Mr. Mélenchon préfère débattre avec son hologramme
Ce soir l’Emission Politique sur France 2 est consacrée à Mr Mélenchon. Un des sujets « immersion » sera consacré aux VTC. Mélenchon, c’est son droit, a la position la plus rétrograde de toute la classe politique au regard des points suivants :
Il dénonce :
1. Une déréglementation sauvage qui se caractérise par un contournement frauduleux et généralisé des règles fiscales et sociales
2. La logique d’accumulation des profits dans les mêmes mains, compression des salaires et droits sociaux
Et il revendique :
3. La requalification des chauffeurs en salariés
4. Le remplacement des sociétés privées par des coopératives d’intérêt collectif
Je ne caricature rien, c’est écrit texto dans son programme, sans changer un seul mot.
Le reportage démarre par une première partie « immersion dans un centre de formation de nouveaux chauffeurs ». Je n’étais pas présent, nous verrons lors de l’émission comment elle se déroule, mais je comprends que les chauffeurs ne vont pas dans son sens. La grande majorité préfère le statut d’indépendant et le dit, nombre d’entre eux sont motivés par la collaboration avec les plateformes. Certains sont d’anciens chômeurs contents d’avoir un job, d’autres avaient un CDI précédemment et en exposent les inconvénients. Bref, cette séquence immersion ne se déroule pas selon les désirs de l’intéressé et Mr. Mélenchon commence à se crisper sérieusement.
L’enchaînement prévu était une discussion avec moi, en tant que dirigeant de SnapCar, une de ces plateformes VTC dont il pense le plus grand bien. Elle est prévue à 13 heures. L’accumulateur de profits que je suis gare sa Clio sur une place « interdite de stationnement » pour ne pas le faire attendre et j’arrive à 13h03, tout en étant en contact avec les journalistes au téléphone qui savent que je suis là.
Certes, je ne pensais pas réussir à faire un petit pont au Zidane de la joute oratoire, j’avais seulement l’intention de dire deux ou trois choses :
· Que le numérique en France et en Europe est en retard en termes de capacité à créer des vainqueurs globaux
· Que certains jobs sont par nature irréguliers, qu’on peut avoir besoin de 500 chauffeurs à 9 heures, la moitié à 11 heures, le double à 22 heures. Qu’également les chauffeurs travaillent souvent avec plusieurs plateformes et que donc le statut de salarié ne marche pas dans cette activité. Que d’ailleurs nous n’inventons rien puisque les taxis sont indépendants depuis des décennies et non pas salariés de G7.
· Que l’activité VTC a produit un quart de la création nette d’emplois en région parisienne en 2016. Que si elle ne résoudra pas à elle seule la question du chômage, certaines activités s’exerceront à l’avenir avec un statut d’indépendant, d’autres avec celui de salariés. Que le sacro-saint droit du travail ne bénéficie aujourd’hui plus tant que ça à ceux qui en ont réellement besoin puisque ça bloque les embauches mais le plus souvent à ceux qui savent l’exploiter à leur bénéfice.
· Qu’en matière de profits, pour l’instant comme beaucoup de startups, j’additionne les pertes, que mes associés et moi prenons tous les risques en investissant leur et mon argent personnel dans SnapCar sans garantie aucune et sans se rémunérer. Que nous ne bénéficions pas d’un siège aux Bahamas et que nul sandwich hollandais ne vient amoindrir nos charges fiscales.
Voilà ce que j’aurais dit si le césar de la rhétorique n’avait pas profité de ces trois minutes de retard pour s’éclipser et éviter une séquence qui évidemment n’aurait pas été très cohérente avec ce qu’il souhaitait.
Tout cela vous ne l’entendrez donc pas ce soir.

