De la Fintech à la Fintech 2.0

5 000 ! Il y a selon EY[1] environ 5 000 Fintech dans le monde. Cela ne semble pas beaucoup quand on songe qu’il y a 7 500 banques rien qu’aux Etats-Unis[2]. Et pourtant, ces Fintech font grand bruit dans le monde de la finance. La raison est simple, elles sont les premières à concurrencer frontalement les banques, qui jusqu’à maintenant se sentaient bien épargnées.

Petit historique des Fintech

Le terme Fintech, contraction de finance et technologie, désigne les startups du milieu bancaire et financier, qui associent aux métiers financiers des technologies numériques.

Les premières banques en ligne sont apparues dans les années 90, et une première génération de Fintech, appelées Fintech 1.0, se sont développées dès les années 2000. On peut citer les exemples de Paypal apparu en 1998 ou encore de Moneo en 1999. Mais les Fintech 1.0 se heurtent rapidement à divers obstacles qui les forcent à ralentir leurs développements.

  • Les marchés qu’elles visent ne sont pas matures : les clients ne sont effectivement pas prêts à utiliser des services bancaires en ligne[3]. Avant de s’en rendre compte, ces Fintech ont réalisé des dépenses trop importantes dans leurs communications sans pour autant parvenir à séduire les clients. Ces fortes dépenses et l’absence de chiffre d’affaires ont mis à mal leur équilibre financier.
  • Parallèlement, l’écosystème des startups (accompagnement, investissement en capital risque, etc.) n’étaient pas aussi développé qu’aujourd’hui, et les Fintech ont eu de grande difficulté à trouver des financements et à constituer de la trésorerie.
  • Enfin, leurs offres n’étaient pas optimales, car elles étaient techniquement limitées par le faible débit internet, le manque de puissance des supports (ordinateurs, téléphones, etc.), alors que tout l’enjeu de leurs modèles d’affaire reposait sur la technologie et le numérique. Ainsi le contexte global n’était pas favorable aux Fintech ; il faudra attendre les années 2010.

En 20 ans, de nombreuses évolutions ont créé un contexte favorisant l’apparition d’une deuxième génération de Fintech, les Fintech 2.0. Parmi ces évolutions, il faut évidemment citer les prouesses technologiques telles l’arrivée d’internet haut-débit (fibre, wifi, 3G, 4G), l’apparition des smartphones, le développement de l’e-commerce qui élargissent, améliorent et légitiment l’offre des Fintech. Ces mêmes technologies se sont infiltrées dans le quotidien des clients. Habitués aux services numériques, fournis par les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), les générations X, Y et les millennials (personnes nées entre les années soixante et mi quatre-vingt-dix) sont plus attirées par les Fintech[4]. Le marché est enfin mature ! Parallèlement, l’écosystème s’est structuré : le graphique ci-dessous[5] montre d’une part l’évolution du nombre de Fintech ayant eu recours à une opération d’investissement en capital-risque dans le monde et d’autre-part les variations des montants investis, traduisant un engouement de la part des clients et des investisseurs. Le tableau ci-dessous révèle également l’évolution du ticket moyen par startup, qui a quadruplé en 6 ans.

Les métiers et les activités visés par les Fintech

L’innovation qui caractérise les Fintech ne se trouve pas dans leurs aspects technologiques et numériques, mais dans leur stratégie. Contrairement aux banques de détail traditionnelles, les Fintech construisent leurs offres en partant des besoins clients[7] qui cherchent des démarches simplifiées, de la transparence, de l’efficacité, et une réduction des frais. Les banques classiques quant à elles, créent des offres décorrélées de ces besoins, et se voient ainsi fortement bousculées par ces Fintech[8]. Selon diverses sources [9] et le mapping en couverture, les Fintech peuvent se répartir en plusieurs grandes typologies :

