#MOOD2018: Quel avenir pour le son et la radio?

par Laura Dellapasqua et Amélia Dreystadt

Pour la troisième année consécutive, l’équipe du MOOD, composée de Laura Ghebali (Digital BCG Immersion Center Manager), Alexandre Michelin (Digital Development Officer) et Frédéric Guarino, renouvelle sa collaboration avec le Master 2 Digital, Médias et Cinéma de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Le MOOD est rejoint pour cette 4e saison par Jérôme Chouraqui, fondateur du Media Club. A l’occasion de la première session du MOOD 2018, se déroulant au Boston Consulting Group, les étudiants du Master DMC, ont reçu Albino Pedroia, consultant indépendant du secteur médias radio et télédiffusés, et Virginie Maire, fondatrice de l’application Sybel.

version podcast de la session (cliquez pour écouter):

L’objectif de cette session : Comprendre comment le son et la radio ont été disruptés ces dernières années.

A l’heure actuelle, 79,3% de la population des 13 ans et plus écoutent la radio tous les jours, pour une moyenne de 2 heures et 51 minutes par jour et par auditeur, selon Médiamétrie.

Frédéric Guarino a introduit cette session dédiée au son et au podcast en évoquant la dématérialisation de la radio provoquée par la technologie. Le développement d’assistants audio comme Google Home et Alexa contribuent aujourd’hui à créer de nouvelles pratiques autour de l’audio, permettant ainsi à l’audio et la radio de rester des médias jeunes et réactifs.

D’après Albino Pedroia, la radio n’évoluera pas comme a évolué la télévision. Si le direct fonctionne très bien pour la radio, l’écoute en replay demeure encore assez faible, alors même que la technique le permet aisément.

Le spécialiste de la radio et de la télévision est convaincu que la forme et les contenus vont évoluer dans les années à venir. Pour reconquérir un public plus jeune, la radio est dans l’obligation d’évoluer pour s’adapter aux nouvelles pratiques d’utilisation. La radio de service public est d’autant plus confrontée à la problématique de l’innovation, car elle puise ses financements dans les fonds publics.

https://twitter.com/MoodDisruption/status/1069635944599429125

Virginie Maire est venue présenter son application Sybel, une offre payante de contenus audio. Des fictions, des documentaires, des séries audio et des créations originales font partie du catalogue proposé. D’après sa fondatrice, Sybel ne s’apparente pas à une radio, mais plutôt à une expérience immersive. Elle permet à l’utilisateur, de plus en plus multitâches, d’écouter une pluralité de contenus tout en étant mobile. Les contenus proposés sont adaptés aux adultes, mais fonctionnent également auprès des enfants. Cette alternative aux vidéos leur permet de développer leur imaginaire et leur vocabulaire. Virginie Maire affirme que de plus en plus de producteurs et de podcasteurs indépendants se lancent sur le format audio, créant ainsi une véritable “richesse de contenus”.

Albino Pedroia constate l’essor remarquable des podcasts et pense que le principal challenge de l’application Sybel réside dans la qualité des contenus proposés, pour que les utilisateurs soient prêts à mettre la main à la poche. Selon lui, toutes les conditions sont réunies pour assurer le succès des contenus audio payants en Europe, tout comme cela a été le cas pour le bouquet américain de radios Sirius, aujourd’hui prospère outre-Atlantique. D’après Virginie Maire, son offre diffère fondamentalement de YouTube, dans la mesure où la plateforme n’est pas dédiée aux contenus de fiction sonore.

Les modèles économiques les plus répandus pour les contenus audio sont soit le financement par la publicité, soit le paiement par abonnement, précise Albino Pedroia. Il évoque le fait qu’aujourd’hui, de nombreux podcasts gratuits et non fictionnels n’ont pas encore trouvé de modèle économique leur permettant de financer les contenus qu’ils produisent. De son côté, Virginie Maire souligne le problème de la dépendance aux plateformes. En effet, les annonceurs privilégient la diffusion linéaire, avec de vraies audiences consolidées, plutôt que les podcasts, dont on peine à mesurer l’audience.

La radio est donc loin d’être dépassée. Pour proposer des contenus innovants adaptés aux nouveaux modes de consommation des auditeurs, elle doit pouvoir se réinventer et affirmer sa plus-value en encourageant les contenus créatifs mêlant son, musique et interventions parlées.


La radio vue d’Amérique du Nord, du drive time au podcast audio du NY Times

par Frédéric Guarino

La radio en Amérique du Nord reste un média marqué par le “drive time” du matin et de l’après midi. Ces heures de transport, surtout automobile, sont le “prime time” américain de la radio et les formats les plus populaires sont la “talk radio”, copiés en France par RMC et Sud Radio.

Le marché américain se divise entre les réseaux radio privés historiques et la radio satellite Sirius-XM (2 concurrents qui ont fusionné en 2007), celui du Canada est plus équilibré entre un radio diffuseur public, CBC-Radio Canada, et des acteurs privés.

Le podcast rajeunit, dématérialise et disrupte le média radio en permettant aux autres médias d’investir l’audio. C’est ainsi que le podcast The Daily, produit par un journal papier, le New York Times, arrive régulièrement en tête des classements de popularité.

Le média radio a une forte résilience sur le marché nord américain, surtout chez les plus jeunes générations. Deloitte, dans son dernier rapport 2018 sur les médias, prévoit même que “radio will continue to perform relatively well with younger demographics. In the United States, for example, we expect that more than 90 percent of 18–34-year-olds will listen to radio at least weekly in 2019, and they will listen to radio for an average of more than 80 minutes a day. In contrast, TV viewing among 18–34-year-olds in the United States is falling at three times the rate of radio listening (figure 1). At current rates of decline, in fact, American 18–34-year-olds will likely spend more time listening to radio than watching traditional TV by 2025!”

La radio a donc de beaux jours devant elle !