Cleveland, archétype de la Rust Belt

Cleveland est une ville moyenne pour les Etats-Unis. Métropole de 2 millions d’habitants, Cleveland en elle-même n’en compte à peine que 400 000 à cause d’une superficie anormalement faible pour une ville centre américaine.

Sa création remonte aux premières années du 19ème siècle, lors de la création de l’état de l’Ohio par la compagnie du Connecticut. Elle tient son nom du Général Cleaveland menant l’expédition de cartographie de la région.

Comme pour Détroit, l’expansion du réseau de canaux au milieu du 19ème siècle ont aidé au développement de la ville, en l’occurence la liaison entre le lac Erié au nord (l’un des Grands Lacs) à la rivière Ohio, affluent du Mississippi. Comme Chicago, la ville s’est donc vue connectée d’une part vers l’Atlantique et d’autre part vers le Golfe du Mexique. Le même schéma de développement s’appliqua, les voies ferrées prenant le relais des canaux en deuxième moitié du 19ème siècle.

La ville développa quelques spécialités industrielles. Raffinage de pétrole de Pennsylvanie ou d’Ohio (encore aujourd’hui, l’Ohio est un producteur important de pétrole. A suivre) ou aciéries de fer venant du Minnesota. La ville est par exemple le berceau du self-made man Américain le plus connu, Rockefeller, en 1870.

Lakeview Cemetery

Lakeview cemetery témoigne de Cleveland comme l’un des points d’attractions des centaines de milliers d’immigrés européens affluant dès le début du 19ème siècle pour travailler dans l’industrie américaine naissante.

La variété des origines des noms de famille témoigne de l’attraction des Etats-Unis auprès de populations venant des quatre coins de l’Europe.

Pendant la guerre de Sécession, Cleveland développa son industrie de l’armement. Dans les années 1860, la ville affichait clairement sa nouvelle richesse. Sur Euclid Avenue, la principale artère, les maisons bourgeoises et manoirs poussaient comme des champignons. Probablement son âge d’or.

Mais l’application d’une nouvelle taxe fédérale sur les revenus des particuliers au début du 20ème siècle, gravée dans le 16ème amendement à la Constitution, contribua à la ruine de cette nouvelle bourgeoisie Clevelandaise.

En 1920, Cleveland était la 5ème ville des Etats-Unis. La métropole commença son déclin après une dernière période faste dans les années 20. Ici comme ailleurs, la Prohibition ne fut pas bien acceptée et développa des réseaux de contre-bandes.

Cleveland possède beaucoup de similitudes avec Chicago et Détroit dans sa chronologie historique. Archétype de la ville de la Manufacturing Belt, son pic de population fut atteint dans les années 50 avant l‘exode massif des classes moyennes et aisées vers la banlieue. Sa population fut divisée par trois jusqu’à aujourd’hui.

N’échappant pas à la règle, la ville a également connu son pic d’émeutes raciales dans les années 60 (1966). Des étincelles différentes, mais un même fond commun à ces villes de la désormais Rust Belt : désespoir économique, tensions raciales qui se renforcent en conséquence. C’est ce même schéma de la fuite de habiter au coeur de la métropole. L’absence d’emplois, de perspectives et la colère éclate à la moindre occasion. S’en suit l’élection d’un maire noir qui fait son possible pour mettre fin à l’engrenage du déclin. Je n’aime pas m’attarder sur ces histoires ethniques car à mon sens elles entretiennent le racisme rien qu’au fait de les évoquer. Mais malheureusement, j’estime qu’on ne peut pas comprendre les Etats-Unis sans s’intéresser à cette problématique. Rien ne sert de nier la réalité et le passé qui nous a mené là où on est si l’on souhaite bâtir un avenir meilleur.

Dans les années 80, le centre est rénové et la ville retrouve un certain dynamisme. Mais comme Détroit, elle rechute dans les années 2000.

C’est intéressant de constater les mêmes schémas se reproduire d’une ville à l’autre au cours de leur courte histoire. C’est ainsi qu’on constate une certaine homogénéité de la Manufacturing Belt et la pertinence d’un tel regroupement. Ces villes ont effet des destins liés et ont toutes contribué énormément au décollage des Etats-Unis comme hyperpuissance mondiale au 20ème siècle. Avant que la Californie et d’une manière générale la Sun Belt, ne prenne le relais à partir des années 60.

Aujourd’hui, Cleveland a muté, en partie. Elle s’est bâtie une réputation dans le secteur de la santé, avec des hôpitaux et des centres de recherche renommés. Elle possède également un reliquat d’industrie qui fonctionne et un centre de recherche de la NASA.

Côté culture, les Clevelandais sont dotés du Cleveland Orchestra et son pendant universitaire le Cleveland Institute of Music, de grande nommée dans tout le pays.

Gravé sur la façade de l’auditorium public (1922), trois mots qui font référence à la devise de la ville “Progress and Prosperity”. Cleveland a eu sa période progressiste dans les années 20.

Cleveland semble avoir pris le virage du 21ème siècle. Elle s’est dotée d’une rue piétonne très prisée par les fêtards les soirs de week-ends, les places sont largement piétionisées, le quartier central des bureaux reste animé le week-end, notamment grâce à ses nombreux stades.

Le West Side Market et ses étals de nourriture variée, viandes, pains, fruits, légumes, produits artisanaux, parfois bio, attirent du monde le dimanche.

West Side Market

Un système de location de vélo au périmètre très limité et au système sommaire a le mérite d’exister. Les anciens bâtiments comme le Tower City Center, abritant casino, station de transport en commun ferré, hôtels et bureaux, ont été bien entretenus et inclus dans cette vitalité centrale. Reliant le cercle universitaire à l’est de la ville au downtown en passant par les nombreux équipements de santé, la Healthline, bus en site propre avec stations type tramway européen et priorité aux carrefours est redoutable d’efficacité. Une vraie ligne à l’européenne.

The Fountain of Eternal Life, une sculpture moderne de 1964 en hommage aux soldats tués lors des guerres américaines depuis la guerre Etats-Unis/Espagne au 19ème siècle.

Cleveland est donc une ville un peu hybride entre Détroit et Chicago en ce qu’elle n’est pas tombée aussi bas que la première mais n’est pas devenue métropole mondiale florissante comme la deuxième. C’est une ville qui vaut le détour en ce qu’elle témoigne bien de cette Amérique industrielle du 19ème siècle logée sur les bords des Grands Lacs et qui fut un temps fleuron de la puissance américaine naissante.

Plaque en hommage aux vestiges mortuaires des premiers colons dans un ancien cimetière au coeur du Downtown
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