Small talk / Big Talk

J’ai toujours été fascinée par le “small-talk”, cette sorte de lieu loquace où chacun apporte verbalement sa pierre à l’édifice de la courtoisie. Je suis de ces personnes qui souvent prennent du recul involontairement au cours d’une conversation, flottent au-dessus d’eux-même et, se voyant parler, se demande: “qu’est-ce que je raconte là?” C’est particulièrement le cas lors de ces sessions de “small-talk”, ce qui m’a permis de petites analyses de ce phénomène.

L’expression “small-talk” (petit parler) ne semble pour moi pas avoir d’équivalent consistent en français. Il s’agit de parler, oui, mais de parler petit, de choses ordinaires, visibles et expérimentées par tous. Souvent, le point de départ d’une conversation avec un inconnu, ce “small-talk”, permet simplement de ne pas prendre de position, quelle qu’elle soit, afin d’être courtois: parler de la pluie, de la couleur du ciel, de la température permet de s’incliner en admettant dans un premier temps que l’on “n’en sait pas plus que l’autre”. Ainsi, les deux protagonistes de cette danse verbale se situent en égal par rapport à l’autre. Oui, car le monde peut voir qu’il fait beau, je peux te dire s’il fait froid, tu peux me le confirmer. Nous puisons dans nos sens communs pour trouver un terrain que nous avons sûrement expérimenté l’un comme l’autre.

Pour pimenter ce “small-talk”, nous pouvons affirmer que “quelqu’un” ou “on” a dit qu’il allait faire meilleur à partir de la semaine prochaine.Pas de précision à propos dudit messager météo, notre interlocuteur pourrait ne pas le connaître et se sentir exclu, voire obligé de demander plus d’informations. Ce n’est pas le but du “small-talk”. Ce n’est pas l’information qui compte au cours de cette valse communicationnelle, c’est l’intention de ne pas se mettre en avant par rapport à l’autre.

J’ai connu des personnes qui ne passaient pas par cette case “small-talk”. Après un faible “bonjour”, c’est pour eux le moment de parler d’eux-mêmes, des gens qu’ils connaissent, des choses qu’ils ont faites.

“Bonjour!
-Salut, j’ai terminé un gros projet hier, je suis claqué mais je me suis bien débrouillé, ça rend bien! Je t’enverrai un lien.
-Je suis ravie de l’apprendre, mais avant tout, j’aimerais que vous me parliez de choses que je peux moi-même constater.”

C’est étrange de penser que nous avons besoin de ce passage commun pour arriver à une conversation plus intime, plus relationnelle. Néanmoins, celui-ci permet d’une part de ne pas se sentir idiot face à l’autre, et d’autre part d’admettre implicitement que nous partons de zéro pour arriver à dix, indice d’informations personnelles. Étrangement, les personnes commençant par 10 sont souvent celles qui ont l’égo le plus surdimensionné. Ils n’accordent pas à l’autre le temps de les cerner, de comprendre leur présence: pour s’élever vers l’intéressant et l’intérêt, il est nécessaire de commencer par le bas, non? Ne serait-il pas difficile de construire un bâtiment en partant du haut? Si l’on s’impose directement comme étant digne d’intérêt et digne d’écoute, on implique sans le vouloir que l’autre l’est moins.
Parler petit, si ordinaire soit-ce, n’est donc pas une option si l’on souhaite être poli en amont d’une relation à construire. Et ce n’est pas si facile. Certains le pratiquent avec brio, enchaînant banalité sur banalité, et c’est honnêtement beau à voir. C’est un acte indulgent, aimable, dénué de sous-entendus, une révérence mutuelle entre deux individus qui ne connaissent rien de l’autre et ne se jugent pas. C’est un art qui se travaille et qui vient pourtant relativement naturellement à chacun. Un pont vers une relation d‘information.

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