La Gare qui ne veut pas mourir

L’édifice abandonné le plus achalandé d’Amérique du Nord

la Gare d’Autocars Voyageur

Qui connaît vraiment la Gare d’Autocars Voyageur et ce qu’elle représente pour Montréal ? À moins d’y avoir travaillé ou voyagé, ou mieux encore, à moins d’habiter le quartier, il est plutôt difficile de saisir l’importance pour la métropole d’une infrastructure abandonnée. Même fermée, la Gare Voyageur demeure importante, ne serait-ce que pour son rôle de maillon dans le réseau du Montréal souterrain. Mais, rassurez vous, elle possède bien plus que ça encore.

La Gare Voyageur (Gare d’Autocars de l’Est de la Provincial Transportation Co.) l’édifice original au style d’architecture streamline sans ses modifications et ses agrandissements de 1964 — photo d’archives de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec — Architecte : David Shennan

L’îlot Voyageur

Nous avons à maintes reprises exposé sur l’importance stratégique de l’îlot Voyageur. Aussi, nous avons démontré scientifiquement son potentiel économique de re-qualification. Nous avons aussi écrit sur son histoire il était une fois l’îlot Voyageur — mais aujourd’hui nous parlerons spécifiquement de l’édifice lui-même.

Une vieille carte d’époque montrant la rue Berri coupé par le centre correctionnel de Saint-Vincent de Pau sur lîlot 811 vers 1917 (l’îlot Voyageur à partir de 1966)

œuvre streamline

Récupérer cette œuvre streamline pour en faire un marché public au développement durable est non seulement une opportunité économique et culturelle exceptionnelle de re-qualification d’acquis civiques, mais aussi, une opportunité de préservation du patrimoine architectural et historique de Montréal.

Projet Marché Voyageur

Depuis le lancement du projet Marché Voyageur nous avons étudié cet édifice en y faisant plusieurs visites et en consultant des documents d’archives. Nous avons appris dans nos recherches d’étonnants faits sur cette structure érigée en 1954. D’abord, le style d’architecture streamline moderne fut très populaire pour les édifices publiques et pour les constructions d’infrastructures civiques en Amérique du Nord. Or, ce style a fait assez peu de petits ici à Montréal. On compte une poignée d’exemples remarquables: une caserne de pompier sur Saint-Antoine, un édifice commercial ou résidentiel ici et là, sur Ontario, sur Sherbrooke et l’Hôpital Général de Montréal.

une structure solide

De plus, nous avons appris que l’édifice de la vieille Gare Voyageur à été conçu pour recevoir trois autres étages au besoin, il est donc très solide. L’ Architecte au projet, Feras Al Assafin, nous a d’ailleurs confirmé les qualités que possède la Gare Voyageur. De plus, ses extensions vers le Nord et vers l’Est, servant d’abris sur les quais d’embarquement, bâtis en 1966 lors de l’agrandissement, sont eux aussi bien construits et en relativement bon état malgré l’abandon de l’ensemble en 2011. Toutefois, la structure des extensions n’est pas conçue pour recevoir plus d’étages, et notre projet prévoit un toit vert grade 3, le plus lourd; ce sera donc le plus grand défi d’ingénierie de ce projet.

Gare d’Autocars de l’Est (Gare Voyageur) autour de 1969

Re-qualification d’Acquis Civiques

Dans son ensemble, la structure de la vieille Gare Voyageur est donc un exemple remarquable d’édifice récupérable à Montréal. Nous voulons le re-qualifier pour des raisons autant socio-économiques que culturelles, alors qu’un projet du gouvernement du Québec entend le détruire pour ensuite ériger sur son terrain un complexe immobilier de tours à bureaux pour Revenu Québec. Nous n’entrerons pas dans les détails du conflit entre notre vison pour le re-développement de l’îlot Voyageur et celle de Québec, nous en avons suffisamment discuté, voyez ici dans nos publications précédentes. Néanmoins, il faut préciser le contexte pour mieux saisir l’opportunité de faire un bon re-développement, ou de commettre une nouvelle erreur sur l’îlot Voyageur.

