L’industrie 4.0 : Un peu d’avenir et d’histoire

L’industrie quatre point zéro. Ça a l’air d’un beau gros buzzword bien juteux. De ceux que plusieurs agences de marketing / web / pub / consultation aiment mettre de l’avant pour faire des affaires d’or. Le genre de buzzword qui masque un grand vide de la pensée, mais qui vend en ta.

Surprise !

Après un peu de recherche — oui, surtout en ligne… mes encyclopédies en papier ne sont pas à jour — il semble que le concept d’industrie 4.0 ne soit pas dénué d’un fond théorique et pratique plutôt intéressant. Je vous propose ici d’en faire un tour que j’espère le plus complet possible, mais toujours sans prétention.

Quatre grandes étapes

Pour commencer, un peu théorie (on va aller dans plus business, inquiétez-vous pas, mais faut bien commencer quelque part), l’histoire moderne est jalonnée par 4 grandes périodes industrielles.

  1. La mécanisation. Ben oui, l’artisanat c’est joli, mais au XVIIIème (18) siècle, on apprend à produire grâce à la machine.
  2. La production de masse. Voici ce qui arrive quand on aligne plusieurs machines sur une chaîne de montage. Pour les effets collatéraux comme la destruction de la nature et de la classe ouvrière, je vous laisse seuls juges, avec Zola si vous y tenez.
  3. L’automatisation. Ça c’est maintenant. De plus en plus de robots créent nos biens de consommation. Oui oui, je vous jure.
  4. Les systèmes virtuels. C’est quand les machines se parlent entre elles, et qu’elles nous adressent parfois la parole.

À chaque fois, les “classiques” ont crié à l’imposture de la nouveauté, les “modernes” n’en voyaient pu clair tellement ils étaient imprégnés de … modernisme.

L’histoire se répète, mais n’en avance pas moins.

Des robots partout : pantoute

On se calme l’R2D2, la quatrième révolution industrielle n’inclut pas QUE des robots. En fait, c’est surtout les données, l’information qui entre en ligne de mire. Imaginez être capable de savoir TOUTE sur votre entreprise, et de pouvoir contrôler presque tout à distance. L’industrie 4.0, c’est le fait aussi que les systèmes d’informations et les différentes machines / capteurs installés dans vos locaux vont pouvoir se parler entre eux et s’ajuster automatiquement.

Pis c’est pas tout

Y aura aussi des changements très humains. Il faudra apprendre à composer avec de nouveaux outils. Accepter que la mobilité fait aussi en sorte qu’on peut facilement travailler 24 / 7 … et que c’est pas une bonne idée. Que plus d’emplois seront créés, mais des emplois différents de ce qu’on connaît aujourd’hui. Si j’étais camionneur, je regarderais mon prochain projet de carrière, disons.

Est-il possible de s’imaginer aussi que devant autant de données, des micromanagers de tout acabits vont apparaître et tenter de tout contrôler ? C’est pas parce qu’on a plus de données qu’il faut pourrir la vie de nos subalternes, qu’on se le dise ! D’ailleurs, la notion de subalterne en entreprise a été magnifiquement remise à sa place par Serge Bouchard dans son éditorial à C’est fou le 18 septembre 2016 sur les ondes de Radio-Canada. (Disponible en ligne)

Ne nous égarons pas.

C’est pas si compliqué

Le numérique, la connectivité abordable et l’ouverture des données créent de nouvelles opportunités, c’est assez connu. Hors, on a l’impression de devoir être soit un “PhD en économie d’avant-garde” ou un “sommelier de l’expérience digitale” pour y comprendre réellement quelque chose.

Dédramatisons.

Parmi tous les penseurs plus ou moins sérieux de l’industrie 4.0 se trouve, Mathias Breunig, publié chez McKinsey qui vaut son pesant de matière grise. Il présente en 5 points comment faire passer une industrie disons technologiquement limitée à une industrie qui profite réellement du numérique.

Ne pas chercher à tout faire !

  • Mais calmez vous bon dieu ! Personne n’a dit que vous deviez intégrer one shot100% des concepts de l’industrie 4.0 ! C’est comme dans à peu près toutes les sphères de la vie, et comme le disait Confusius : “Appliquez-vous en toute chose à garder le juste milieu.”
  • Donc, cibler les applications les plus rentables pour vous parmi les concepts de l’industrie 4.0, et commencez pas ça.

