtant un impact très néfaste sur la planète. C’est le cas pour certaines stratégies Best-in-Class comme celle utilisée dans le fonds Euro Sustainable Equities d’ABN Amro, une des principales banques néerlandaises. Pour en savoir plus, nous vous invitons à lire l’article de Zonebourse intitulé Investissement Responsable : Pourquoi trouve-t-on du Total ou du Amazon dans les fonds ISR ?

Au contraire, l’investissement à impact est une approche d’investissement qui cherche à maximiser l’impact positif des entreprises qui intègrent dans leur business model un objectif d’impact sur l’environnement ou la société. C’est le passage du « do not harm » au « create positive impact ». Il consiste donc à investir dans des entreprises ayant un impact positif intégré au cœur de leur business model ou ayant la volonté de transformer leur business model pour avoir un impact.

Exemple d’investissement dit à impact : Investir&+, un des pionniers de l’impact investing en France, a investi dans Yuka dont l’activité permet d’améliorer l’alimentation de ses utilisateurs et de changer leurs habitudes de consommation. Yuka intègre donc un impact positif au cœur de son business model. L’application a par exemple permis à 94% de ses utilisateurs d’arrêter d’acheter certains produits considérés néfastes, comme en atteste son rapport de mesure d’impact.

Source : Phenix Capital

Pour aller plus loin, le schéma ci-dessus extrait du rapport 2021 de Phenix Capital présente différentes stratégies d’investissement et leur niveau d’impact sous forme de spectre. À chacune des stratégie présentées sont associées des informations concernant le niveau de retour et de risque accepté.

Rencontre avec la Fondation BMW en Allemagne (Berlin)

L’impact investing, comment ça fonctionne ?

Tout d’abord, l’impact investing met principalement en jeu 3 types d’acteurs :

- Les investisseurs : ceux-ci peuvent être des fondations, des family offices, des grandes fortunes mais aussi des investisseurs institutionnels comme des assurances, des banques ou des fonds de pension.

- Les sociétés de gestion : celles-ci gèrent un ou plusieurs fonds d’investissement. En France, les pionniers de l’investissement à impact sont notamment Citizen Capital, Phitrust, Alter Equity, Impact partners ou encore Investir&+.

- Les entreprises à impact : ce sont des entreprises qui ont un impact positif sur la société ou l’environnement intégré dans leur business model comme Yuka (amélioration de l’alimentation), Too good to go (réduction du gaspillage alimentaire), ou encore OpenClassroom (accès à l’éducation).

Pour simplifier, voici comment fonctionne le processus d’investissement :

  1. Les investisseurs placent leur argent dans les fonds d’investissements gérés par les sociétés de gestion.
  2. Les sociétés de gestion sélectionnent les entreprises à impact dans lesquelles leurs fonds vont prendre des parts.
  3. Les sociétés de gestion vont ensuite essayer de vendre leurs parts plusieurs années plus tard pour générer un retour sur investissement dont bénéficient les investisseurs.

L’objectif de l’impact investing est donc double : produire un impact social et/ou environnemental positif et réaliser des retours financiers plus ou moins importants en fonction de la stratégie adoptée et des objectifs des investisseurs ainsi que de l’équipe de gestion. On parle alors de double bottom line.

Rencontre avec Goldman Sachs aux Etats-Unis (New-York)

Quels sont les grands enjeux de l’impact investing aujourd’hui ?

Après avoir discuté avec une centaine d’acteurs de l’impact investing à travers le monde, nous avons pu noter que l’impact investing fait face à plusieurs grands challenges :

  1. La définition de l’impact investing
  2. La mesure de l’impact
  3. L’impact-washing

1/ La définition de l’investissement à impact

Si plusieurs définitions ont été formulées par différents acteurs comme le GIIN (à l’international), France Invest et le FIR, le CF2I ou encore Finance For Tomorrow (en France), il existe encore une réelle diversité des pratiques sur le terrain et un travail de définition toujours en cours.

Aujourd’hui, ces définitions ne font pas encore l’unanimité au sein de l’écosystème de l’impact investing, mais elles tentent d’aller vers une standardisation du domaine. Après plusieurs interviews réalisées en France et à l’étranger, on a pu observer une diversité des définitions adoptées et admises. Souvent, ces dernières s’adaptent à la classe d’actif et aux objectifs que poursuivent les investisseurs. Ainsi dans le private equity, on peut retrouver des fonds se définissant « impact first »* comme d’autres se définissant « finance first »**.

