Lâcher Prise…. une affaire collective ?

Le lâcher prise est à la mode et chacun y va de son apprentissage personnel en la matière. Si cela s’applique à la Connaissance de Soi, grand mantra des temps modernes, cela concerne aussi les Entreprises dans leur ensemble. Le monde est devenu si complexe qu’il est impossible de “tout” contrôler. Alors même que la technologie n’avait encore pas chamboulé leur perception du monde ni leurs habitudes de vie, nos anciens le savaient déjà. Aujourd’hui nous le pensons faisable puisque d’un effleurement de pouce nous orchestrons notre petit univers. A l’heure où les entreprises ont besoin de maîtriser leur environnement pour y faire face de manière toujours plus agile et efficace, l’envie de tout contrôler peut facilement submerger nos dirigeants, au détriment d’une souplesse et d’une indispensable légèreté de l’être. Cette semaine j’ai donc étudié cette notion de Lâcher Prise, afin d’en déduire quelques éléments de management des organisations, et surtout des hommes et des femmes dont elles sont constituées.

Photo by Joanna Nix on Unsplash

Lâcher Prise, c’est accepter qu’il n’est pas possible de contrôler ce qui ne peut pas l’être, puis y renoncer.

La notion est à la mode mais elle reste complexe. À l’heure où la technologie nous dote de pouvoirs de possibles mutants, lâcher prise consiste à mettre au fond de sa poche, son mouchoir par-dessus, tout ce qui est lié à notre volonté de prévoir, à nos espérances de perfection, à nos désirs de puissance, nos projections et nos ruminations. En lâchant prise nous acceptons pleinement les événements auxquels nous sommes confrontés. Tout cela est bien beau, encore faut-il s’ouvrir à la vie et aux autres et pour cela se délester de ses certitudes, de ses convictions, de tout ce qui, souvent inconsciemment, nous encombre.

La communauté Merakin accompagne ses clients vers l’excellence de leur transformation, et pour ce faire nous sommes bien souvent amenés à coacher les chefs de projet ou à mentorer les dirigeants, afin notamment que par leur posture ils soutiennent la réussite du projet dont ils ont la charge. Lorsque nous abordons avec eux l’importance qu’il y a à lâcher prise, lorsque nous les aidons à tangibiliser l’équilibre “Détente mais Vigilance” que cela permet, nous en introduisons parfois les principes en utilisant l’une ou l’autre des trois analogies sportives suivantes :

  • La pratique du Golf nécessite au moment du swing un niveau de concentration extrême et tout à la fois une détente absolue de l’ensemble de son corps
  • Ceux qui pratiquent l’équitation connaissent ce qu’il faut de maîtrise de soi et de l’animal, puis de… lâcher prise quand il s’agit de tout à la fois lâcher la bride et garder le contrôle de sa monture
  • Enfin, les pilotes de courses automobiles sont, via le bas de leur dos et leur jambe gauche, solidement campés dans l’habitacle de leur véhicule ; ils font littéralement corps avec lui ; et dans le même temps leurs bras, leurs épaules ainsi que leur jambe droite sont d’une mobilité et d’une agilité extrême

Une fois cette analogie faite, nous prenons le temps d’évoquer le fait que “lâcher” prise ne consiste ni à “renoncer” ni à “laisser” .. aller, ou … faire, ou … tomber.

Beaucoup des personnes qui ont du mal avec le lâcher prise sont dans l’hyper contrôle. Elles perçoivent le lâcher prise comme une véritable faiblesse, d’autant plus si elles ont du mal à identifier leurs propres limites (de performances, de compétences, de posture, ….). Il s’agit de changer le regard que l’on porte sur cette notion, et de réaliser que lâcher prise permet bien souvent de se libérer de poids inutiles, pour s’ouvrir à de nouvelles manières de voir les choses, à de nouvelles sources d’apprentissage, à une ‘puissante vulnérabilité’.

Il est facile de repérer une personne qui a du mal avec le lâcher-prise : sa charge mentale est permanente et complexe ; son agenda est d’une rigidité sans nom ; elle est dans l’hyper-contrôle et recherche sans cesse la perfection ; l’attention qu’elle porte au regard de l’autre est à son maximum ; elle a une sainte horreur de l’imprévu.

Au sein de l’entreprise il y a deux grandes catégories de managers ayant du mal à lâcher-prise :

  • la première catégorie est celle des personnes dont l’incapacité à lâcher prise s’observe dans chaque situation de la vie, qu’elle soit personnelle ou professionnelle, physique, mentale ou psychique ; dans ou hors les murs de l’entreprise, ce comportement leur est donc “naturel”, “préférentiel” ;
  • la seconde catégorie est celles des personnes qui, au sein de l’entreprise qui les emploie, ont adopté un mode d’hyper contrôle comme défense protectrice d’un système non congruent, c’est-à-dire où les valeurs affichées ne sont pas en phase avec les comportements observés.

Un manager ayant “du mal à céder” peut être le signe que l’entreprise dans son ensemble ne sait pas lâcher-prise.