Façade Berri de la Gare abandonnée Voyageur telle qu’elle est aujourd’hui

la Gare de l’Est

Cette Gare d’Autocars, qui était à l’origine la Gare de l’Est de la Provincial Transportation Co. — elle avait son équivalente dans l’Ouest du centre-ville, Boul. Dorchester — a été un des deux points d’entrée de la métropole jusqu’en 1966 alors qu’elle est devenu, à ce moment, le principal point d’entrée de la ville — sa sœur jumelle de Dorchester fut alors transformée en restaurant.

la Gare de l’Ouest (la soeur de la Gare de l’Est (gare Voyageur)) boul. Dorchester autour de 1960 (détruite)

Le Nouveau Centre-Ville

Le rapatriement de tout le trafic d’autocars vers la Gare de L’Est, qui porte à ce moment le nom de son nouveau propriétaire, la Voyageur Colonial Bus Lines, était inscrit dans un plan de réaménagement du centre-ville de Montréal. En effet, pour les grands travaux d’infrastructures des années 60, ceux qui allaient permettre de recevoir le monde lors de l’expo, Montréal devait récréer son centre-ville. Il a alors été décidé que les lignes du métro convergeraient directement sous la gare Voyageur au coin de Berri et de Montigny (de Maisonneuve). Bien entendu, ceci n’a pas changé depuis l’abandon de la Gare Voyageur car le métro y converge toujours, et la nouvelle gare n’est qu’à quelques mètres plus au nord sur le même îlot. Le centre-ville c’est encore les pourtours de la Place Émile-Gamelin et de l’îlot Voyageur; tous semblent oublier cette réalité du design urbain de Montréal, en commençant par la Ville même. Qui plus est, Québec aussi, on dirait, oubli cette dynamique puisque le projet du gouvernement Marois d’ériger un centre administratif doté de tours pour revenu Québec et d’une plaza de boutiques et de restaurants au rez-de-chaussé en faisant rase motte de l’îlot Voyageur Sud est toujours dans les cartons.

Le ‘Diner’ de style Streamline à son ouverture en 1954, considéré comme un chef-d’oeuvre d’aménagement d’intérieur et d’architecture (le restaurant original de la Gare Voyageur)

Des tours pour le quartier latin

Ce projet de 249 000 000$ d’argent public ne tient pas compte des besoins du quartier et de la fonction civique de l’îlot Voyageur. Pour nous, il s’agirait essentiellement d’une deuxième Place Dupuis car le modèle économique de ce projet insensé est identique. Qu’arrivera t-il alors de la Place Dupuis, deviendra t-elle à son tour un complexe abandonné ? Le plus étonnant dans tout ça c’est que la Gare Voyageur est récupérable et solide et qu’il s’agit du lot urbain disponible le plus stratégique de toute la ville. De plus, son aménagement est parfaitement conçu pour y accueillir un marché et une place publique. C’est ce que bien des résidents du quartier croient d’ailleurs, sondages à l’appui. — Ok, je dois avouer que je m’écarte un peu du sujet, vous aurez remarqué que ma passion pour les enjeux économiques et de qualité de vie du quartier ressort fortement et que j’ai de la difficulté à en faire abstraction dans ce texte; je vous en demande pardon.

La Pièce d’Architecture de David Shennan

Mais essentiellement, cet édifice remarquable est le point central du projet; l’ensemble de l’infrastructure quand à lui répond en tout point à un design idéal pour y accueillir un marché public central tel que l’on retrouve dans les grandes capitales d’Europe et des États-Unis. De plus, son édifice principal au style streamline moderne pourrait être restauré au goût de son époque et servir d’exemple de modernism des années 60, en plus d’évoquer l’expo, le métro et toute l’histoire moderne de cet îlot urbain chargé de signification; car ne l’oublions pas, notre projet se veut aussi une entreprise touristique de promotion de Montréal, et bien entendu, de promotion des produits maraîchers québécois. Il faut comprendre la fonction urbaine de l’îlot aussi; il demeurera toujours le carrefour giratoire de la métropole de par la configuration du réseau du métro, impossible de changer ça. Mais plus important encore c’est de comprendre ce que les citoyens veulent voir être fait dans leur quartier. Et ce n,est pas un complexe de fonctionnaires qui ferme à 17h et les week-ends pour laisser les Montréalais avec les problèmes du secteur Émilie-Gamelin que nous connaissons tous trop bien.

Les résultats en pourcentage des sondages en langue Anglophone

Les Sondages

Rien de mieux que des sondages pour en savoir plus sur ça. Ils existent et c’est nous qui les avons menés; ils sont toujours en ligne, allez vous prononcer ici. Ces sondages racontent une histoire que nos deux paliers de gouvernement se doivent de considérer: personne ne veut d’un centre administratif du gouvernement en plein milieu du quartier latin alors que les besoins du quartier sont d’avoir des emplois pour les jeunes et une offre culturelle et alimentaire diversifiée. Le Quartier Latin souffre d’une dynamique d’offre commerciale unidimensionnelle. Ce qui nous étonne encore plus de la sourde oreille de nos politiciens c’est que ce square voit passer chaque jours plus de 100 000 personnes sous terre et sur la rue. D’ailleurs il y’a plus de 2500 personnes par jours qui traversent la gare abandonnée Voyageur puisqu-elle sert toujours de maillon important au Montréal souterrain. Mais ultimement, et en réflexion urbaine et culturelle, nous posons une question simple et existentielle pour le quartier: où est la culture québécoise au centre-ville de Montréal ?! La Métropole québécoise n’a t-elle pas comme fonction, entre autre, de promouvoir le savoir faire local aux yeux du monde ?

