[INTERVIEW] Marie Crappe, CTO de StaffMe : “Devenir CTO, c’est passer de geek, à manager, à figure tech de l’entreprise”

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Apr 11 · 4 min read

Marie Crappe, CTO de StaffMe ©MATRICE

L a dénomination “Chief Technology Officer” (CTO) — en français, “Directeur Technique” — apparaît de plus en plus dans les discours, notamment dans le milieu startup. Pourtant son rôle reste difficile à définir. Quelle différence peut-on faire entre le développeur et le CTO ?

Cette fonction revêt des réalités très différentes en fonction des boîtes. Chez StaffMe, mon travail n’a plus rien à voir avec celui des développeurs ! Toute leur semaine est rythmée par la méthode agile, ils ont une to-do list très claire, ils prennent le haut de la pile et le plus urgent et ils font tout le travail de développement. C’est tout un processus ! De mon côté, je ne développe plus car j’ai une équipe de quinze personnes à superviser. Je me replonge dans le code uniquement pour des projets très particuliers de data, par exemple, où peu de gens maîtrisent la technologie. Mon attention est davantage mobilisée sur le recrutement, le management, la gestion de carrière, la communication avec le reste de l’équipe et les fondateurs… Mais ce n’est pas tout ! Etre CTO, c’est aussi devenir la figure tech de l’entreprise. Cela signifie la représenter auprès de clients importants qui ont besoin d’explications techniques, mais aussi mener des actions extérieures. J’ai participé par exemple à une conférence sur l’intelligence artificielle dans le recrutement, sujet auquel j’ai déjà consacré une tribune dans Les Echos. En fait, je fais un peu tout ce que les développeurs n’aiment pas trop faire ! (sourire)

En effet, tout cela n’a plus grand chose à voir avec du code !

Non, mais j’essaie de ne pas me couper pour autant de la réalité et du quotidien de mes équipes. Chaque semaine, je me replonge un peu dans leur travail de développeur, notamment dans les phases de test du code. C’est essentiel pour pouvoir communiquer avec le reste des collaborateurs et faciliter le travail de tous au quotidien.

Au vu de votre expérience chez StaffMe, quelles sont les trois qualités essentielles du CTO ?

. D’abord, l’organisation. Quand on gère des équipes qui ne sont pas acculturées aux process du management et quand on intègre une startup en pleine croissance comme StaffMe, c’est vital. Mon rôle évolue tous les mois, et je dois être capable non seulement de réorganiser mes équipes mais aussi mon propre emploi du temps.

. Ensuite, la curiosité : le CTO doit avoir une vision sur la technologie, sur le moyen et le long terme. Il faut être à l’écoute du marché, se renseigner, savoir quels sont les meilleurs outils, pour pouvoir ensuite orienter les équipes.

. Et enfin l’empathie. Cette qualité correspond à la posture du manager, mais prend tout son sens aujourd’hui pour le métier de CTO. Il faut pouvoir gérer une équipe de développeurs, avec des personnalités très variées, à des stades de vie différents. Or il s’agit de populations très demandées sur le marché et qui ont la réputation d’être volatiles…

Et en ce qui concerne la vision, voire la stratégie de l’entreprise : le CTO a-t-il un rôle à jouer, notamment dans l’éthique d’une boîte ?

Sans aucun doute ! C’était d’ailleurs en partie le sujet de ma tribune sur l’intelligence artificielle dans Les Echos. Mais que ce soit dans le domaine de l’IA ou de n’importe quelle autre technologie, le CTO a un rôle à jouer. C’est la personne qui a la casquette sécurité informatique et protection des données, donc il y a un enjeu d’éthique évident. Si une entreprise envisageait de vendre les données qu’elle a récoltées auprès de ses utilisateurs, elle serait obligée de passer par le CTO qui est garant de la bonne utilisation de la base de données. Rien que dans ce cas précis — et très hypothétique soyons claires — le CTO pourrait être le dernier rempart à des mauvaises pratiques de l’entreprise. Mais sans aller jusque-là, il doit aussi avoir un rôle proactif pour faire en sorte que les data scientists, les développeurs, et tous les collaborateurs de manière générale aient une conscience aiguisée des enjeux derrière les technologies. Sur l’automatisation par exemple, il faut qu’ils soient capables de prendre la mesure des effets induits par un tel bouleversement, et je pense que c’est l’un des rôles clés du CTO.

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