Ce que j’ai dit des symptômes d’une personne qui ne sait pas lâcher-prise s’applique tout aussi bien à l’individu qu’à l’entreprise dans son ensemble, et tout particulièrement à son organisation, à sa culture managériale :

  • constatez-vous autour de vous une augmentation du nombre de tableaux de bord ?
  • les patrons sont-ils pour la plupart dans le micro-management ? leur niveau d’exigence s’accroit-il de manière continue avec le temps ?
  • observez-vous une certaine “cécité collective”, une incapacité à repérer les signaux faibles, les opportunités, à s’y atteler intelligemment ?
  • y a-t-il dans les équipes une certaine difficulté à gérer les désaccords ?
  • constatez-vous un certain paradoxe de l’obsession du résultat à court terme dans le sens où malgré tout peu de vos collaborateurs savent “profiter du moment présent” ?
  • avez-vous parfois le sentiment que les émotions individuelles et collectives sont extrêmes, vous mettant au bord d’un certain débordement ?
  • les employés montrent-ils les signes d’un certain désengagement, d’une certaine déresponsabilisation ?

Si vous avez plus de 3 oui à ces questions, alors votre entreprise, très certainement, à perdu tout sens du lâcher prise.

Ne jamais vouloir lâcher prise c’est vouloir tout contrôler. Vouloir tout contrôler c’est refuser l’imprévu. Or de l’imprévu bien souvent naît l’innovation. Ne jamais lâcher prise c’est donc limiter les capacités d’innovation de l’entreprise.

Si vous faites le constat d’une certaine sclérose organisationnelle, laquelle serait liée à une incapacité collective à lâcher prise, sachez qu’il est possible d’agir afin de malgré tout libérer les énergies :

  • Tout commence au niveau de l’harmonie, de la confiance, de la transparence, qui règnent au sein de votre conseil d’administration et de votre comité de direction ; plus les efforts seront portés pour renforcer ce ciment intangible, plus l’entreprise sera tout à la fois solide et agile
  • Ensuite vient la nécessité pour les organisations et les équipes qui les constituent de souvent changer de regard, de point de vue, de trouver en des lieux inexplorés les solutions aux problèmes auxquels elles font face ; même s’il faut garder le cap, il est ici question d’apprendre à changer de stratégie quand celle-ci s’avère inefficace, et de se contraindre à régulièrement se benchmarker aux meilleurs dans sa pratique
  • L’amélioration du ratio “détente sur vigilance” s’applique aussi aux organisations : s’il s’agit de limiter les indicateurs imposés aux employés, il est également clé d’augmenter la sagacité collective (l’objectif étant d’assurer tout autant l’appropriation par les équipes de la vision sur laquelle repose l’entreprise, que leur compréhension de l’écosystème dans lequel elle évolue) ; par ailleurs, les pratiques collaboratives doivent s’appuyer sur des modes sains et structurés d’interaction, d’utilisation des emails et des réseaux sociaux
  • Si la notion de ‘lâcher prise collectif’ rime avec “empowerment” des équipes, il s’agit aussi, pour le management, d’être intransigeant avec les comportements qui sont en opposition avec les système de valeur de l’entreprise ; en l’occurrence, un engagement vers des programmes dits “éthiques” ne doit pas s’entendre uniquement parce que la loi l’impose….
  • La meilleure prescription pour apprendre à lâcher prise consiste à pratiquer l’humour ; osez le faire entrer dans vos murs, offrez cet part d’oxygène à vos équipes, elles n’en seront que grandies (voir par exemple les excellentes prestations de Michèle Côme, dont les actions s’inscrivent parfaitement dans celles que nous engageons au sein du réseau Merakin)
  • Et bien sûr il faut savoir envisager, au cas par cas, un accompagnement de type coaching de chacun de vos managers qui, parce qu’ils seraient “control freak”, pourraient endommager le moral de vos troupes

Certaines de ces notions se retrouvent dans l’esprit des manifestes agiles que “signent” de plus en plus d’entreprises. Je suis la première à l’apprécier. Par ailleurs certains dirigeants ont tellement lâché prise qu’ils ont décidé de …. libérer leur entreprise. Cela par contre consiste à faire un pas encore différent, dont je parlerai d’ailleurs certainement un jour ou l’autre en ces lieux. En attendant, passez une bonne semaine, et n’oubliez pas de rester fantastiques. On se retrouve vendredi prochain.


Il n’est de vie sans métamorphose. Tout est transformation. Les entreprises en ont conscience et même si le mot « transformation » est à la mode nous savons tous que ce qui ne change pas est voué à disparaître. Chaque entreprise y va de sa stratégie de transformation mais beaucoup de ces stratégies pêchent, par défaut d’exécution. Avec Merakin, vous avez la solution pour réussir ; nous vous guidons vers l’Excellence de vos Projets de Transformation.


J’ai écrit cet article en écoutant Thunderbird. N’hésitez pas à réagir, j’adore refaire le monde avec des gens passionnés !