La porte d’entrée de Montréal

Nul besoin de vous rappeler que ce square est la porte d’entrée de Montréal, y compris l’arrivée de la 747 de l’aéroport, pareil comme en 1967. Pour nous il ne fait aucun doute que ce dispendieux projet de Québec est une erreur urbaine annoncée; un gaspillage de ressources publiques. Pour renforcer notre modèle économique, nous vous rappelons qu’en 2016, le quartier verra son achalandage augmenter d’autant plus de part le développement du pôle Quartier Latin du Quartier des Spectacles et l’ouverture du nouveau CHUM. Ces deux nouveaux pôles d’activités généreront à eux seuls 25 000 déplacements supplémentaires chaque jours. Voulons nous vraiment transformer cet endroit en centre administratif gouvernemental ? Laissons les centre-villes politiques et administratifs à Québec et Ottawa d’accord ? La spécialité de Montréal c’est la culture et le centre-ville est son tableau. En réalité, notre réflexion est simple et logique, elle s’appuie sur l’identité de la métropole et sur la fonction urbaine de l’îlot Voyageur.

Chantier du Métro en 1963. À ce moment, la Ville et Québec avaient décidé que les îlots Voyageur et Gamelin seraient le nouveau Centre-Ville de Montréal

le talon d’Achille: la Place Émilie-Gamelin

L’élément social: tous connaissent le talon d’Achille que représente la Place Émilie-Gamelin pour la Ville et les résidents du Quartier Latin, du centre-sud et du Village; ne vous méprenez pas, nous sommes plus de 30 000; le projet du gouvernement n’offre aucune solution de développement durable pour le quartier, ces résidents et l’images de l’Est du Centre-Ville. N’oubliez pas que le Centre-Ville c’est aussi un quartier résidentiel en plus d’être notre quartier international. De tous les arguments favorables au développement d’une Place publique commerciale sur l’îlot Voyageur Sud, le plus important demeure celui de la vision urbaine des lieux et de sa fonction civique.

L’Entrée de la Ville

L’îlot Voyageur est l’entrée de Montréal depuis 1966, les Montréalais des quatre coins de la ville y convergent et les touristes y débarquent, et pourtant, il n’y a qu’un ‘no man’s land’. Un trou au coeur de la ville, une tumeur bénigne que l’on veut transformer en parc immobilier de fonctionnaires… Montréal est l’une des rares métropoles internationales à ne pas avoir son marché public au centre-ville. L’image que nous présentons de notre ville au monde entier est possiblement l’enjeu le plus important dans ce dossier. À vous de décider qu’est-ce que nous devons faire du centre de la métropole; un quartier administratif de tours à bureaux digne d’une capitale politique ou un lieu public avec une offre culturelle québécoise destinée aux résidents et aux touristes comme les grandes capitales savent le faire. Pour appuyer notre projet de re-qualification de l’îlot Voyageur en Marché Public au développement durable, rendez-vous sur notre page Facebook.

Aspect du Marché Voyageur tel que proposé : façade rue Berri avec son toit vert maraîcher / Concept : Eric Soucy — Rendu graphique : Eric Soucy, Fannie Blaney

D’autres articles documentés

Dans un autre article de blogue du Projet Marché Voyageur : Pourquoi la Rame-Cargo est-elle une bonne idée ? Nous avons envie de répondre à cette question par une question : Pourquoi la Rame-Cargo n’existe-t-elle pas déjà !?

Tous les articles publiés sur le blogue et dans les médias à propos de notre projet.

Cour Intérieure du Marché Voyageur tel que proposé — Concept : Eric Soucy / Rendu Graphique : Eric Soucy, Fannie Blaney

Texte : Eric Soucy

le Projet Citoyen Marché Voyageur.Cité Maraîchère

Images : Eric Soucy, Fannie Blaney, Google

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Vue vers le Sud-Ouest Berri et De Maisonneuve de la proposition pour le Marché Voyageur — design architectural et illustration Feras Al Assafin