(*) impact first : une stratégie dite impact first, consiste à investir dans des entreprises en visant la maximisation de l’impact social ou environnemental de celles-ci, tout en acceptant que les retours sur investissement soient relativement inférieurs à ceux du marché.

(**) finance first : une stratégie dite finance first consiste à investir dans des business model qui cherchent à résoudre un problème social ou environnemental fondamental, tout en cherchant des retours sur investissement supérieurs à la moyenne du marché.

Rencontre avec Imprint aux Etats-Unis (San Francisco)

2/ La mesure de l’impact

La mesure est l’une des caractéristiques principales de l’investissement à impact. En effet, pour être considéré comme tel, l’impact positif se doit de pouvoir être mesuré.

Aujourd’hui des cadres de mesure tels que l’Impact Management Project ou encore Iris + du GIIN se sont érigés en standards internationaux et sont utilisés par de nombreux acteurs de l’investissement à impact du fait de leur capacité à s’adapter à plusieurs secteurs d’activités. Néanmoins, d’après nos observations en Europe et en Amérique du Nord, la plupart des acteurs les utilisent comme base, mais se servent ensuite de leur expérience pour développer des méthodologies de mesure qui leurs sont propres. De fait, la mesure de l’impact est loin d’être standardisée, ce qui peut poser des problèmes de transparence ainsi que de comparaison entre les différents acteurs.

La mesure de l’impact est souvent compliquée du fait de la subjectivité qu’elle implique. En effet, si elle peut en partie reposer sur des données tangibles, comme le montant de CO2 économisé, la mesure de l’impact social est beaucoup plus intangible et subjective. En effet, déterminer l’impact qu’un produit ou service a pu avoir sur la vie ou la trajectoire de vie d’une personne peut s’avérer très compliqué.

3/ L’impact washing

Aujourd’hui, l’impact washing est un des enjeux majeurs auquel fait face l’écosystème de l’impact investing car il remet en question sa crédibilité. En effet, au fur et à mesure que l’investissement à impact se généralise et attire de plus en plus de capital, certaines entreprises l’utilisent à des fins de promotion marketing. Le mot “impact” est aujourd’hui ce que l’on peut appeler un “buzzword”, autrement dit un mot “à la mode”. On peut donc se poser la question de la réalité de l’impact généré par certains acteurs qui utilisent ce mot davantage par opportunisme que par conviction.

Pour lutter contre l’impact washing, la transparence de la mesure d’impact semble être la solution la plus efficace. Dans ce sens, le GIIN lancera prochainement une base de données interactive pour les utilisateurs de l’outil de mesure IRIS +, afin que ces derniers puissent comparer leurs performances d’impact et échanger sur leurs pratiques.

Rencontre avec Trill Impact en Suede (Stockholm)

Finalement, pourquoi l’impact investing est-il un enjeu d’avenir ?

L’impact investing est un enjeu d’avenir principalement pour trois raisons :

  1. Il répond à une demande des investisseurs qui, tout en cherchant à donner plus de sens à leur investissement, ont aujourd’hui conscience de la rentabilité intéressante des investissements à impact.
  2. Il répond à une demande grandissante de la part des consommateurs qui se dirigent de plus en plus vers des modes de consommation et des entreprises responsables. Un phénomène encore plus important au niveau des jeunes générations.
  3. Il contribue à répondre aux grands problèmes environnementaux, sociaux et sociétaux de notre époque en donnant la possibilité à un tissu d’entreprises plus responsables de se développer.

L’investissement à impact connaît aujourd’hui une forte croissance. En 2020, le Annual Impact Investor Survey du Global Impact Investing Network (GIIN) a estimé la taille du marché de l’impact investing à 715 milliards de dollars et prévoit qu’il atteindra les 2000 milliards de dollars d’ici 2025.

Rencontre avec Norrsken en Suede (Stockholm)

C’est donc pour ces raisons que nous avons décidé de partir à la découverte des visions et des bonnes pratiques de l’impact investing dans 8 pays différents, en Europe et en Amérique du Nord. Vous pouvez retrouver ici les articles qui reviennent sur nos apprentissages lors des 3 premières étapes :

Pour la suite, vous pouvez suivre nos prochaines étapes sur Linkedin en suivant la page Road2Impact et nous suivre au jour le jour sur notre compte Instagram.

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4 mois à la découverte des différentes visions, pratiques et innovations de l’impact investing à l’international