C’est pas interdit de faire des tests avant de se lancer dans les dépenses

  • Il y a les concepts de l’industrie, qui sont vastes, vagues et parfois idéalisés.
  • Il y a votre réalité.
  • Pourquoi ne pas utiliser des technologies simples et moins coûteuses pour faire des tests, et voir si ça fonctionne à petite échelle avant d’appeler SAP (ne faites pas ça) et de dépenser des millions ?

Justement, parlant de SAP (et de ses semblables) …

  • La technologie n’est plus ce qu’elle était en 1990.
  • Une grosse solution “intégrée” qui répond à tous vos besoins, c’est une utopie, ou un vide gousset (ça veut dire un trou à argent).
  • Il y a plein de petites firmes — souvent qui bossent en open source — qui peuvent implanter chacun leur morceau de techno qui répond de manière flexible et abordable précisément à vos besoins.
  • Et en plus, si vous les choisissez bien, ils vont faire en sorte que leur techno communique avec les autres… et ça c’est magique.
  • Donc, élargissez votre portfolio de fournisseurs, n’hésitez pas aller voir des équipes qui n’ont peut-être pas pignon sur rue, mais qui connaissent les technologies modernes.
  • Finalement, les dinosaures, ça fait partie du passé. Sortez du crétacé.

Créer vous un dream team.

  • Et les mots d’ordre pour faire partie de cette équipe sont : innovation, ouverture au changement, envie d’améliorer les choses, compréhension du potentiel des technos et expérimentation.
  • Cette équipe ne doit pas être assujettie à un silo, à une direction, à un patron qui n’en partage pas les valeurs. Elle sera productive si elle peut agir partout avec le moins de contraintes possible.
  • Ah, et s’il-vous-plaît, n’hésitez pas à y inclure des généralistes qui ont autant d’affinité avec la sociologie que la pub, vos produits et les derniers gadgets. Vous allez être agréablement surpris.

C’est pas juste une question de court terme !

  • Bien sûr c’est toujours le fun d’avoir un résultat rapide, mais vous avez déjà vu cette étude n’est-ce pas ? Et si vous êtes en affaires, c’est que vous ne toucheriez pas à la guimauve.
  • Une révolution industrielle, ne vous en déplaise, ça ne se fait pas en criant “Youpelaye”… alors au lieu de viser la gratification instantanée de vos actions, il serait bien d’apprendre à voir le “big picture” comme on dit.
  • MAIS, pour avoir quelques victoires rapides … si vous devez prouvez votre valeur à un patron un peu réfractaire, par exemple… visez l’efficacité opérationnelle. Y a plein de beaux outils pour ça.
  • L’industrie 4.0 ne va pas uniquement changer vos habitudes internes à votre entreprise. Elle va aussi changer de manière importante et durable les modèles d’affaires auxquels vous adhérez. Vous ne me croyez pas ? Parlez-en aux disquaires.

Je m’excuse pour la liste un peu longue.

J’ajouterais

Apprenez à apprendre, à vous intéresser au numérique, à son impact social, culturel et physique sur nos vies. Plus vous comprendrez que la révolution industrielle 4.0 n’est qu’une conséquence d’une révolution beaucoup plus important débutée par la démocratisation d’Internet… plus vous mènerez votre entreprise de main de maître à travers les bouleversements à venir.

Sur ce

Imaginez à quel point les moines copistes devait être fuckés de voir l’imprimerie. Ils se sont adaptés (plusieurs se sont mis à faire de la bière, c’est pas plus mal). Et les artisans qui ont vu les usines pousser comme des champignons (vénéneux?) … Le numérique est une révolution à l’égal des grands jalons que l’humanité a traversé. On s’en est toujours sorti.

“La vie, c’est comme la mer, elle ne porte que ceux qui remuent.”
— Hervé Bazin

Sources :

Cefrio, Prendre part à la révolution manufacturière, http://www.cefrio.qc.ca/media/uploader/cefrio_industrie_4-0_pme_version_web.pdf

The Varying Effects of Digitization on Economic Growth and Job Creation, http://www.strategyand.pwc.com/me/home/press_media/management_consulting_press_releases/details/52364755

Getting the most out of Industry 4.0 — Matthias Breunig, Richard Kelly, Robert Mathis, and Dominik Wee — McKinsey, avril 2016

Michel Serres, Petite poucette, https://fr.wikipedia.org/wiki/Petite_Poucette_(Michel_Serres)