  • Les services de paiements : cette catégorie [10] est selon « Les Echos » la plus développée. Certaines Fintech ont créé de nouveaux moyens de paiement comme le paiement par mobile pour fluidifier les possibilités de paiement (l’application Lydia permet de scanner un QRcode et de payer un commerçant — Apple Pay permet d’utiliser son téléphone comme une carte bleue sans contact). Certaines Fintech jouent un rôle d’intermédiation dans le transfert d’argent à l’international et permettent de réduire le coût tout en simplifiant la réception des fonds (exemple : Paytop qui permet d’envoyer de l’argent dans 90 pays à moindre coût). D’autres créent des solutions de paiement pour les commerces en lignes comme Lemonway, une startup agréée « établissement de paiement » par l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution. Enfin des startups permettent de réaliser des paiements dit Peer-2-Peer, c’est-à-dire entre particuliers comme Pumpkin, une application mobile qui permet de transférer de l’argent avec des numéros de téléphone. Enfin d’autres startups créent des monnaies virtuelles comme le Bitcoin qui permet de payer des commerçants ou des particuliers dans le monde entier. Ainsi toute la gestion des paiements est perturbée et démultipliée grâce à ces Fintech, qui remettent ainsi en cause un des métiers traditionnels de la banque de détail : fournir des moyens de paiements (Carte bleue, chéquier, monnaie, virement ou prélèvement) en favorisant le gain de temps et l’abaissement des frais de gestion.
  • Les services bancaires basiques : il existe des néobanques, comme en France le Compte Nikel qui permet d’ouvrir un compte en 5 minutes dans un bureau de tabac et d’obtenir une carte bleue sans possibilité de découvert. Cette Fintech, agréée par l’ACPR[11], menace le rôle de collecte des dépôts[12] des banques en se présentant comme une alternative pour les épargnants. Effectivement, si les dépôts des banques traditionnelles baissent, alors la capacité de prêt de la banque est inévitablement réduite, ce qui pourrait affecter un autre métier de la banque, à savoir la distribution de crédit[13]. Cette activité de crédit est conditionnée au montant des dépôts et des autres ressources dont les établissements disposent. D’autres Fintech comme Bankin offrent des services de gestion de budget avec divers outils d’aide comme des graphes, des catégorisations, etc.
  • L’épargne et le financement des particuliers : le financement participatif est un concurrent direct des banques car il propose d’un côté une alternative aux offres de prêts des banques et de l’autre une substitution aux offres de dépôts pour les particuliers. L’épargne des clients renoue avec l’économie réelle sans l’intermédiation des banques. On peut trouver dans ces nouveaux moyens de financement le don (crowdfunding comme Ullule), les prêts (crowdlending comme Unilend) ou encore l’investissement en capital avec le crowdequity comme SmartAngel ou Anaxago. Les robo-advisors mettent également à mal l’offre d’épargne des banques. Si le livret A reste aujourd’hui le produit d’épargne préféré des français[14], son taux en chute libre étant tombé sous la barre symbolique de 1% en août 2015, pousse les français vers de nouveaux investissements plus rentables. C’est sur ce segment que des robo-advisors comme Nalo[15] ou Yomoni se positionnent. Ils construisent des offres d’épargne sur mesure selon les profils de leurs clients, et mobilisent moins de conseillers et d’investisseurs puisque tout se fait en ligne et est géré pas de l’intelligence artificielle et des technologies[16].
  • Les services aux entreprises et aux banques : d’autres startups proposent aux entreprises des services financiers moins chers et moins contraignants comme l’affacturage de Créancio ou de Finexcap qui concurrencent les activités de financements court terme des banques. Certaines Fintech proposent mêmes des services aux banques et concurrencent leurs fonctions supports. Forcia[17] par exemple, propose de prendre en charge la partie contrôle pour limiter les risques de fraude et de non-conformité. D’autres, comme TellMeplus, proposent d’analyser les données sur les clients bancaires et de sortir des notes pour anticiper leur niveau de risque. Enfin des Fintech se positionnent sur la blockchain, avec des prouesses techniques dépassant celles du back-office en charge de l’administration des transactions. Des Regtechs souhaitent également simplifier la gestion et l’application des réglementations qui foisonnent depuis la crise de 2007. Les services juridiques des banques, dont les ossatures lourdes datent des année 80, sont là encore secouées. Du côté de la finance de marché, nous pouvons citer Kantox qui propose une solution de gestion de devises et du risque, Scaled Risk[18] aide les équipes de sales et d‘audit à analyser des données, Euklid[19] est une plateforme qui veut concurrencer l’activité des traders…

Comme le montre ce graphique, les Fintech se positionnent sur tous les segments de clientèle, et sur l’ensemble des services financiers. Que ce soit les métiers de base des banques (moyen de paiement, épargne, crédit, trading) ou leurs fonctions supports (contrôle, technologie et système d’information, juridique) tous les métiers des banques sont concurrencés par ces jeunes entreprises.

[1] Etude EY

[2] Alexandre, Master 1 Finance — Cour BIF — la banque et ses métiers

[3] Etude Bpifrance Fintech 2016

[4] Etude Pwc 2016

[5] Etude KPMG 2017

[6] Tableau réalisé sur Excel en partant des données du graphe

[7] Interview Guillaume Piard

[8] Etude Bpifrance Fintech 2016

[9] Les Echos — Lamirault

[10] Les Echos — Renaud

[11] Compte Nickel

[12] Alexandre, Banque et Intermediation Financière, page 30

[13] Alexandre, Banque et Intermediation Financière, page 15

[14] Rfi — Le livret A redevient le placement d’épargne préféré des Français

[15] https://nalo.fr/

[16] Interview Guillaume Piard

[17] Fortia

[18] Scaled Risk

[19] Euklid