Je suis CM et j’ai peur des dérives de Facebook.


Vous l ‘avez compris avec ce titre évocateur, je suis pris dans une tenaille comme dirait Pitivier. Un dilemme qui pointe le bout de son nez de temps en temps : pendant la création d’un post, quand je bouquine sur mon balcon, ou même pendant un match de mes Pistons adorés. Une curieuse saveur entre l’amer et le sucré…

CM (pour Community manager) depuis maintenant un an. J’ai bourlingué sur les internets auparavant. Génération Y oblige, je me suis formé seul pour comprendre la façon dont le web fonctionnait : un peu d’HTML par ci, du Wordpress par là, je me suis tout naturellement tourné vers les réseaux sociaux et ce métier tout nouveau, tout beau de community manager. Un blase américain pour dire « gestionnaire de communautés ». Vaste programme.

Au départ, pas de soucis. Je démarre mes expériences tambour battant avec la ferme attention d’apporter de l’humain à tout ce système. Je crois toujours en cela d’ailleurs, c’est un des principaux critères qui font que j’adore mon métier. Mais plus on avance, plus je vois l’ogre Facebook prendre une ampleur considérable sur les marchés : ads, contenus sponsorisés, marque média, et j’en passe… Tous les moyens sont bons pour montrer que « ma marque est la meilleure de toutes ».

Stratégie Social Média.

Pour avoir travaillé dans une agence Social Media, l’objectif était d’humaniser les échanges avec le client, en apportant une vraie valeur ajoutée : faire comprendre à l’annonceur que non ce n’est pas la plus grosse publicité qui va l’emporter, mais plutôt l’expérience utilisateur et l’humain sur le long terme. Que proposer à l’utilisateur (ou la communauté) pour qu’il comprenne que l’on ne s’adresse pas juste à une marque nébuleuse mais à ses valeurs, son idéologie, son « package » qui construit une communauté de gens ayant ce même centre d’intérêt.

Via cette expérience en agence, j’ai pu tester des choses, proposer des contenus, échanger avec des communautés tout aussi différentes les unes que les autres. Et c’est à ce moment précis que la question s’est posée : suis-je en train de vendre mon âme au diable en promettant du like, du commentaire, de l’amour à une marque au profit du Frankenstein de Mark ? Suis-je en train de nourrir le monstre qui se servira de mes données personnelles et professionnelles à des fins obscures (oui, c’est déjà le cas). Est-ce que je ne suis pas un simple pion qui croit naïvement à la vraie symbolique de renouer les liens entre les gens et les faire réagir sur les réseaux sociaux ?

Le jour où j’ai montré la première page facebook de la boite.

Là où j’ai l’impression de donner du sens à ce que je fais au quotidien, je me retrouve de temps en temps avec des questions de ce type dont je n’ai malheureusement pas encore la réponse. L’avenir le décidera pour moi peut-être, j’essaye néanmoins de véhiculer le plus possible l’image du CM à l’écoute de sa communauté, dans la légèreté, la personnalité et le principe d’échange horizontal : pas de B to C ou B to B, on est tous dans le même bateau.

L’idée simple de faire vivre une communauté sans lui mettre le couteau sous la gorge à chaque post pour consommer quelque chose est un véritable défi où quelques fois l’annonceur peut se complaire dans une situation où « je veux du like, je m’en moque du contenu ». Il réside un véritable danger pour l’annonceur de tomber dans l’appât du gain et tout faire pour la course à l’engagement sur des contenus « pute à clique » sans se soucier de ce qu’attend la communauté ciblée.

Que fais mon concurrent ?

Voilà où je peux trouver un élément de réponse, tout dépend du contenu. Établir une stratégie avec l’annonceur très bien, lui annoncer des chiffres OK, faire vivre une vraie expérience passe encore. Mais créer / apporter du contenu de qualité, différent, personnalisé avec une valeur pour l’utilisateur, voilà où je peux puiser pour avancer. Ne pas faire comme tout le monde, proposer des choses différenciantes, mais toujours engageantes sans avoir l’impression de «se vendre » au sens propre du terme. Échanger dans des discussions saines et naturelles avec la communauté reste un véritable point d’orgue à ne pas perdre de vue.

Je ne nourris donc pas le Kraken de junk food, je le nourris de bonnes choses, d’aliments sains et de petites douceurs de temps en temps. Il grossira peut-être un peu, mais il restera agréable à regarder, et ce, pour encore un petit peu de temps.